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Publié par Michel El Diablo

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En montant dans la rame du métro, la publicité avait tout de suite attiré mon œil malgré l’heure matinale et l’état de demi-someil qui caractérise mon trajet de mon domicile à mon travail. Voici ce qu’elle disait : « Alice allait sur des forums bien avant d’étudier l’agora romaine ». J’imagine, hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère, que toi aussi tu as été dérouté. D’abord pour le pluriel de « forum » qui, comme mes lecteurs latinistes vous le feront remarquer, est soumise à la règle qui fait que les mots dérivés du latin et terminés par « -um » forment le pluriel en « -a » (1). Alice visitait donc les « fora » et non les « forums » bien avant d’étudier… quoi ? Et bien oui, « l’agora romaine ». Alice ferait bien de mieux choisir ses études : l’agora est en effet une institution grecque, et non romaine. Il n’y a pas plus d’agora romaine de que calendes grecques…



Si la publicité en question concernant un saucisson du cru où des petits pois en boîte, l’affaire serait comique. Mais là où elle devient tragique, c’est que l’entreprise qui paye cette publicité n’est autre qu’Acadomia, le mastodonte des cours particuliers destinés à calmer l’angoisse des parents et accessoirement, très accessoirement, à aider les enfants dans leur aventure scolaire. Une entreprise dont le slogan , « les élèves ont changé, les façons d’apprendre aussi », dit tout son ambition pédagogique. Et en effet, les façons d’apprendre ont du beaucoup changer : de mon temps, ils n’étudiaient pas « l’agora romaine » (2). Peut-être qu’en philosophie on leur donnera à lire les écrits de Socrate ?


Cette affaire nous ramène, et je suis désolé si le sujet devient répétitif, à la crise de notre système éducatif. Oui, les gens sont de moins en moins bien éduqués, et pas que chez les publicitaires d’Acadomia. Heureusement qu’il y a toujours dans nos institutions éducatives des grands pédagogues capables de faire des propositions brillantes. La dernière en date et l’idée d’abolir les notes chiffrées. Bon, d’accord, l’idée n’est guère nouvelle. Elle tourne dans la bavardosphère depuis déjà un certain temps. Mais cette fois, nous dit-on, c’est recommandé par un rapport officiel, celui de la Commission Nationale des Programmes (3). Pour un gouvernement qui recherche désespérément quelque gadget pour faire oublier sa gestion désastreuse de presque tout et les turpitudes de quelques conseillers, c’est du pain béni, d’autant plus que a) cela ne coûte rien et b) cela ne risque pas de provoquer la résistance d’une majorité d’enseignants, ravis d’avoir un motif de moins de conflit avec les parents.



Bien entendu, toute vérité n’est pas bonne à dire, et il faut donc quelques arguments théoriques plus ou moins bidon pour habiller la chose. Heureusement, il ne manque pas des pédagogogues et autres sociologues de l’éducation pour en fournir. Et sur ce point, on ne peut guère dire qu’ils aient fait preuve d’une grande originalité. L’argumentation tourne toujours autour des mêmes questions. La note chiffrée traumatiserait nos chères têtes blondes. Elle les découragerait. Elle encouragerait la compétition. Il faut donc lui substituer une notation « bienveillante », qui « encourage » l’élève, renforce son « estime de soi » et favorise la coopération.



Posons la question franchement. Faut il « encourager » les élèves ? Le simple fait de la poser montre combien elle est absurde. Le verbe « encourager » a besoin d’un complément. On « encourage » quelqu’un à faire quelque chose. Mais les contempteurs des notes chiffrées ne l’ont pas encore remarqué. Il nous répètent que mettre un zéro au mauvais élève pourrait le « décourager ». Mais c’est précisément le but : le « décourager » d’être un cancre. Si l’on veut obtenir de quelqu’un qu’il change son comportement, il faut que ce changement présente pour lui un intérêt. En d’autres termes, qu’un non-changement soit sanctionné et un changement soit récompensé. La sanction et la récompense peuvent varier, être de nature réelle ou symbolique. Il peut se traduire par l’accès à un poste ou à une dignité convoitée, à l’image qu’on donne auprès des gens qu’on aime ou qui nous entourent, par un supplément d’argent de poche ou une visite – horresco referens – à Disneyland. Mais imaginer que l’enfant – ou l’adulte, d’ailleurs – feront spontanément quelque chose à laquelle ils n’ont aucun intérêt juste parce qu’on leur dit qu’il faut la faire est une illusion.



