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Publié par Michel El Diablo

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L’une des actions de propagande les plus flagrantes de l’oligarchie libérale qui règne sur nos « démocraties de marché » consiste à nous faire croire qu’il n’existe aucun lien de parenté entre les structures du système capitaliste et les déflagrations sociales que ces structures génèrent. La version officielle des organes de pouvoir est la suivante : « le Marché », comme Dieu, obéit à ses propres règles, selon lesquelles les conséquences des vices privés participent à la fondation de la vertu publique. La quête du profit individuel produirait des conditions favorables au développement de toute la société… Selon la théorie de l’économiste Adam Smith, cet équilibre s’opérerait « naturellement », par l’action d’une « main invisible » qui orienterait harmonieusement les intérêts privés vers le bien public.


Le documentaire « Des patrons et des hommes », diffusé au début du mois sur arte, démonte astucieusement cette fable en racontant l’histoire des relations secrètes entre les « grands patrons » et les hommes politiques en France de 1945 à nos jours.


L’intelligence de ce documentaire consiste en partie à interroger non pas des contestataires de l’ordre libéral, mais les témoins directs de son expansion, qui ont contribué à lui donner sa puissance. Défilent entre autres devant les caméras deJean-Michel Meurice : Jean-Louis Gergorin, conseiller de Jean-Luc LagardèreGérard Longuet, ancien ministre de la défense et président du groupe UMP au sénat, mais surtout Jean Grandois, chef d’entreprise et ancien patron du CNPF, l’ancêtre historique du MEDEF. Jean Grandois y décrit avec une précision déconcertante le système par lequel le patronat français a financé dans la plus totale opacité les campagnes des partis politiques français élection après élection. Le documentaire explique avec exactitude comment le PS, perçu comme une alternative libérale au PC, a bénéficié gracieusement des fonds du CNPF dans la perspective de faire chuter la progression du communisme en France durant la guerre froide.


Tout commence après la libération. Le patronat, compromis dans la collaboration, est contraint de se plier aux exigences sociales du Conseil National de la Résistance pour se racheter une vertu. Après les grèves historiques de 1968, le patronat comprend qu’il doit reprendre la main dans l’opinion publique et crée son propre service de presse, dans le but d’influencer politiciens et médias. Ce processus s’accélère dans les années 1980 : les industriels créent l’Association Française des Entreprises Privées (AFEP), un groupe de pression chargé d’intensifier leurs actions de lobbying. A la suite de ces activités, la financiarisation du capitalisme français prend une envergure officielle lorsqu’en 1984, Pierre Bérégovoy, alors ministre des finances, annonce la libéralisation de la bourse, deux ans avant le retour de la droite au pouvoir et le processus de privatisation des grandes entreprises publiques que ce nouveau gouvernement engagea.


En 1997, après être revenu sur ses promesses de campagne sur de nombreux fronts sociaux à cause de la pression du patronat, Lionel Jospin finit tout de même par engager la réforme des 35 heures pour éviter la propagation du sentiment de trahison chez ses électeurs, déclenchant de profonds bouleversements dans le système d’organisation des entreprises. De glissements idéologiques en compromis financiers, le pouvoir politique finit par céder peu à peu sur l’idéal du CNR, moyennant les financements de campagnes électorales, comme le montre avec une grande précision le documentaire. Ce reniement politique, relativement tenu sous silence jusqu’alors, devient explicite en 2007 lorsque Denis Kessler, idéologue du patronat et conseiller de Nicolas Sarkozy, en appelle explicitement à « défaire méthodiquement le programme du CNR » ; une perspective dont le pacte de responsabilité de François Hollande ne fait que signer la triste continuité…


Le film en deux parties revient également sur les grandes initiatives de résistance au pouvoir patronal dans le monde ouvrier, notamment celle des ouvriers de l’usine horlogère Lip, qui poursuivirent leur activité en autogestion de 1973 à 1976, avant que le gouvernement Giscard-Chirac ne sabote délibérément cette initiative pour éviter la propagation du mouvement social dans tout le pays. Il décrit également de manière très habile les relations ambiguës entretenues par certains représentants syndicaux avec les hommes politiques au pouvoir et les « grands patrons » (on pense à François Chérèque passé de la CFDT à l’entreprise de Jacques Attali PlaNet finance …).


La diffusion de ce documentaire s’inscrit dans le cadre d’une grande programmation d’arte sur le capitalisme jusqu’au début du mois de Novembre, comprenant des documentaires sur les théories économiques qui structurent notre quotidien sans que nous ayons conscience, de l’œuvre Adam Smith à celle de John Manyard Keynes en passant par Karl Marx, mais aussi sur la narco-finance et les origines de la fortune de Lakshmi Mittal. Tous ces films sont visibles en streaming sur le site d’arte durant les sept jours suivant leur diffusion TV. Le documentaire « des patrons et des hommes » se fonde sur un livre publié par les éditionsarte-la découverte : Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours (David Servenay,Benoît Collombat), réédité ce lundi 20 octobre. Ce livre, nécessairement plus détaillé que le documentaire, consacre un chapitre entier aux relations incestueuses entre le pouvoir politique et le milieu bancaire, en revenant sur le rôle tenu par le nouveau ministre de l’économie Emmanuel Macron (ex employé de la banque Rotschild, faut-il le rappeler) dans la pérennité sordide de ces liaisons dangereuses… A ceux qui invoquent le « conspirationnisme » lorsque les preuves de la détention du pouvoir politique par une petite élite constituée en oligarchie deviennent manifestes, la constitution de ce genre d’ouvrages visuels et littéraires permet de répondre avec les arguments de l’Histoire.


Galil Agar


source: cercle des volontaires

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