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Publié par Michel El Diablo

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Depuis le remaniement gouvernemental de la fin août, les commentateurs – de la droite à l’extrême gauche – nous expliquent que Manuel Valls et François Hollande ont finalement tombés du côté où ils penchaient, c'est-à-dire, du côté « libéral ». La querelle qui a abouti à l’expulsion d’Arnaud Montebourg et – par ricochet – celle de Arélia Filippeti et Benoît Hamon du gouvernement serait en fait un conflit entre deux idéologies, deux visions politiques. Le chef du gouvernement aurait ainsi « clarifié » le sens de son action, en choisissant la voie libérale.


Je dois me lever ici contre toutes ces accusations. Prétendre que Manuel Valls et François Hollande seraient des « libéraux » ou se seraient convertis au « libéralisme », que les socialistes seraient devenus « libéraux » est une accusation digne du milieu du XXème siècle, de cette époque où les partis politiques étaient censés se constituer pour diffuser et mettre en œuvre un système de pensée, et que les hommes politiques devaient – sous peine d’être accusés d’opportunisme – de clarifier le système de pensée dans lequel s’inscrivait leur action. Mais aujourd’hui, nous sommes au XXIème siècle, l’âge du smartphone, de la tablette connectée et de la politique du « moi je veux ». Les partis politiques sont devenus des écuries électorales dans lesquelles la question de savoir comment gagner l’élection et faire main basse sur les postes est la seule qui compte. Les « systèmes de pensée », en tant qu’explication des mécanismes qui régissent le réel et des principes d’action sur lui sont une chose du passé, au même titre que le Minitel.


Finies les soirées ou l’on « discutait politique », ou marxistes et libéraux, existentialistes et anarchistes réglaient leurs comptes à la table du café ou par pamphlets interposés. Finie l’époque ou il fallait « être » quelque chose pour avoir le droit à prendre la parole. Fini le temps ou l’on se sentait obligé de citer les textes canoniques de tel ou tel « système ». Nous sommes dans l’ère du non-système. Et c’est pourquoi il est totalement injuste d’accuser Manuel Valls ou son gouvernement d’être « libéraux ». Croyez vous vraiment que Manuel Valls ait tout à coup décidé de lire les classiques du libéralisme – Smith, Ricardo, Locke, et plus près de nous Aron ou Hayek – et qu’il se soit dit tout à coup « ces gens ont raison, c’est ainsi que fonctionne le monde » ? Bien sur que non. Valls n’est pas plus « libéral » qu’il n’est « marxiste » ou « existentialiste ». Il n’adhère a aucun « système de pensée » tout simplement parce qu’il ne les connaît pas, que cela ne l’intéresse pas, et que de nos jours se sentir lié à un « système de pensée » est un grave handicap pour celui qui souhaite accéder aux plus hautes fonctions.


Car un « système de pensée », c’est une contrainte. Comme le tuteur d’une jeune plante, un « système de pensée » permet de pousser droit et pousser plus haut. Mais il oblige aussi d’aller dans une seule direction. Il ne tolère pas les écarts, ces écarts si utiles pour faire plaisir à droite et à gauche et grappiller des voix, ou tout simplement pour satisfaire quelques penchants et intérêts personnels. Un système de pensée, c’est une ascèse. Et notre société admire l’ascèse sur l’écran mais la déteste en pratique. Les admirateurs des mouvements politiques « d’un nouveau type » - genre les « indignés » espagnols – ont tort sur presque tout, mais ont raison sur un point : le parti politique comme institution portant un « système de pensée » est mort. Il est mort parce que dans le monde libéral-libertaire dans lequel nous vivons, personne n’est prêt à se plier aux contraintes d’un « système ». L’acte d’adhésion impliquant naguère qu’on faisait sien le « système » de l’organisation à laquelle on adhérait. Et si un désaccord trop important surgissait, on était exclu ou on partait aller voir ailleurs. Aujourd’hui, l’adhésion – qui porte mal son nom – à un parti ou à un mouvement a pour moteur moins l’adhésion réelle à un projet que le désir de faire passer ses idées, ses revendications. C’est la doctrine du « parti outil » si bien théorisée au PCF par UbHue et ses partisans. Le citoyen d’aujourd’hui ne supporte pas la contrainte d’une discipline, même choisie. Il n’ira militer que si l’organisation lui laisse faire ce qu’il lui plait quand il lui plait et comme il lui plait. On n’adhère plus au parti dont on partage les idées – quelles idées, d’ailleurs ? – mais au parti où l’on trouve la meilleure place pour soi, ou on se « réalise ». D’où un certain nomadisme de gens qui commencent au PS, vont ensuite chez les Verts, atterrissent un moment au NPA pour finir par se retrouver au Parti de Gauche. Posez-leur la question, et ils vous expliqueront que ce n’est pas eux qui ont changé d’opinion, mais ce sont les différentes organisations qu’ils ont fréquenté qui ne leur donnaient, à eux ou à leurs idées, la place qu’ils estimaient mériter (1).