En d’autres termes, il faut un système de sanctions et de récompenses. Si l’élève qui ne travaille pas reçoit les mêmes encouragements et les mêmes récompenses que celui qui travaille, alors personne ne travaillera. Et c’est là, au fonds, que se trouve le problème. Les ennemis des notes – et d’une manière plus générale les partisans des « nouvelles pédagogies » - ne pensent pas en fait que le travail soit si important que cela. L’éveil, la créativité, la participation au groupe, oui. Mais le travail ? Qui a parlé de travail ?



Vous trouvez que j’exagère ? Et bien, je vous conseille la lecture du supplément du journal « Le Monde » - dont l’engagement du côté « pédagogogique » est bien connu – daté du 26 novembre dernier et intitulé « enseigner demain ». Dans ce supplément, tout à la gloire des « nouvelles manières d’enseigner » - beaucoup de tablettes, d’ordinateurs, de tableaux numériques, et peu de connaissances – j’extrais la description d’une classe de sciences du vivant particulièrement révélatrice :

Professeur des sciences de la vie et de la terre, Frédéric Véron fait partie des pionniers. (…) dans ses cours, désormais, « le classeur c’est le portable ». Vaste espace de stockage pour leçons et documents, la machine apporte aussi des outils créatifs qui vont justement être mis à profit. Après avoir découvert les grandes catégories du monde animal comme les vertébrés, incluant les mammifères ou les oiseaux, les élèves doivent les mobiliser pour présenter un spécimen en vidéo. Pour ce travail, ils disposent d’une part de la webcam intégrée à leur machine, d’autre part, selon leur choix, de squelettes de poule, chat et poisson ou encore d’un pigeon empaillé. « La classification des êtres vivant est un chapitre difficile à appréhender. Or, les outils numériques motivent les élèves tout en leur permettant d’aborder les connaissances sous un autre angle ». Effectivement, ils semblent prendre leur mission à coeur.


Un groupe s’interroge sur la meilleure manière de placer le chat devant la caméra : de face ou de profil ? « il est carnivore, il faut montrer ses grosses dents mais aussi dire qu’il a un petit estomac » lance l’un d’eux. « C’est un félin », ajoute son camarade avant de suggérer d’interviewer le professeur dans le petit film. M Véron veut bien se prêter au jeu, mais ont-ils vraiment préparé leurs questions ? Aussitôt, l’un se saisit d’une feuille de papier pour griffonner des idées, l’autre ouvre le traitement de texte de son ordinateur. « Signe que le numérique n’est pas antagoniste de l’écrit », glisse l’enseignant. Ce qui aurait pu être une séance d’observation statique s’est mué dans un petit travail de mise en scène. « Le numérique rompt avec l’organisation frontale de la classe. Le professeur n’est plus celui qui dispense un savoir que les élèves prennent en note, Il les accompagne dans l’acquisition de compétences et remet les savoirs en perspective ».



Admettons. Mais revenons un peu en arrière. Quel était l’objectif de la leçon ? C’était un cours de sciences naturelles. Le but était de permettre aux élèves « d’appréhender la classification des êtres vivants ». Qu’auront appris les élèves de M. Véron en faisant une vidéo sur un squelette de chat incluant une interview du professeur qu’ils n’aient pas su avant de commencer leur mise en scène ? A quelle systématisation des connaissances se prête ce genre d’utilisation des « outils créatifs » ? Aucune, bien entendu. Au contraire, on est dans l’anti-systématisation, ou les bribes de connaissances sont juxtaposées sans aucun lien logique. Un des élèves lie le fait que « c’est un carnivore » avec « ses grosses dents », alors que c’est faux : de nombreux carnivores n’ont pas de grandes dents, et la plupart n’ont pas de dents du tout : l’araignée, le crapaud ou la couleuvre sont tous trois carnivores, et aucun n’a des « grandes dents ». Un autre élève classifie le chat comme un « félin », mais sans en tirer la moindre conclusion. Ce travail rappelle ce texte surréaliste qui classait la table parmi les quadrupèdes.


