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Publié par El Diablo

CATALOGNE: Indépendantisme des riches, indépendantisme des pauvres [le blog de Descartes]

A la fin des années 1980, c’était présenté comme le modèle à suivre, l’exemple à imiter. C’était chez nous l’époque de la décentralisation triomphante et les nouveaux féodaux n’avaient d’yeux que pour elle. Je parle bien entendu des « Autonomias » espagnoles, ce modèle de décentralisation qui – nous disait-on – permettait la coexistence de la solidarité nationale avec une large liberté laissée aux régions en matière culturelle, politique et économique. Des penseurs profonds étalaient leur science à Sciences Po et à l’ENA pour expliquer aux étudiants ébahis ce modèle si « moderne » comparé à ces jacobins ringards…

 

Curieux, comment l’histoire nous joue des tours : aujourd’hui, plus personne ne chante les louanges de ce modèle, tout comme personne ne parle de fêter comme il se doit les 25 ans du traité de Maastricht. « L’Europe des régions » qui abolirait les états pour ne laisser subsister que des grandes régions a du plomb dans l’aile, et on imagine mal Mélenchon chanter aujourd’hui ses louanges comme il le fit hier dans un discours prononcé au Sénat et malheureusement aujourd’hui bien oublié… surtout par ses partisans. Ce qui était à l’époque motif de fierté est devenu depuis une maladie honteuse.

 

Pourtant, les partisans ce cette « Europe des régions » devraient pavoiser, puisqu’elle paraît se construire sous nos yeux. Ces dernières années, on a vu monter les revendications indépendantistes dans plusieurs pays européens : en Grande Bretagne avec l’Ecosse, en Belgique avec la Flandre, en Italie avec la Padanie, en Catalogne et au Pays Basque en Espagne. Pourtant, tous ces gens qui il y a quelques années prêtaient leur voix aux revendications régionalistes maintiennent aujourd’hui un silence plus que prudent. Pourquoi ce changement ?

 

La réponse est simple, et l’affaire catalane l’illustre parfaitement. Le point commun entre tous ces indépendantismes est leur égoïsme sacré. Car qu’est ce qu’il y a de commun entre les Ecossais, les Flamands, les Padaniens (ou Padanois, dieu sait comment il faut le dire), les Catalans ou les Basques ? A chaque fois, il s’agit de régions riches, contributrices nettes au budget de leurs pays respectifs. Des régions qui ont au cours des années eu tout ce qu’elles demandaient : une large autonomie qui couvre la culture, l’éducation, la santé, l’aménagement et quelquefois même les domaines régaliens comme la sécurité ou le droit civil. Il ne leur manque qu’une chose : l’autonomie fiscale qui leur permettrait de ne plus avoir à contribuer au pot commun, à financer le niveau de vie des régions plus pauvres qu’elles.

 

La question de l’indépendance de ces régions n’est donc pas une question d’identité ou de culture, mais une simple question de gros sous. Et d’ailleurs les indépendantistes de ces régions se cachent de moins en moins. Lisez leurs textes, et vous trouverez en permanence des références à l’obligation scandaleuse imposée aux Flamands ou aux Catalans de financer ces fainéants va-nu-pieds pouilleux et alcooliques que sont les Wallons ou les Andalous, alors « qu’il y a tant à faire » en Catalogne ou en Flandres. N’en déplaise aux bisounours européistes, les régions – hier parées de toutes les vertus – ne sont pas moins égoïstes que les nations. Elles le sont au contraire bien plus, puisqu’à l’avarice elles ajoutent la petitesse.

 

C’est pour cette raison d’ailleurs que ceux qui comparent la situation de la Catalogne ou de la Flandre avec celle de la Corse ou de la Bretagne se fourrent le doigt dans l’œil. Ni les Bretons ni les Corses veulent l’indépendance. Un tel mouvement les appauvrirait, puisque ces deux régions reçoivent de l’Etat central plus qu’elles ne contribuent au pot commun. Les systèmes de péréquation (de l’électricité, du timbre, du transport, de l’éducation, des dotations aux collectivités locales…) ont plus fait pour l’unité de la France que n’importe quelle « colonne infernale ». C’est pourquoi nos « indépendantistes » sont en fait des autonomistes : leur but est de soutirer autant d’argent que possible à l’Etat central, tout en ayant une complète liberté pour le dépenser. Si la Corse devenait demain indépendante, le prix des billets d’avion ou de ferry serait multipliés par deux, celui de l’électricité par quatre. Pensez-vous dans ces conditions que les Corses soient très pressés d’accéder à l’indépendance ?

