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DÉCLARATION de l’ACADÉMIE FRANÇAISE

sur l'ÉCRITURE

dite « INCLUSIVE »

adoptée à l’unanimité de ses membres dans la séance du jeudi 26 octobre 2017

Prenant acte de la diffusion d’une « écriture inclusive » qui prétend s’imposer comme norme, l’Académie française élève à l’unanimité une solennelle mise en garde. La multiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs.

Plus que toute autre institution, l’Académie française est sensible aux évolutions et aux innovations de la langue, puisqu’elle a pour mission de les codifier. En cette occasion, c’est moins en gardienne de la norme qu’en garante de l’avenir qu’elle lance un cri d’alarme : devant cette aberration « inclusive », la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures.

Il est déjà difficile d’acquérir une langue, qu’en sera-t-il si l’usage y ajoute des formes secondes et altérées ? Comment les générations à venir pourront-elles grandir en intimité avec notre patrimoine écrit ? Quant aux promesses de la francophonie, elles seront anéanties si la langue française s’empêche elle-même par ce redoublement de complexité, au bénéfice d’autres langues qui en tireront profit pour prévaloir sur la planète.

 

 

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Publié par Michel El Diablo

[AVANT PREMIÈRE] La préface du livre « L’URSS vingt ans après » - éditions DELGA

Il nous a été proposé de rassembler nos croquis de voyage dans un livre. Ecrits initialement pour notre blog, Histoire et société, il s’agissait de témoignages rédigés à la hâte, parfois sur une valise dans un aéroport. Ces croquis avaient un but : rétablir les faits sur ce qui c’était réellement passé en Ukraine en 2014. Mais nous ne pouvions pas ignorer l’existence d’un problème, mal résolu auparavant pour nous, comme pour bien d’autres : la chute de l’Union soviétique.

Il y eut vers les années 90 une sorte de tribunal intellectuel et moral qui jugea pour nous de ce que fut ou ne fut pas l’URSS. Comme nous avions tant aimé et beaucoup fréquenté ce pays devenu mythique, nous avons décidé, Marianne et moi, en 2014, de revendiquer un droit d’inventaire. J’emploie à dessein le terme « mythique », en effet, la chute de l’Union soviétique a coïncidé avec ce qu’Eric Hobsbawn disait de l’évolution du métier d’historien : « De plus en plus d’individus révisent ou réinventent l’histoire en fonction de leurs propres objectifs. Nous vivons une grande ère de mythologie historique (…) ce qui a été miné c’est la conviction que les recherches des historiens, reposant sur des preuves documentées reconnues par leur profession, doivent distinguer les faits et la fiction, ce qui est véritable et ce qui ne l’est pas, la réalité et nos désirs. »[1]  J’ai raconté par ailleurs cette soirée à Rome où nous avons surpris, Hobsbawn et moi, le complot des dirigeants du PCI en train de poignarder leur parti pour se rallier à la social-démocratie. Accablés mais pas étonnés par ce cours des choses nous avons marché sur le forum le reste de la nuit en devisant sur la manière dont on s’éloignait désormais des explications profondes sur le pourquoi des choses.

Avoir subi une telle contrerévolution nous empêchait de penser notre place dans le monde. Ce qui condamnait plus ou moins le révolutionnaire à l’innocence impitoyable de qui ne peut plus agir qu’à contretemps. Et il n’est pas de meilleur âge que la vieillesse et de meilleur genre qu’être une vieille femme pour exercer cette radicalité. La vieille dame indigne de Brecht dans le bref temps où elle choisit de vivre. Le regard innocent de celui ou de celle que l’âge rend désintéressé, le regard de l’enfant, du sauvage et même de l’animal : un œil stupéfait devant la société insensée que l’on prétend donner pour modèle universel. Nous avons du temps, nous les invisibles, les femmes de l’âge qui ne sommes mêmes plus les personnes du sexe. Il nous en reste si peu pourtant : alors nous pouvons avoir la patience de suivre des lignes brisées, de remonter en deçà des faux départs de l’opinion ordinaire. Par exemple la manière dont on a présenté en France le président Eltsine faisant tirer sur la Douma, le Parlement russe. Comment cet acte a été salué par notre presse comme l’essence de la démocratie. Ou encore le silence fait sur la guerre en Moldavie en 1992, 600 morts passés à la trappe. En cette année 2014, il était prétendu également ignorer la cinquantaine et plus de morts brûlés à Odessa… Les 4000 morts du Donbass, dont une majorité de civils tués par leur propre gouvernement ukrainien, des femmes, des enfants, des vieillards exécutés avec l’assentiment de la France sous l’accusation de « séparatisme » ! Etre « séparatiste » justifie donc le génocide, depuis quand ?