On n’apprend pas par osmose. L’apprentissage sans effort, sans systématique est un rêve impossible. L’apprentissage nécessite une discipline, une concentration, une systématique. En un mot, l’apprentissage est une ascèse, au sens où il implique une renonciation ne serait-ce que temporaire aux plaisirs immédiats et faciles au nom d’un idéal plus haut qu’on ne peut atteindre que par l’effort. Pour apprendre, l’enfant doit renoncer au moins en partie à la console de jeux, à regarder la télévision, à traîner avec les copains.



Cela n’implique nullement que l’apprentissage doive être une torture. Les « libéraux-libertaires », avec leur détestation du travail, on donné à l’effort une mauvaise réputation, en faisant presque l’antithèse du plaisir. C’est faux. De ma fenêtre, je vois une place située au centre de la cité, où la mairie a construit quelques appareils en béton permettant la pratique du skateboard. Et bien, je suis toujours admiratif devant les heures que certains jeunes passent à s’entraîner, refaisant dix, cinquante, cent fois la même figure, perfectionnant le geste jusqu’à l’obsession, et au prix de pas mal de bleus. N’est-ce pas là une ascèse ? N’est-ce pas là un effort et un sacrifice, librement consenti pour le plaisir de réussir quelque chose de difficile. En quoi est-il si différent de la démonstration du théorème de Cantor ou celui de Pythagore ? (4) ? Et pour ceux qui viendraient me soutenir qu’il y a une différence entre la discipline libre – celle du skateboard – et la discipline notée – celle de l’école, je répondrai que le skate est lui aussi, noté. Parce que le jeune qui réussit une figure particulièrement difficile est connu dans la cité. Il est « cool ». Il reçoit la reconnaissance des ses pairs, qui est une récompense aussi réelle et motivante que le 18/20 octroyé par l’institution scolaire. Et à l’inverse, les moqueries que rencontre celui qui « skate » comme un pied n’ont rien à envier en termes de « démotivation » à un 0/20.

Notre société voue aux gémonies le travail, l’effort, le dépassement de soi. Elle porte au pinnacle au contraire le loisir, le ludique, la satisfaction – et même la fierté – d’être ce qu’on est et de le rester. Elle adore la « créativité » et méprise la transmission. Comment s’étonner dans ces conditions que l’enseignement soit en crise ? Et comment s’étonner aussi que devant la baisse du niveau on cherche la solution du côté des « gadgets » et du jeu, alors qu’il faudrait le chercher dans la direction contraire ?


Dans la plupart des cas, l’échec scolaire est le résultat d’une insuffisance dans le travail. Bien entendu, il y a des enfants qui ont des difficultés d’apprentissage qui relèvent d’une pathologie organique ou psychologique. Mais ils sont en fait peu nombreux. Une amie qui a passé un demi-siècle à étudier les problèmes d’apprentissage et qui a écrit plusieurs livres sur la question me l’a confirmé : 90% des enfants sont parfaitement capables d’assimiler les connaissances nécessaires à une scolarité normale… à condition d’investir le travail et l’effort nécessaire. Dans l’immense majorité des cas, l’enfant n’apprend pas parce qu’il ne travaille pas, ou pas assez. La question essentielle est donc là : quels sont les ressorts qui permettent de faire travailler les élèves ? Comment les pousser à faire l’effort ?