A la place des « systèmes de pensée » honnis, s’est imposée l’idée du « bon sens », la chose du monde la mieux partagée puisque chacun semble satisfait avec la part qui lui échoit. Pas besoin de grandes constructions intellectuelles prenant en compte les interactions complexes, pas besoin « d’experts » qui ne cherchent qu’à prendre le pouvoir en arguant d’une « compétence » totalement superflue. Non, devant chaque situation, il suffit de mettre un peu de « bon sens », et la solution jaillira, évidente. Le politique ne cherche plus de solutions aux grands problèmes, mais applique des micro-solutions aux différents micro-problèmes qui se présentent à lui, sans jamais les inscrire dans une vision globale. Cela fait le bonheur de toutes sortes de lobbies, qui se présentent au politique en exigeant une solution à leur problème particulier. Comment le politique pourrait leur dire « non » sans un « système » qui donne à ce « non » une cohérence ?


L’exemple de la loi dite « ALUR » est de ce point de vue éclairant. Les associations actives dans le domaine du logement se plaignent que les loyers soient trop élevés. Le « bon sens » commande qu’on impose l’encadrement des loyers, et c’est bien ce que fait le ministre pour faire plaisir au lobby des mal-logés. Mais on découvre alors qu’un tel encadrement a un effet dépresseur sur le BTP, les promoteurs ne voyant pas l’intérêt de construire alors que les loyers « encadrés » risquent de réduire drastiquement la rentabilité de l’opération. Et pour faire plaisir au lobby de la construction, on abroge les dispositions qu’on avait prises quelques mois auparavant.


Mais peut-on dire que ce changement de cap traduit une quelconque « conversion au libéralisme » de la part du gouvernement ? Bien sur que non. La seule chose que cela traduit, c’est une navigation à vue et sans carte qui oblige en permanence à ajuster le cap en fonction des désastres qu’on provoque et des réactions plus ou moins vives de tel ou tel secteur de l’opinion. D’où l’alternance d’actes qu’on peut considérer comme conformes à la doctrine ultra-libérale suivis d’autres qui sentent bon le keynésianisme quand ce n’est pas l’interventionnisme pur et simple (2). D’où aussi les « couacs » permanents, qu’on attribue au « manque d’autorité » du Premier ministre ou du président. A tort : on peut difficilement imaginer que François Rebsamen ou Emmanuel Macron aient cherché à se rebeller contre leur premier ministre lorsqu’ils ont fait leurs sorties sur l’abolition des 35 heures ou le contrôle des chômeurs. Simplement, il est difficile de suivre un cap lorsqu’on n’a pas de carte. Quand on a un « système de pensée », la cohérence vient de soi puisque tous les militants et à fortiori les ministres partagent une grille de lecture de la réalité et un corpus de ce qui est ou non souhaitable. Mais lorsqu’on n’a pas de « système de pensée », maintenir la cohérence de trente ou quarante discours indépendants relève du miracle. Si le Premier ministre peut proclamer son amour des patrons le lundi et son amour des pauvres le mardi, comment Rebsamen ou Macron pourraient savoir dans quelle direction pointera la boussole le mercredi ?


Ce n’est pas que je rejette le pragmatisme. Mais le pragmatisme – le vrai – n’existe qu’en référence aux « systèmes de pensée ». On est « pragmatique » lorsqu’on se permet de violer une règle, de sortir d’une limité imposée par un « système de pensée » parce qu’on estime que la réalité l’exige. Le véritable pragmatique, c’est le conducteur qui brûle les feux rouges pour conduire un blessé à l’hôpital. Pas le chauffard qui brûle les feux rouges parce que c’est son bon plaisir. Le premier connaît le code de la route, dont il ne conteste pas la pertinence, sait le risque qu’il prend, et pèse ce risque en relation à la nécessité de sauver une vie. Le second est un inconscient qui ne considère que l’instant présent sans se soucier des conséquences. Etre pragmatique, c’est reconnaître que tout « système de pensée » est par essence incomplet et ne permet pas de répondre à toutes les situations réelles.


Ce que nous avons devant nous aujourd’hui, ce n’est pas du « pragmatisme ». C’est une totale absence de pensée systémique. Et sans pensée systémique, il est impossible de concevoir une action politique efficace. La logique du « bon sens » non seulement expose le politique à la pression permanente des lobbies sans lui donner les instruments intellectuels pour y résister, mais – et c’est ce que nous voyons quotidiennement – transforme la politique en une course poursuite ou l’on applique des solutions de « bon sens » à des micro-problèmes, puis on se voit obligé de rechercher des solutions de « bon sens » aux micro-problèmes qu’on a créé en résolvant le micro-problème d’origine et ainsi ad indefinitum.


