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Publié par El Diablo

photo d'illustration (source:atlantico.fr)

photo d'illustration (source:atlantico.fr)

Depuis plusieurs semaines, les chauffeurs de la société californienne UBER sont en lutte, réalisant des actions spectaculaires pour dénoncer leurs conditions de travail et de « salaire », et pour tenter de contraindre la plate-forme US à négocier sur leurs revendications.

Le Parti Communiste Révolutionnaire de France apporte son soutien résolu à ces travailleurs, comme à tous ceux qui sont victimes des conditions d’exploitation que la numérisation de l’économie, tant vantée par les ours savants de la social-démocratie, permet de mettre en place pour le plus grand profit, au bout du compte, de l’oligarchie financière.

« L’ubérisation » de l’économie, modèle sacralisé par Emmanuel Macron, constitue une véritable régression sociale : c’est un retour à des formes d’exploitation de la force de travail qui avaient sinon disparu, du moins massivement reculé, celles du travail à domicile. C’était le sort des travailleurs des manufactures dispersées (paysans et prolétaires), celui des canuts : ils possédaient leurs moyens de production, ce qui leur donnait l’illusion d’être restés des artisans, mais ils dépendaient totalement des fournisseurs de matières premières, qui imposaient les quantités, les délais de production, la qualité, etc. En fait, ils étaient des semi-prolétaires : ils étaient à mi-chemin entre le prolétariat et la petite bourgeoisie, mais ce qui dominait, c’était leur déclassement social comme petits-bourgeois, tandis qu’ils s’illusionnaient sur leur statut de propriétaires des moyens de production ! Leur exploitation était féroce (ce qu’illustre la révolte des canuts à Lyon sous Louis-Philippe). Cette forme d’exploitation du travail s’est perpétuée sous diverses formes : le travail à domicile des couturières par exemple, ou chez les marins-pêcheurs exploités par les mareyeurs (cf. le film La terre tremble de L. Visconti). Mais il revient en force à la fin du XXe siècle avec le télétravail, le travailleur achetant ses instruments de travail et répondant à la commande, en échange de quoi il est « tenu » de fournir le produit de son travail dans les délais donnés. Il est souvent en CDD, et donc quand l’employeur n’en a plus besoin, il est « jeté ». Souvent, c’est lui qui paye sa couverture sociale. Avec Uber et les plates-formes du même genre (toutes, quelles que soient leurs différences dans les formes et l’intensité de l’exploitation), le patronat utilise le fait qu’une main d’œuvre se trouve disponible - chômage - ; que cette main d’œuvre rêve d’être « indépendante » et d’organiser son emploi du temps ; que la législation du travail apparaît comme pesante et limitant l’initiative à la petite-bourgeoisie ; que la numérisation de l’économie permet de mettre en relation immédiate les acteurs sociaux en passant par-dessus les relations sociales traditionnelles ; que la force de travail utilisée ne se présente pas comme une marchandise, mais sous la forme de coopérateurs, l’entreprise, se présentant, elle, comme un simple intermédiaire avec le marché.

En réalité, l’ubérisation de l’économie aboutit à une précarisation totale des travailleurs, à leur contrôle total par l’entreprise. C’est ainsi que, d’un côté, le travailleur a à sa charge l’achat (ou la location) du véhicule, qui doit répondre à des critères particuliers, en matière de gamme (pas de standing en dessous de la Peugeot 508, la société Peugeot y trouvant donc son compte...), de couleurs ; mettre à ses frais, à la disposition des clients, eau minérale et confiseries ; ses cotisations sociales et la TVA ; l’entretien du véhicule… De l’autre côté, Uber fixe les tarifs, le pourcentage de sa part (60%), décide qui sera contacté pour une course, si un chauffeur doit être déconnecté suite à une insatisfaction d’un client. Il n’a aucune charge sociale.

Finalement, quand on y regarde de près, on s’aperçoit que ce système est utilisé dans un autre domaine d’activité de « service » : la prostitution en ligne ! Que le même groupe socialiste au parlement, sous des gouvernements socialistes, ait voté à la fois la loi Macron (rien à attendre de ce domestique de la banque Rothschild, pas même contre Marine le Pen), qui permet la généralisation de l’ubérisation dans un certain nombre d’activités de service à la personne, et la loi sur la pénalisation des clients des prostitué-e-s, tout en dépénalisant la prostitution, est emblématique d’un courant politique dont l’objectif est bel et bien, au nom de la « morale » et de la bonne conscience, de donner un cadre plus ou moins acceptable à l’exploitation capitaliste, quel que soit le domaine dans lequel elle s’exerce.

Aujourd’hui, les conducteurs de VSL Uber entrent en lutte pour leurs revendications, sans remettre en cause le système, pour pouvoir survivre (16h de travail par jour pour un revenu final autour du SMIC !). Demain ce seront ceux de la cuisine à domicile, car ils ne seront pas mieux lotis. Avec l’objectif de la liquidation des services publics chère à Fillon, à Macron, au Parti Socialiste, à l’Union Européenne, et, ne nous y trompons pas, au Front National (car derrière les déclarations démagogiques, la réalité du programme s’inscrit dans la même direction), c’est tout un tas d’activités paramédicales, d’enseignement, de prise en charge des handicaps et de la vieillesse, qui vont être confrontées à la généralisation de l’ubérisation, et ce avec la bénédiction des syndicalistes vendus de la CFDT.

Et soyons bien clairs : ce n’est pas un « problème Uber ». C’est le problème de toutes ces sociétés capitalistes qui pensent avoir trouvé le filon (avec un seul « l » ...) pour s’enrichir sur le dos des travailleurs indépendants grâce aux possibilités ouvertes par Internet (l’économie numérique vantée par Hollande et Valls).

En tant que communistes, nous ne partageons certainement pas la conception de la vie des chauffeurs ubérisés. Nous pensons que leurs revendications pourraient certainement être plus radicales (par exemple la TVA pourrait être à la seule charge d’Uber). Mais nous sommes pleinement solidaires de leur combat, car en entrant dans la lutte, qu’ils en aient conscience ou non, ils participent au combat de classe pour défendre les droits et le pouvoir d’achat de tout le monde du travail. Et donc, les travailleurs « indépendants » de chez Uber, viennent, pour la plupart d’entre eux pour la première fois, de rejoindre la lutte des classes. Nous ne pouvons que les encourager à poursuivre, et nous appelons les travailleurs à leur manifester leur solidarité de classe.

28/12/2016

 

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