Il y a bien entendu le plaisir d’apprendre. Il ne faut pas le négliger. Mais ce plaisir n’est pas immédiat. Il faut avoir déjà accumulé une certaine masse de savoir, avoir acquis un certain nombre d’automatismes, internalisé un certain nombre de disciplines pour que ce plaisir se révèle. Pour arriver à cette « masse critique », il faut que les institutions poussent l’enfant. D’abord la famille, puis l’école transmettent une certaine vision de la connaissance, du plaisir d’apprendre et d’être savant. On dit souvent que certains enfants sont privilégiés dans leur apprentissage parce que leurs parents ont des livres. Mais ce n’est pas les livres l’essentiel. On peut être entouré de livres et ne pas les lire. Ce qui fait la différence, c’est qu’en général les parents qui habitent des maisons pleines de livres transmettent une certaine image de ce qu’est le savoir et l’apprentissage. Ils la transmettent par l’exemple, ils la transmettent par le fait qu’ils récompensent certains comportements et « découragent » d’autres. Mais le professeur n’est pas le parent. Il n’a pas sur l’enfant l’emprise que peut avoir son père et sa mère. Il a donc besoin d’autres instruments pour dire ce qu’il faut ou ne faut pas faire. En d’autres termes, pour « encourager » ou « décourager » certains comportements. Ces instruments, ce sont les notes. Peu importe la forme qu’elles prennent : chiffres, points de couleur, voire distribution d’images pieuses. Ce qui importe, c’est qu’elles qualifient le travail de l’élève dans une hiérarchie du mérite (5). C’est cette hiérarchie même que les partisans de la suppression des notes entendent nier.



Et bien entendu, cette négation tient à une nécessité sociale. Si Acadomia et autres officines du même type prospèrent, c’est pace qu’elles ont su répondre à l’angoisse des parents des classes moyennes, terrorisées à l’idée que leurs petits rejetons, ne retrouvent pas le « capital immatériel » qu’ils ont pu constituer. C’est là la tragédie des classes moyennes, dont la position repose sur un capital immatériel qui ne bénéficie pas de la transmission automatique dont bénéficie le capital matériel de la bourgeoisie. Et tant que l’accès à certaines places et professions se fait au mérite, les enfants des classes moyennes sont menacés. Il est donc urgent de rendre l’accès à ces places et ces professions héréditaires. Et cela suppose d’éliminer la hiérarchie au mérite. Certains le disent fort clairement. Ainsi, par exemple, voici ce cri du cœur de Bruno Roger-Petit, chroniqueur dans ce magazine typiquement « classes moyennes » qu’est « l’Obs » :

« Il se trouve que l'auteur de ces lignes peut aussi témoigner d'expérience de parent d'élève. L'un des ses enfants est scolarisé dans un établissement où l'on note désormais les élèves de A à D. Les résultats sont stupéfiants. Les enfants apprennent mieux et bien. La concurrence inepte, engendrée par la notation de 0 à 20, a disparu des conversations de cours de récré, et les tensions et exclusions qui l'accompagnaient avec. L'enfant ne sort plus de l'école obsédé par les notes, et les parents avec, angoissés par la "moyenne" qui peut baisser de 0.2 points et le précipitera dans le "mauvais CM1" l'an prochain. L'enfant est confronté à lui-même, et pas aux autres, ce qui l'encourage, le motive, le pousse à faire mieux dans un contexte effectivement "bienveillant". »



Admettez que c’est mignon. Hier, parce qu’on allait de 0 à 20, les enfants ne parlaient que de cela dans la cour de récréation, tout le monde était tendu. Depuis qu’ils ont de D à A, tout le monde est détendu. Celui qui avait 16 et celui qui avait 13 étaient « confrontés à l’autre ». Mais depuis qu’ils ont A et B, ils ne sont que « confrontés à eux-mêmes ». C’est fou ce que la transformation des chiffes aux lettres peut changer les choses. Je me demande s’il ne faudrait pas remplacer les chiffres par des lettres dans les billets de banque. Il est vrai que payer 1000 euros, ça me stresse. Alors que payer BAAA euros, c’est presque indolore…



Mais le plus révélateur, c’est la deuxième partie. Cette « angoisse » de l’enfant « et des parents avec » - dans cet ordre, car tout le monde sait que l’angoisse en question vient d’abord des enfants, et certainement pas des parents – de tomber dans « le mauvais CM1 » l’an prochain du fait d’une moyenne qui baisse de 0,2 points. Mais voyons cela d’un peu plus près. On peut supposer que la transformation des chiffres en lettres n’a rien changé aux qualités comparatives des différents CM1. Certains élèves continueront à aller au « mauvais CM1 » alors que d’autres iront au « bon CM1 ». Et comment seront choisis les uns et les autres ? Voilà la question qui tue. Du temps ou cela se jouait sur les « 0,2 points de moyenne », l’enfant de la concierge avec 10,2 de moyenne avait le pas sur le fils du médecin avec 10,0. Mais si ce n’est plus sur la moyenne que cela se joue, alors sur quoi ? Je laisse mes lecteurs deviner la réponse. En tout cas, je suis prêt à parier que ce ne sera guère sur le mérite…



Descartes


(1) Le pluriel « forums » devient – malheureusement – usuel, mais il n’est pas pour autant correct. En fait, « forum » a deux pluriels considérés par l’académie : une première forme reprenant le pluriel latin (« fora »), une deuxième qui est une forme invariable (« les forum ») qui figure encore au Grevisse.