Thatcher était une véritable « libérale ». Qu’une grande entreprise fasse faillite et laisse des milliers de travailleurs sur le carreau ? Ce n’était pas pour elle une raison d’intervenir, de déverser de l’argent public pour l’aider ou même de prévoir un plan social pour les travailleurs licenciés. Non : que des entreprises naissent et meurent, c’est la logique du capitalisme et on ne gagne rien à chercher à la perturber. On peut être d’accord ou pas avec cette vision, mais elle a une cohérence. Elle relève d’un « système de pensée » assumé. On peut dire donc que Thatcher était véritablement « libérale ». Mais peut-on dire la même chose de Valls ou de Hollande ? En fait, des véritables libéraux, on n’en trouve pas beaucoup en France. Même les libéraux les plus autoproclamés parmi les politiques seront les premiers à demander que l’Etat intervienne pour sauver des emplois dans une entreprise de leur circonscription. La tradition française d’un Etat efficace, bienveillant et surtout protecteur du citoyen contre les féodalités locales, qu’elles soient notabiliaires ou patronales, rend très difficile l’implantation d’un véritable « système de pensée » libéral.


Valls et Hollande ne sont pas des libéraux. En les accusant d’avoir trahi un « système de pensée » quelqu’il soit, on fait une erreur capitale d’analyse. On ne peut « trahir » que ce à quoi on a véritablement adhéré. Et ce qui est vrai pour eux, est vrai pour une grosse majorité des élus socialistes. Réfléchissez un moment : si Hollande était aujourd’hui à 60% de popularité, si les dernières élections avaient été pour le PS un succès, croyez-vous un instant que les « frondeurs » envisageraient de ne pas voter la confiance à Valls au prétexte qu’il serait « libéral » ? Allons, soyons sérieux…


Valls et Hollande, pas plus que les élus PS ne sont devenus « libéraux ». Par contre, on peut dire qu’ils se sont convertis – mais cela date maintenant de plus de vingt ans – à la politique du chien crevé au fil de l’eau. Leur logique politique est de suivre la ligne de moindre résistance en cherchant à contenter tout le monde. Quitte à adapter son discours à son auditoire. On dit « amen » aux bonzes dans les réunions à Bruxelles, mais on redevient protectionniste dans le Thalys de retour. On « aime » les entreprises à Jouy en Josas, et on « aime » les socialistes à La Rochelle. On parle d’austérité, mais on continue à subventionner à fonds perdus les énergies renouvelables. A chaque groupe de pression, on dit « oui ». C’est pourquoi il serait vain de voir dans l’affrontement Montebourg-Valls un véritable affrontement idéologique. Sur le fond, leur accord est parfait. Après tout, ont participé pendant deux ans et demi à un gouvernement qui a fait depuis le début la même politique. C’est sur la tactique qu’ils différent : Valls pense pouvoir persuader les allemands de faire une relance européenne en montrant qu’il est le bon élève de la classe européenne. Montebourg pensait pouvoir aboutir au même résultat en affrontant les allemands. Mais au fond, tous deux s’accordent sur le fait que le salut ne peut venir que du dehors, tous deux ont accepté les politiques déflationnistes. Alors, c’est quoi, leur différence, en dehors des déclarations d’amour pour telle ou telle catégorie ?


Le discours « tous les mêmes » fonctionne aujourd’hui à plein parce que, effectivement, ils sont tous les mêmes. Tous les partis ont jeté à la poubelle les « système de pensée » (3), et tous pratiquent la logique du « bon sens » en faisant plaisir à chaque lobby qui se présente. Comment pourraient-ils dans ces conditions aboutir à des projets politiques très différents ? Tous ? Non, pas tout à fait : il reste quelques irréductibles gaulois, mais comme les gaulois naguère, ils sont aujourd’hui marginalisés…



Descartes


(1) Vous l’aurez remarqué sans doute, le militantisme politique est devenu – du moins pour les classes moyennes – un acte thérapeutique. On soigne sa culpabilité ou sa solitude en venant à des réunions pour « communier » avec des gens qui pensent comme soi, ou du moins dont on s’imagine qu’ils pensent comme soi. D’où d’ailleurs les réactions violentes devant les moindres désaccords. Les mouvements du genre « indignados » ne changent rien à la marche du monde, mais font plaisir à ceux qui y participent.


(2) Allez-voir le projet de loi sur la transition énergétique, ou l’on trouve une disposition rendant obligatoires les travaux d’isolation et d’économie d’énergie lors des grands travaux de réfection des bâtiments. Est-ce là une mesure « libérale » ?


(3) A ce point de l’exposé, vous l’aurez compris, « système de pensée » est synonyme du mot « idéologie ». Je n’ai pas utilisé ce dernier mot parce qu’il a aujourd’hui une connotation tellement négative qu’il aurait probablement conduit le lecteur à mal interpréter mon propos…

 

source: le blog de descartes

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