À propos des « Canards laquais » ou comment censurer les cerveaux des journalistes - Par Jean LÉVY
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Pour traduire le niveau zéro de l'information en France, nous employons souvent, dans nos articles, l’expression visant des journalistes, les "Canard Laquais".
Nous voulons ainsi évoquer l'état d'asservissement de certains d'entre eux, dévoués aux patrons et au pouvoir en place. Et de traduire un peu vite que, depuis l'Élysée ou Matignon, les services exercent une censure d’État sur les médias.
Le pouvoir utilise d'autres moyens, plus sophistiqués.
La censure directe, c'est le cas en 1939. La déclaration de guerre à l’Allemagne entraîne la mise en place d’un Commissariat général à l’information, présidé par Jean Giraudoux, et l’organisation d’un « contrôle préventif des publications par le service général d’information qui aura le droit de les interdire » et de censurer les articles », qui pouvaient "démoraliser les troupes et la population".
La conséquence la plus importante de cette censure est l’interdiction, en septembre 39, de la presse communiste, justifiée, officiellement, par la signature du pacte germano-soviétique du fait que le PCF ne l'a pas dénoncé !...
Durant l'Occupation, les Allemands, dans la zone qu'ils occupent, ne permettent qu'une seule source d'information : leur propre agence de presse ...C'est net et sans bavure. Mais, prudents, les nazis contrôlent quand même toutes les publications par l'intermédiaire de l’agence allemande Deutsche Nachrichten Buro. Une filiale française de cet organisme allemand, l’Agence Française d’Information de Presse (AFIP), est créé.
À Vichy aussi, la censure, officiellement, règne sur la presse. Et ne permet qu'un seul message : gloire au Maréchal et pas un mot contre les Allemands.
Il a fallu la Libération et le CNR pour que notre presse et la liberté d'opinion s'exerce sans entrave...Mais cela n'a pas duré
Aujourd'hui, dans la France de Macron, il n'y a pas de censure. C'est vrai légalement. La mainmise sur l'opinion s'exerce d'une manière plus subtile et plus élaborée.
D'abord, pour éditer un journal, créer une chaîne de radio ou de télé, il faut disposer énormément de fonds. Seuls les milliardaires ont le capital nécessaire. Leur investissement dans l'information est considérable, quitte à perdre de l'argent, ce qui, dans d'autres secteurs d'activité, serait impensable.
Et ils sont sept à contrôler totalement la presse, les télés, les radios. Leurs patrons mis en place veillent à ce que l'information, et pas seulement politique, façonne les esprits dans le sens de leurs intérêts.
Pas de censure d’État, vous êtes libres d'écrire ce que vous voulez.
A condition que le contenu ne s'en prenne ni à la propriété privée, au libre marché, ni à l'Europe, ni au système économique qui déterminent la vie quotidienne des citoyens.
Mais vous avez le choix d'en rajouter pour aller plus loin que le souverain.
Pour formater les futurs journalistes, le pouvoir agit d'abord en amont. Dans l'Université, les Grandes écoles - dont celles, bien sûr, de journalistes - seules "les bonnes idées" sont dispensées sur ce que vous devez penser.
La mainmise sur leur cerveau est totale.
Plus besoin de censure, ni après coup, ni préalable.
Mais, il faut dire aussi, que des éditorialistes, souvent, en rajoutent. Ce n'est plus de l'information, c'est de la propagande ouverte et menteuse.
A eux d’abord s’appliquent d’abord notre expression : les Canards Laquais.
PS : L'affaire du "Journal du Dimanche" montre à quel point la presse est asservie par le monde de l'argent. Les journalistes de l’hebdomadaire, ont effectué une magnifique grève de 40 jours pour protester, contre le changement de ligne politique marquée par l'extrême-droite, à la suite du changement d'investisseur.
Ces journalistes courageux ont perdu la bataille, la direction ayant appel à des "jaunes" pour relancer le JDD
La mainmise de l'argent sur l'information, voici la preuve :
Depuis le 30 juin, le groupe Lagardère a changé de statut juridique pour passer d'une société en commandite par actions (SCA) à une société anonyme (SA), dont le premier actionnaire est le groupe Vivendi SE, présidé par Vincent Bolloré. Figurent également au capital le fonds d'investissement Amber Capital, Qatar Holding LLC, Financière Agache, la holding personnelle de Bernard Arnault, et Lagardère Capital, celle d'Arnaud Lagardère.
Celui-ci est désormais le PDG du groupe, auquel appartient notamment Le Journal du Dimanche.


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