Nous sommes parties toutes les deux sur les grands chemins de l’est de l’Europe nous faire une opinion. Il était temps de savoir à quoi tout cela rimait… Sur les grands chemins est l’expression qui convient, la plupart de nos interlocuteurs sont des rencontres de hasard, beaucoup dans les transports en commun. Ils n’ont été présélectionnés par aucun hôte désireux de nous faire partager leurs opinions.

Une chose essentielle doit être dite maintenant : la quasi-totalité de ceux dont nous rapportons les propos ne parlaient que le russe, et dans le deuxième voyage encore le russe, le moldave ou le gagaouze. Très important en ce qui concerne le regard innocent, le regard par celui de l’autre : ne jamais parler anglais. Cela vous évite souvent d’être confronté à la minorité qui se croit partie prenante de l’élite internationale et dont les propos ne dépareraient pas Courrier International, il faudrait dire Courrier Occidental. Cet hebdomadaire qui s’est fait une spécialité de publier les articles de journaux de tous pays à condition que leur rédaction soit à 90 % d’accord avec la CIA, l’OTAN et l’UE. Nous ne sommes pas beaucoup plus objectives que ce genre de presse, mais à leur différence nous donnons à voir notre point de vue. Il est celui de l’habitant du pays qui ne parle pas l’anglais mais le russe. Grâce à Marianne, et d’ailleurs à sa grande surprise, nos interviews avec sa traduction simultanée et ma pratique de sociologue ont eu un tel succès que ceux qui voulaient parler faisaient la queue comme à confesse. Mais vous vous rendez compte de ce qu’il faut faire pour soulever le voile opaque tendu entre nous Français et la majeure partie de la planète, apprendre la langue du pays et faire du tape-cul dans les vieux cars moldaves.

Je n’arrive même pas à m’imaginer ce que j’aurais pensé lorsque j’ai adhéré au PCF, en 1956, si l’on m’avait dit qu’à 76 ans, en 2014, je roulerais dans des cars aux amortisseurs aussi perclus que mes articulations, sur les routes défoncées de l’ex-Union Soviétique pour y retrouver les traces de l’Histoire et de ma mémoire asphyxiée…

C’est une bien étrange passion que celle de l’Histoire, je ne la détache pas d’autres approches comme la poésie, l’art. Cela revient toujours à une manière de souffrir pour des ombres inconnues, qu’il s’agisse de Priam baisant la main d’Achille qui a tué son fils Hector ou d’imaginer la peur d’un enfant sous les bombes à des milliers de kilomètres. Oui mais voilà, on a prétendu me voler cette empathie avec l’humanité en m’invitant à oublier le passé. Au point que je suis incapable de penser ce que m’auraient inspiré dans ma jeunesse les événements d’aujourd’hui. Il y a eu des railleries, il y en a encore envers ceux que l’on accuse d’être des nostalgiques de l’Union soviétique. Ce qui permet de ne rien analyser, de condamner la mémoire à un hypothétique jugement de l’Histoire dont j’ignore encore si les Bourreaux d’avant-hier ne sont pas les juges d’aujourd’hui. Pourtant demeure vivace au moins une raison de cet engagement : le rôle des communistes durant la seconde guerre mondiale, et la reconnaissance que j’en ressentais. L’enfant juive qui tremblait de peur sous les bombardements, et qui en écho à l’effroi de ses parents en fuite, éprouve toujours le soulagement de l’aube en entendant le mot Stalingrad, le réveil du cauchemar.

Enfin, j’ai toujours été attirée par la distance et la diversité, je ne me sens bien qu’en voyage ou alors enfermée seule dans un lieu de travail entourée de livres. Ce regard par les yeux des autres est celui de Montaigne peignant l’étonnement des cannibales brésiliens devant nos civilisations : « ils avoyent aperçu qu’il y avoit parmy nous des hommes pleins et gorgez de toutes sortes de commoditez, et que leur moitié estoient  mendians à leur porte, décharnez de faim et de pauvreté ; et trouvoient estrange comme ces moitiéz icy necessiteuses, pouvoient souffrir une telle injustice, qu’ils ne prinsent les autres à la gorge, ou missent le feu à leur maison »[2]

