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Publié par Michel El Diablo

CGT-siege

CGT : qu’on ne se trompe pas de cible ? C’est de son orientation qu’il est question !

 

Par Jean LÉVY

Ancien membre du bureau de la Fédération des Employés

Ancien Délégué syndical national CGT du Crédit du Nord

Syndiqué à la CGT depuis 70 ans

 

 

Après des semaines d’un silence pesant, Thierry Lepaon s’est exprimé le matin du 19 décembre  2014 sur France Info. Interrogé uniquement sur les « affaires » le concernant, le secrétaire général de la CGT joue les vertueux : son train de vie est celui des salariés, son logement de fonction dans les normes, son indemnité versée lors de son changement de responsabilité syndicale logique…Passons sur les chiffres réels, livrés par les médias, et non contestés par l’intéressé, ils ont crée un malaise parmi les syndiqués, et –au-delà – dans le monde du travail.


La « bonne conscience » affichée par le leader de la CGT ne semble pas de nature à calmer l’opinion ouvrière.

 

Mais ces aspects comptables, si contestables qu’ils soient, ne sont-ils pas simplement le reflet d’un comportement syndical aux antipodes de ce qu’attendent les syndiqués de la CGT de leurs dirigeants ?

 

Thierry Lepaon  agit et réagit tel un bureaucrate d’autorité, un chef qui juge que sa fonction lui permet d’accéder naturellement à un niveau de vie et aux avantages d’un  cadre d’une entreprise privée.

 

Mais cette conception n’est telle pas tout simplement l’expression de la mentalité du syndicalisme réformiste ?

 

Et le « problème Lepaon » n’est –il pas plus largement le reflet de l’orientation réformiste donnée à la CGT depuis des décennies ?

 

S’il ne s’agissait que de distorsions d’ordre éthique, de manquement personnel à la morale syndicale telle que la conçoit dans le syndicalisme de classe, le « cas Lepaon » serait vite réglé, ou plutôt, il ne serait jamais posé.

 

Or, l’acharnement du secrétaire général de la CGT à se maintenir à son poste, le soutien virulent qu’il reçoit de cadres syndicaux au sein des instances de la CGT, alors que l’émotion grandit parmi les syndiqués et nombre d’organisations confédérées, montrent bien qu’il ne s’agit pas d’un cas personnel, mais d’une orientation fondamentale du syndicalisme.

 

A travers Thierry Lepaon, c’est toute l’orientation de la CGT qui est mise en cause. Celle qui, depuis plusieurs décennie a abandonné le syndicalisme de classe, le syndicalisme de lutte,  qui a dévissé progressivement pour prendre le chemin du compromis permanent avec les patrons, devenus des « partenaires sociaux », et le pouvoir en place.

 

N’est-il pas symptomatique que ce tournant s’est idéologiquement illustré par l’abandon de l’objectif centenaire de la CGT, « la collectivisation des moyens de production et d’échange », exclu de ses statuts ?

 

N’est-il pas tout aussi démonstratif de cette dérive,  la déclaration de Thierry Lepaon faite au "Nouvel Économiste" cette année, le 14 février 2014 :

 

« Il n’existe à la CGT aucune opposition de principe face au patronatL’entreprise est une communauté composée de dirigeants et de salariés  là encore, je regrette que les actionnaires fassent figures d’éternels absents – et ces deux populations doivent pouvoir réfléchir et agir ensemble dans l’intérêt de leur communauté.

Sur ce plan, il est évident que le pragmatisme syndical s’impose »…

 

 

Cette orientation s’exprime également dans le contenu du manuel d’éducation syndical édité à l’usage des militants CGT par la Confédération, au point de se demander ce qui différencie ce manuel  de celui de la CFDT.

 

Est-ce cela l’objectif du fameux « syndicalisme rassemblé », perspective recherchée par les dirigeants cégétistes depuis de nombreuses années ?

 

Chacun peut mesurer les effets d’une telle orientation à l’aune du bilan de la CES, structure intégrée dans l’Union européenne pour livrer la classe ouvrière muselée, aux bons soins de BusinesEurope, le Medef européen.

 

Donc, « l’affaire Lepaon » ne relève pas d’une simple dérive individuelle.
Elle est l’expression, l’illustration d’une orientation nocive, mortelle même,  pour notre mouvement syndical.

 

Chacun peut en mesurer les effets.

 

Depuis la grève des cheminots de 1995, aucune action d’envergure menée par la CGT ne s’est soldée par une victoire. La mobilisation contre le CPE en 2006 a été payante grâce au soutien massif de la jeunesse des banlieues, seule bataille où celle-ci a participé.

 

Par contre, dans les trente dernières années, c’est l’ensemble des conquêtes sociales d’un siècle qui a été saccagé, de l’interdiction du travail de nuit pour les femmes, du repos dominical imposé en 1906, les Prud’Hommes, les droits acquis par les grèves de juin 36, les conventions collectives et les délégués du personnel dans l’entreprise, ceux de la Libération comme les victoires de 1968, tout est remis en cause, le Code du Travail en premier,  par le patronat avec le concours actif des gouvernements de droite comme ceux du PS, soutenus par leurs partis respectifs.

 

Et face à ce saccage organisé, quelles répliques d’ensemble et de masse ont-elles été entreprises par la CGT ?

 

Des manifestations symboliques, trimestrielles, voire semestrielles République-Bastille-Nation, ciblées uniquement sur un sujet particulier, refusant la globalisation sur l’ensemble des attaques patronales, et cela,  sans que sans que soit recherché l’apport décisif des secteurs les plus pauvres, ceux  des quartiers et des banlieues où sont parqués les prolétaires les plus en difficulté.

 

Par contre, la CGT n’a jamais manqué une « concertation », selon l’expression officielle, entre « partenaires sociaux » et le pouvoir politique, pour « limiter si possible »  les reculs sociaux imposés par le Medef…

Chacun mesure les effets de cette stratégie, celle d’un « syndicalisme rassemblé » comme un troupeau de moutons menés à l’abattoir.

 

« L’affaire Lepaon », si l’on ne se contente pas de cibler l’objectif sur les dérives d’un dirigeant, si au-delà de la situation personnelle du Secrétaire-général de la CGT, si les militants, les syndiqués de la CGT, leurs organisations confédérées ouvrent le débat de fond sur l’orientation de leur centrale, exigent un congrès confédéral avancé en 2015 pour en débattre démocratiquement, cette affaire Lepaon pourrait ouvrir enfin des perspectives nouvelles pour le monde du travail.

 

C’est la tache de chaque militant, de chaque responsable syndical, de l’ensemble des syndiqués CGT d’imposer ce débat large et ouvert sur l’orientation qu’ils veulent redonner à leur centrale pour être en mesure

d’engager la contre offensive ouvrière et populaire contre le capital et ses fondés de pouvoir de droite comme du PS.

 

Jean LÉVY

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