(2) Acadomia n’est d’ailleurs pas à son coup d’essai. Dans une publicité plus ancienne, elle proclamait fièrement que « 90% des parents qui ont inscrit leurs enfants à Acadomia voient les résultats scolaires s’améliorer ». Ce qui implique qu’il y a parmi les parents qui envoient leur rejetons chez Acadomia qui continuent de payer des grosses sommes d’argent chaque mois alors qu’ils voient les résultats de leurs enfants stagner, voire se dégrader…


(3) Le rapport complet peut être consulté sur le site du ministère de l’éducation (http://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/83/9/evaluation_socle_20_nov_MEF-CSP_371839.pdf). En fait, ce rapport ne propose nulle part l’abolition de la note. Même si on retrouve quelques poncifs sur « l’évaluation positive », on est bien loin de la fin des notes. Tout ce qu’on peut lui reprocher, c’est d’avoir une vision de l’évaluation qui au lieu de partir des réalités reprend comme fondement une fiction, celle de l’élève « au centre du système », doté d’un savoir immanent qu’il s’agit de révéler plus que de transmettre. Ainsi, le rapporteur écrit que :

« Il [l’élève] lui faut aussi apprendre à évaluer lui-même ses travaux tout au long du déroulement de l’apprentissage, afin de se situer par rapport à une demande des enseignants ou à des consignes d’activité. A tout moment, à condition d’être accompagné pour le faire, il devrait pouvoir repérer ce qu’il sait et ce qui lui reste à apprendre, ainsi que corriger ses erreurs. »

Cette exigence est une contradiction dans les termes. Si celui qui ne sait pas savait ce qu’il ne sait pas, il le saurait. Si l’élève qui écrit 2+2=5 pouvait « repérer ce qu’il sait et ce qui lui reste à apprendre », il n’écrirait jamais 2+2=5. Si les élèves ont besoin d’aller à l’école, c’est précisément parce qu’il faut que quelqu’un leur apprenne ce qu’ils ne savent pas. Derrière cette proposition se cache l’idéal de l’élève autodidacte, capable de s’enseigner lui-même et qui n’aurait pas besoin de maître. Ca tombe bien, le nouvel idéal pédagogique est celui du maître qui se met en retrait et n’a plus qu’un rôle de « facilitateur » face à un élève capable de « construire son savoir ».


(4) Si je donne ces deux exemples, c’est parce que ce sont deux choses que j’ai appris à l’école et qui m’ont absolument passionné. Je me souviens d’avoir passé des heures à vérifier naïvement que tous les triangles rectangles vérifiaient bien la propriété, puis à chercher une démonstration générale…


(5) En fait, derrière la « querelle des notes » se cache une autre querelle, bien plus intéressante, qui est celle de l’école que nous voulons et, plus profondément, de ce que signifie le mot « éduquer ». D’un côté, vous trouverez la vision « postmoderne » d’une école dont l’ambition est de révéler ce qui est déjà dans l’élève, en l’éveillant, en poussant sa créativité, en lui faisant « reconstruire » les savoirs lui-même bref, qui met « l’élève au centre du système ». De l’autre côté, une vision plus classique qui donne à l’école avant tout une fonction de transmission, et pour laquelle il s’agit de développer chez l’élève les mécanismes qui lui permettent d’assimiler ce qu’il y a de mieux dans le savoir accumulé par l’humanité. La première école pourrait faire sienne la devise nietzschéenne du « deviens ce que tu est ». La seconde, au contraire, part de l’hypothèse que l’élève est un individu inachevé dont il importe de finir la construction.

 

source: le blog de descartes 

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