 

Il y a deux régions qui en France auraient vraiment intérêt à déclarer l’indépendance : l’Ile de France et la région Rhône-Alpes. Mais ces deux régions sont des régions centrales, sans véritable identité linguistique et culturelle qui leur permettrait d’envisager un projet national indépendant. Les autres, même les plus riches comme l’Alsace, bénéficient trop des mécanismes de péréquation et des programmes nationaux d’infrastructures pour que l’indépendance soit vraiment intéressante. Et même les élites « régionalistes » l’ont compris : les basques français revendiquent… d’avoir un département.

 

Le modèle des « autonomias » et ses crises illustrent à la perfection l’intelligence du modèle français théorisé par les jacobins mais qui en fait vient de bien plus loin. Pour construire une nation, c'est-à-dire, une solidarité inconditionnelle entre des gens qui ne se connaissent pas et qui ne se connaîtront jamais, il faut faire tomber toutes les barrières qui empêchent le contact entre les citoyens et qui les confinent dans une « communauté ». De François Ier à Richelieu,  de Louis XIV à Robespierre, de Henri IV à Napoléon, les régimes qui se sont succédés ont eu toujours ce souci : uniformiser le droit et la langue, brasser les populations, constituer des élites en faisant venir à Paris la crème de chaque région pour en faire une élite nationale, faire tomber les barrières culturelles et religieuses à travers d’une école unique. Et malgré les résistances, ce mouvement a réussi : aujourd’hui, difficile de trouver des français qui n’aient pas des ancêtres venus d’autres régions, des parents qui habitent loin de chez eux.

 

L’Espagne s’est construite de la façon inverse. L’agrégation des régions espagnoles s’est faite en respectant à chaque fois les « fueros » - c'est-à-dire, le droit et les institutions politiques – locaux. Le pouvoir central a toujours été faible devant les pouvoirs locaux. C’était le cas sous la monarchie – qui pendant longtemps fut une monarchie étrangère – et ce fut le cas aussi sous la République, même si certains préfèrent l’oublier aujourd’hui. Les langues régionales – dont la connaissance est obligatoire du moins dans les régions riches – sont restées une barrière efficace à la mobilité des populations. Le système scolaire – comme l’Etat, d’ailleurs – reste lié à l’Eglise catholique et n’a jamais été totalement unifié, pas plus que la fonction publique. C’est dans ce terreau de spécificités jalousement conservées et cultivées que peut se développer un « indépendantisme des riches », bâti sur le mépris du concitoyen plus pauvre.

 

Les états-nations se sont construits sur une communauté d’intérêts entre riches et pauvres. En constituant un ensemble le plus grand possible uni par des liens de solidarité inconditionnelle, tout le monde y gagnait. Les socialistes du début du XXème siècle ont été balayés parce qu’ils ne l’ont pas compris, croyant naïvement que « les prolétaires n’ont pas de patrie ». Dans l’affaire, les riches gagnaient la protection du nombre – car il fallait des soldats pour aller mourir dans les tranchées et défendre leurs usines – et les pauvres un partage relatif mais néanmoins réel de la prospérité du pays. Mais avec le développement du capitalisme, ce besoin réciproque, nous dit-on, n’existe pas. Dans notre Europe qui se croit pacifique et « post-historique » aux frontières ouvertes, les « bloc dominant » n’a plus besoin de partager la citoyenneté avec les pauvres. Et c’est pourquoi partout en Europe on voit « l’indépendantisme des riches » lever la tête et les « classes moyennes » rêver d’une Europe constituée de « métropoles » ou les riches pourraient vivre, laissant les pauvres croupir dans le reste du territoire. Plus que jamais, se vérifie cette formule qui veut que « pour celui qui n’a rien, la Patrie est son seul bien ».

 

Cela étant dit, je pense que le « bloc dominant » constitué par la bourgeoisie et les classes moyennes fait fausse route. Le monde n’est pas devenu moins dangereux qu’il ne l’était hier, et si les guerres ouvertes sont devenues impossibles en Europe, les conflits économiques et politiques ne sont pas moins violents pour être conduits en gants blancs. La Grèce n’a pas été envahie par les troupes allemandes, mais l’Allemagne a imposé à la Grèce ses conditions quand même. Les Etats-Unis n’ont pas bombardé Paris, mais quelques milliards d’amendes infligés à nos banques et nos entreprises ont eu un effet tout aussi persuasif. « Il faut prier dieu et garder la poudre sèche », disait ce grand pragmatique qui était Oliver Cromwell, qui ajoutait « Dieu est toujours du côté de celui qui a les plus gros bataillons ». Devant ce monde dangereux, le contrat de solidarité qui fonde la Nation est toujours aussi nécessaire.

 

Descartes

 

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