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Publié par Michel El Diablo

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Une phrase dans un journal du soir bien connu a frappé la semaine dernière mon imagination. Le journaliste expliquait les négociations complexes entre les autorités françaises et la Commission européenne au sujet du projet de loi de finances 2015. Alors que le projet présenté est de toute évidence hors des clous – ce qui me rappelle d’ailleurs l’hypothèse d’Emmanuel Todd sur la possibilité que François Hollande devienne, par pure nécessité, le révolutionnaire qui nous ferait sortir de l’Euro – le gouvernement français semble confiant que rien d’irréparable ne sera fait, et que la Commission fera preuve d’une grande modération. Ce que le journaliste explique en ces termes : la Commission a été effrayé par les résultats de l’élection européenne de 2014, avec une montée des europhobes en général et du Front National en particulier. Et elle ne fera rien qui puisse alimenter les réflexes nationalistes et populistes qu’elle croit voir dans ces résultats.


Si cette explication est vraie – et je ne doute pas qu’elle le soit, si je crois les échos que j’entends de Bruxelles – alors elle nous conduit à une conclusion très dangereuse. Que nous dit cette explication ? Que si le peuple français avait voté UMP, UDI, MODEM, PS ou Front de Gauche, alors la Commission n’aurait pas hésité à nous sauter à la gorge pour exiger que notre loi de finances soit mise en conformité avec la doxa européenne. Mais comme le peuples français a mis le FN en première position, la Commission est forcée de prendre des gants et de modérer ses demandes. En d’autres termes, que le vote FN a été un vote fort utile, y compris pour donner à un gouvernement de gauche des marges de manœuvre en Europe. Et que si l’on veut un changement des politiques européennes, ce n’est pas en votant pour les partis dits « républicains » qu’on l’obtiendra, mais bien en votant pour le Front National.


Marine Le Pen est allée aux élections européennes en parlant social, économie et emploi là où les autres récitaient l’évangile de « l’Euro qui protège », du « SMIC européen », la « relance européenne », la « politique européenne de l’énergie » et autres attrape-nigaud qu’on nous ressort depuis vingt ans à chaque scrutin, et en nous expliquant accessoirement que le vote pour le FN était un « vote perdu », puisque jamais les europhobes n’auraient suffisamment de députés pour peser à Bruxelles. Conclusion : le FN arrive en tête et – oh miracle ! – la Commission se sent obligée d’infléchir sa position, de se faire plus compréhensive, d’éviter toute collision frontale avec la France. Le FN n’a même pas réussi à constituer un groupe au Parlement européen, et pourtant c’est lui qu’on regarde. Loin d’être un « vote perdu », le vote FN semble avoir aujourd’hui plus de poids pour peser sur la Commission que n’importe quel autre. Et certains ne manqueront pas d’expliquer que si cela marche pour la Commission européenne, pourquoi cela ne marcherait-il pas pour le gouvernement de la France ?


Ce débat me fait penser au nouveau slogan de Mélenchon : « le capital n’a pas peur de la gauche, elle a peur du peuple ». Ce qui est parfaitement exact, à condition d’identifier le « peuple » avec les « couches populaires ». Le capital n’a pas peur des classes moyennes, parce qu’il sait qu’il peut toujours les acheter et qu’il y a, du moins à ce stade du capitalisme, une convergence d’intérêts entre les classes moyennes et la bourgeoisie. C’est pour cela que le capital n’a aujourd’hui pas peur de la « gauche », devenue stérile à force d’épouser les intérêts des couches moyennes. Ce que Mélenchon ne semble pas percevoir c’est combien les intérêts et les aspirations du « peuple » dont il parle sont à des lieues de son propre discours. Le Front National n’a pas conquis le pouvoir d’Etat, et n’est pas près de le faire. Mais, comme le PCF naguère, il a conquis un véritable pouvoir d’influence parce qu’il encadre aujourd’hui l’électorat populaire, le seul dont les élites au pouvoir ont peur, il a aujourd’hui une véritable capacité à faire passer ses positions. Et il l’a fait parce que depuis quelques années il s’est constitué un corpus idéologique – largement puisé d’ailleurs dans les motifs populaires du PCF des années 1970 et dans la doxa des républicains intransigeants proches du gaullisme ou du chevènementisme – qui lui a permis de répondre aux questions que l’électorat populaire se pose.


 

Face à ce phénomène, la gauche en général et la « gauche radicale » en particulier font étalage de leur impuissance. Cette impuissance vient d’abord d’une absence quasi-totale d’analyse sérieuse sur le phénomène. En fait, la gauche ne comprend pas comment et pourquoi le FN a réussi à lui piquer l’électorat populaire. Et c’est pourquoi elle continue à combattre le FN avec des stratégies totalement inadaptées. Croire qu’on combat le FN en expliquant que le discours – plutôt républicain - que tient cette formation aujourd’hui est en contradiction totale avec celui réactionnaire, pétainiste, poujadiste et libéral qu’il tenait hier ne sert strictement à rien, pas plus que ne sert d’insister sur les amitiés douteuses ou les dérapages des uns et des autres. Ce que les gens constatent aujourd’hui, et le journaliste du grand quotidien du soir que je citais au début de cet article n’a fait que l’écrire en toutes lettres, c’est que lorsque on vote FN, il y a quelque chose qui change, alors que lorsqu’on vote pour les autres, tous les autres, tout continue comme avant.


Descartes
 

 

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