Réponse à “Joffrin, l’histoire et les tyrans”, par Jacques Sapir

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Spectre Le 28 janvier 2016 à 01h18

 
Le sieur Joffrin, récitant le catéchisme eurolibéral depuis des lustres dans ses journaux généreusement arrosés d’argent public (on n’est jamais à une incohérence près), voudrait maintenant nous faire croire qu’il était à l’avant-garde d’un combat culturel décisif. Quel visionnaire !

Mais qu’avait-il à opposer, lui, à “l’identité malheureuse” de Finkielkraut ? La “mondialisation heureuse” d’Alain Minc ? On se demande bien pourquoi “le bon peuple” n’a pas acheté ! “Bon peuple” qu’il ne convoque d’ailleurs avec mépris que pour mieux le gronder de ne pas savoir apprécier les doux fruits de la vie moderne : n’est-il pas exquis d’être au chômage, mais d’avoir le privilège de posséder un smartphone fabriqué par des semi-esclaves à l’autre bout du monde ?

“Le bon peuple” n’a d’ailleurs toujours pas compris qu’il devrait se réjouir de sa situation. La preuve : l’opinion est grincheuse non pas parce que ses conditions de vie se dégradent, non pas parce qu’elle se fait méthodiquement dépecer par l’oligarchie, mais parce qu’on lui répète que “tout va mal en ce bas monde”. La réalité n’existe pas, tout est affaire de psychologie. Utilisons vite la méthode Coué, écrivons dans les journaux des milliardaires que tout va bien, et tous les problèmes s’évanouiront aussitôt : ils n’existaient que dans la tête des gens.

Le “bon peuple” est un grand enfant capricieux. Lorsqu’il vote “non,” lorsqu’il renâcle à baisser encore le pantalon, c’est la faute à l’alliance impie des rouge-bruns : les 90% d’antenne dévoués à l’européisme béat n’auront, hélas, pas suffi à le convaincre malgré lui. Heureusement, le sieur Joffrin et sa pédagogie salutaire veillent. D’ailleurs, on perçoit dans ses propos le grand fardeau du prophète incompris, le soupir tragique de la créature supérieure, fatiguée d’avoir raison contre ces sans-dents ignares et frileux. Après des décennies d’échec de la religion européiste, il viendra donc nous réexpliquer, inlassablement, qu’il en faut encore plus. Il faut continuer à fouetter le “bon peuple” pour son bien ; le Progrès l’exige.

Il y a des déchirements de chemises qui se perdent.