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DÉCLARATION de l’ACADÉMIE FRANÇAISE

sur l'ÉCRITURE

dite « INCLUSIVE »

adoptée à l’unanimité de ses membres dans la séance du jeudi 26 octobre 2017

Prenant acte de la diffusion d’une « écriture inclusive » qui prétend s’imposer comme norme, l’Académie française élève à l’unanimité une solennelle mise en garde. La multiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs.

Plus que toute autre institution, l’Académie française est sensible aux évolutions et aux innovations de la langue, puisqu’elle a pour mission de les codifier. En cette occasion, c’est moins en gardienne de la norme qu’en garante de l’avenir qu’elle lance un cri d’alarme : devant cette aberration « inclusive », la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures.

Il est déjà difficile d’acquérir une langue, qu’en sera-t-il si l’usage y ajoute des formes secondes et altérées ? Comment les générations à venir pourront-elles grandir en intimité avec notre patrimoine écrit ? Quant aux promesses de la francophonie, elles seront anéanties si la langue française s’empêche elle-même par ce redoublement de complexité, au bénéfice d’autres langues qui en tireront profit pour prévaloir sur la planète.

 

 

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Publié par Michel El Diablo

MERCI PATRON !  Un CINÉMA d’action directe

Merci patron !, de François Ruffin. France, 1 h 30.

Le journaliste François Ruffin a piégé la première fortune de France, avec la complicité et au profit d’un couple de chômeurs. Sa comédie documentaire, qui replace l’imagination au cœur des luttes sociales, sort aujourd’hui dans une cinquantaine de salles.

Le contraste est obscène. Bernard Arnault, prédateur de grand luxe, première fortune de France, dont le patrimoine professionnel représente 3,5 milliards d’années de Smic, se pavane à l’assemblée générale des actionnaires de LVMH, où le champagne Dom Pérignon coule à flots. À deux cents kilomètres de là, à Poix-du-Nord, entre Valenciennes et Maubeuge, Serge et Jocelyne Klur survivent avec le RSA depuis que leur usine, qui confectionnait des vêtements Kenzo, a été délocalisée en Pologne. « Comment vous faites pour manger avec 3 euros par jour ? » leur demande François Ruffin… « Ben, on mange pas ! » Les premières minutes, cette comédie documentaire, qui emprunte autant aux méthodes de Michael Moore qu’au comique de Lafesse, peut déconcerter. Débarquer dans cette ville dévastée par le chômage affublé d’un tee-shirt « I love Arnault » en se faisant passer pour un fan du milliardaire déterminé à redorer le blason de la première fortune de France face à ceux qui ont tout perdu… il fallait oser. Mais François Ruffin, Calaisien de naissance qui vit en Picardie et enquête sur le milliardaire depuis plusieurs années pour le journal Fakir, sait où il met les pieds.

Une caméra planquée dans une peluche, le stratagème fonctionne

Ce n’est pas un hasard s’il a choisi Poix-du-Nord pour lancer « le combat des Pieds nickelés contre le Goliath du luxe ». En 2007 déjà, pour l’émission de Daniel Mermet Là-bas si j’y suis, le journaliste avait suivi la lutte des salariés d’Ecce contre la fermeture de l’usine, dernier site de fabrication en France de prêt-à-porter masculin et sous traitant de LVMH. Il suggère alors à Marie-Hélène Bourlard, déléguée syndicale CGT, d’acheter une action du groupe pour intervenir à l’assemblée générale des actionnaires. Dorénavant, les nantis du luxe la surnomment « le diable rouge »… C’est par son entremise que François Ruffin fait la rencontre de la famille Klur. Au chômage depuis la fermeture de l’usine, criblés de dettes, Serge et Jocelyne ne peuvent plus se chauffer, ont fêté Noël « avec une tartine de fromage blanc » et risquent de se faire saisir la maison qu’ils ont passé leur vie à construire. C’est dans le salon des Klur que la comédie sociale devient du cinéma d’action directe.

Grillé chez LVMH, où il ne peut plus mettre un pied, François Ruffin choisit la farce, en se faisant passer pour le fils de la famille. Comment arnaquer un arnaqueur ? L’idée est de menacer d’alerter la presse sur la situation des Klur pour exiger du premier groupe de luxe au monde un dédommagement « en toute discrétion ». Avec trois bricoles, une caméra planquée dans une peluche, le stratagème fonctionne. Les Klur voient débarquer chez eux le « monsieur travail sale » de LVMH, un ex-commissaire des renseignements généraux que seule effraie la CGT… Il négocie leur silence en simulant l’empathie démago. Face à son mépris de classe, Serge et Jocelyne se jouent de lui avec une délectation qui transperce l’écran. Où l’on apprend que ce n’est pas si dur de faire cracher Bernard Arnault au bassinet ! Habituée à plumer les salariés, la plus grande fortune de France devient le dindon de la farce. Cynisme, indécence, barbouzeries… lui qui dépense des milliards pour soigner son image en prend un sacré coup. Contacté par l’Humanité, le groupe LVMH nous a assuré qu’il ne commenterait pas le contenu du film, comme il ne comptait pas avoir recours à un référé, tout occupé qu’il est à « des tâches plus nobles », comme « administrer » 120 000 salariés à travers le monde… Mais François Ruffin s’est déjà vu annuler une invitation d’Europe 1, propriété de Lagardère, avant que celle-ci ne se ravise… Certes, la personnalité du journaliste peut agacer. Comme cette manie, un peu mégalo, de se filmer dans sa vie privée en Robin des bois contemporain devant ses propres enfants. Reste que Merci patron ! est une formidable comédie documentaire, un ch’ti remontant qui redonne la force de se battre, replace l’imagination au cœur des luttes sociales. Une fable façon La Fontaine qui pourrait se terminer ainsi : « On est plus fort qu’ils ne le pensent et ils sont plus fragiles qu’on ne le croit. »

 

MAUD VERGNOL

MERCREDI 24 FÉVRIER 2016

L'HUMANITÉ

 

SOURCE:

 

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