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Publié par El Diablo

source photo : révolution permanente

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Les salariés des magasins Gibert Joseph du boulevard Saint-Michel ont fait grève du 20 au 25 janvier contre la procédure de licenciement d’un de leurs collègues et contre la dégradation de leurs conditions de travail. Nous avons interviewé Remy Frey, syndicaliste CGT à Gibert Joseph, mardi 24 janvier  2017 sur les raisons du conflit.

 

Pour quelles raisons vous êtes-vous mis en grève ?
Le point de démarrage du conflit a été la procédure de licenciement engagée par la direction contre un de nos collègues et camarade, Aymeric, parce qu’il est syndiqué. Les raisons officielles sont une supposée agressivité vis-à-vis de sa cadre. Les raisons officieuses c’est que c’est un collègue syndiqué, mais sans mandat, il n’est pas protégé, et les procédures de licenciement sont les mêmes. C’était quelqu’un aussi qui faisait connaitre ses désaccords avec la direction. On a les élections professionnelles qui approchent, la CGT est majoritaire et hégémonique parce qu’on est la seule organisation syndicale à Gibert Joseph, et ils commencent à fatiguer. Ils entendaient bien faire un exemple pour dire qu’à partir de maintenant ceux qui manifestent un peu trop et un peu trop fort, c’est la porte. C’est ça le message. Tout se passe dans un contexte où la direction cherche à diminuer l’influence du syndicat dans les instances de représentation du personnel. Ils l’ont préparé bien en amont. Un climat délétère s’est installé, c’est pour cela qu’on a intitulé notre tract : "Gibert Joseph : une librairie ou une caserne ?" C’étaient des choses qui n’existaient pas avant. En l’espace de six mois ça s’est dégradé.
 
Comment s’est passé le premier jour de grève ?
En tant que section syndicale on appelle à débrayer en solidarité avec notre collègue. Mais, au-delà de ça, vu le contexte, vus les témoignages des salariés qu’on recueille depuis des mois, on a fait un appel plus large. Ce qui arrive à Aymeric est un problème collectif. On a eu très peu de temps pour communiquer, mais ça illustre aussi le ressenti parce que ça a réagi extrêmement bien. 65% de grévistes au moment du débrayage lors de l’entretien préalable à licenciement d’Aymeric. Ensuite, il n’y a pas eu d’avancée particulière. On n’allait pas convaincre le DRH de lever la procédure au moment de l’entretien avec des arguments, en disant que le dossier était bancal, qu’ils n’ont pas de preuves, qu’ils allaient tomber aux prud’hommes, etc. C’était pas là que ça allait se jouer. Donc, on a voté à l’issue de l’entretien de poursuivre la grève : contre la procédure de licenciement engagée contre notre collègue, mais aussi contre tout ce qui est pointé comme dysfonctionnement en termes de conditions de travail. Conditions de travail morales, au niveau du comportement de la hiérarchie, mais aussi conditions de travail matérielles, avec des problèmes récurrents, comme des écrans d’ordinateur qui ne marchent pas, le chauffage qui ne fonctionne pas, etc., qui produisent du stress et ne sont jamais réglés.
 
Concrètement sur la grève, comment est-ce que ça se déroule ? Vous avez le soutien des clients ?
C’est extrêmement soutenu, c’est la grosse surprise. On sait qu’on a une clientèle qui n’est pas hostile, avec laquelle on entretient des relations, c’est une clientèle d’habitués. Dans le contexte général actuel, voir les drapeaux rouges – on est quand même dans le quartier Saint-Michel – c’est pas forcément déplaisant. On ne mesurait pas qu’il y aurait un soutien aussi large, avec 700 signatures. Pour le mois de janvier, alors qu’il n’y a pas un gros pic d’activité, que ce n’est pas les Champs-Élysées non plus, c’est un chiffre conséquent. Et avec des témoignages de soutien, assez spontanément, des gens qui ont cherché eux-mêmes à nous contacter. Un vrai mouvement de solidarité de la part de la clientèle et un vrai mouvement de solidarité de la part de nos collègues. Les problèmes qu’on pointe notamment sur le comportement de la hiérarchie sont très concentrés sur la librairie. Sur les autres magasins, ça peut exister, mais pas dans les proportions qu’on rencontre nous. Ce qui fait que autant le débrayage a été très suivi dans tous les magasins, autant ensuite, quand la grève a commencé à se construire, ça s’est concentré sur un seul magasin, avec un très bon taux de gréviste. Les collègues des autres magasins apportent leur solidarité, mais ne sont pas en lutte. Mais sans aucune hostilité, au contraire, ils passent pendant leur pause déjeuner prendre des nouvelles.
 
Comment la direction gère-t-elle le conflit ?
Mal. Gibert Joseph c’est pas PSA Aulnay, c’est une boîte familiale. Ce comportement hiérarchique est inhabituel. Ils se crispent. Il y a des spécialistes du dialogue social, on va recevoir les DP tous les quatre matins, on va créer une commission de suivi des conditions de travail, on va diligenter un expert... Il y a une crispation extrême et pas de dialogue : "on est chez nous et on discute pas avec ces gens-là". Mine de rien, on a la journée de vendredi qui se déroule dans la continuité de la dynamique créée par le débrayage. Le vendredi n’est pas difficile à tenir. Le samedi ça marche bien aussi, dans le sens où il y a aussi un sentiment des collègues, toujours lié aux conditions de travail qui pousse à dire : "le samedi c’est la grosse journée, ça fait trop longtemps qu’on en a ras-le-bol, là ils vont payer. Vous l’avez cherché, vous l’avez eu". On s’est engagés dans quelque chose de potentiellement long. Les collègues se demandent comment faire sentir à la direction qu’on est disposés à tenir : autant qu’ils se réveillent rapidement pour régler les choses sur les revendications. Ce qu’expliquent les grévistes c’est qu’on n’a pas de haine contre Gibert Joseph, c’est pas ça le problème. Quand on a postulé là c’est parce qu’on voulait travailler comme libraires. Mais, laissez-nous travailler dans des conditions de librairie, c’est-à-dire on ne peut pas être un commerce culturel, une librairie indépendante et à côté avoir un comportement de manager digne de Carrefour ! Mettez votre fonctionnement en adéquation avec votre activité.
 
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