Tout est dit dans ce texte de Montaigne. On a eu beau tenter de m’expliquer la fin de l’Histoire, j’étais convaincue que tant qu’il y aurait de l’injustice, et celle-ci ne cessait de s’accroître avec ce que l’on estimait la fin du communisme, Marx et sa lutte des classes demeureraient à l’ordre du jour. Cette perspective énoncée par Derrida dans les Spectres de Marx m’a poussée à poursuivre sur ce qui était désormais considéré comme les voies de l’Utopie, au lieu de me résigner à un dérapage de plus en plus irrésistible vers les petits arrangements avec le Capital. Mais ce qui m’a valu une solide réputation de « stalinienne » fut mon refus de faire comme si la Révolution d’Octobre n’avait jamais existé. Car si certains voulaient bien conserver l’utopie, ils la voulaient épurée de l’expérience concrète, ce qui me paraissait une méthode détestable. Impossible de m’y rallier ! Et puis demeurait obstiné, encore intact, le sentiment d’avoir œuvré ensemble à quelque chose de juste. Ce moment restait inscrit dans l’art, quand les artistes, les intellectuels du monde entier étaient prêts à sacrifier leur ego à leur participation à quelque chose qui les transcendait, même s’ils reconnaissaient avoir été la plaie et le couteau.

Pourtant on avait pratiquement réussi à me convaincre que la chute de l’Union Soviétique n’avait pas provoqué la moindre tentative de rébellion. C’était là le pire, il n’y avait pas eu la moindre protestation. C’était ainsi que l’on me présentait l’Histoire. L’acceptation des peuples de l’ex-Union soviétique faisait baisser toutes les têtes, le monde entier passait sous les fourches caudines du capital.

Je ne crois pas avoir jamais été stalinienne, je me suis toujours interrogée moins sur Staline, que sur les temps de troubles qui suivent de tels règnes, en quoi la dégénérescence d’un appareil d’Etat est-elle le produit de l’autocratie ? Mais dans le même temps je ne pouvais m’empêcher de me demander ce qu’il serait advenu de moi la petite juive et de l’humanité toute entière si lors de la seconde guerre mondiale Gorbatchev avait été au pouvoir au lieu de Staline. Et des Gorbatchev, il y en a aujourd’hui comme s’il en pleuvait.

Je me suis focalisée pendant une dizaine d’années sur ce qui naissait ou renaissait en particulier en Amérique latine, comme d’ailleurs sur l’ensemble des résistances diverses venues du sud avec l’effet d’entraînement de la Chine, la remise en cause de l’hégémonie des Etats-Unis née aux lendemains de la seconde guerre mondiale.

Mon retour vers les pays de l’ex-Union soviétique survint en 2008. A cette date, il y eut le refus de deux enclaves proches de la Géorgie, l’Ossétie et l’Abkhazie, de « choisir la modernité » et se référant explicitement à l’Union soviétique. Il y eut en 2008, ma rencontre avec Marianne pour qui la langue russe, entre autres, n’avait pas de secret et qui depuis des années tentait de faire savoir qu’une multitude de gens en Russie regrettait l’Union Soviétique. Et qu’il y avait là-bas des communistes sans pouvoir mais non sans espérances.

En 2014, à l’occasion des événements d’Ukraine, nous avons décidé Marianne et moi qu’il était temps de partir en voyage et de construire ou tenter de construire une vérité sur les fables qui nous seront rapportées. Nous venions de lire « la Fin de l’Homme rouge ». Il nous a semblé que ce livre était un contrefeu à ce que révélait la situation en Ukraine : la fin de l’Union soviétique avait été imposée à des millions d’êtres humains comme une trahison et certains étaient non seulement désireux de le dire mais étaient prêts à mourir pour cette réalité-là. Voilà pourquoi Marianne et moi, à un âge vénérable, surtout moi puisque j’ai dix ans et quelques de plus qu’elle, nous avons écrit ces carnets de voyage pour les combattants en Ukraine, en Novorossia et bien au-delà… Contre le fascisme installé au cœur de l’Europe parce que, comme je ne cesse de le répéter, le continent européen va jusqu’à l’Oural et qu’il est impossible de faire silence sur ce que représente le nazisme dans ma mémoire comme dans ces terres où le socialisme l’a vaincu une première fois… .

Parce que, et l’essentiel est là, ce qui s’est passé et se passe en Ukraine n’est pas un phénomène isolé, nous sommes entrés dans l’ère de tous les dangers et plus vite nous en serons convaincus mieux cela vaudra pour tous.

Danielle Bleitrach

[1] E.Hosbawn. Franc-tireur. Autobiographie, Paris, 2005, p354

[2]  Michel de Montaigne, Essais, présentation, établissement du texte, apparat critique et notes par A.Tournon, Paris, 1998, 3 vol., ici vol. 1,31, p.358

 

SOURCE:

 

Le site des ÉDITIONS DELGA: 

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