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Publié par Diablo

Beaucoup de choses ont été dites sur les résultats de l’élection partielle dans la 3ème circonscription du Lot-et-Garonne, celle de Villeneuve sur Lot. Quelque chose est frappant dans l’attitude des commentateurs : personne n’est surpris. Tout le monde traite l’affaire comme s’il était parfaitement « normal » que le parti dominant de la politique française, celui qui détient la présidence de la République, la majorité à lui seul à l’Assemblée Nationale, la quasi-totalité des présidences de région, la grande majorité des présidences de conseils généraux et des mairies se retrouve privé de deuxième tour dans une circonscription où, excusez du peu, son candidat avait approché la moitié des suffrages lors de l’élection précédente.

 

Lorsqu’en 2002 Lionel Jospin s’est retrouvé éliminé au premier tour par la poussée – déjà – du FN au premier tour, cela avait sonné comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Pour la classe politique à l’époque la chose était impensable, si impensable que lorsque les sondages ont commencé quelques jours avant le scrutin à montrer que l’hypothèse ne pouvait pas être exclue, personne dans l’entourage n’avait voulu le croire. La chose avait été si durement ressentie que Lionel Jospin s’est cru obligé de quitter immédiatement la vie politique pour expier ses fautes. Aujourd’hui, rien de tel. On dirait qu’une fois l’impensable pensé, il devient rapidement naturel.

 

Vous me direz qu’une élection législative n’est pas, n’a pas la charge symbolique d’une élection présidentielle. Et qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. C’est vrai. Mais ce qui s’est passé à Villeneuve sur Lot n’est pas très différent de ce qui s’était passé quelques mois plus tôt dans l’Oise. Là encore, le candidat socialiste avait été éliminé dès le premier tour dans une circonscription, il est vrai, dont le sortant était le député UMP. Une telle accumulation d’hirondelles laisse penser que le printemps n’est pas loin.

 

Mais peut-être la raison pour laquelle la classe politique accueille ces nouvelles avec indifférence, c’est qu’il existe un large consensus sur le rapport de cause à effet entre les politiques suivies par les partis au pouvoir – pas la peine de me demander lesquelles, les partis passent mais les politiques restent fondamentalement les mêmes – et les réactions de l’électorat. En d’autres termes, les partis « de gouvernement » sont pleinement conscients que les politiques qu’ils mettent en œuvre pour les uns, où qu’ils seraient amenés à mettre en œuvre demain s’ils revenaient aux affaires pour les autres, ne peuvent que leur aliéner un électorat de plus en plus important, et ont assumé ce fait dans leurs hypothèses de travail. Il y a dans cette attitude une large dose de cynisme : la gauche et la droite « de gouvernement » se sont partagé le système : c’est « cinq ans chacun ». Le fondement de ce partage est que l’électeur, au fond, n’a pas le choix. Consulté tous les cinq ans, il n’aura d’autre alternative pour manifester son mécontentement que de voter pour « les autres », qui s’empresseront de faire la même politique avec la perspective de repasser le témoin « aux autres » à l’élection suivante. Pour cette caste de professionnels de la politique qui composent l’UMP ou le PS le contrat est simple : cinq ans à jouir des attributs du pouvoir suivis de cinq ans de repos dans l’opposition pendant lesquels on mettra du beurre sur les épinards en vendant son carnet d’adresses en attendant que la roue tourne à l’élection suivante. La meilleure illustration de ce raisonnement est donnée par le débat du projet de loi de transparence à l’Assemblée Nationale, ou l’on a multiplié les amendements pour éviter autant que faire se peu les élections partielles. Il s’agit de protéger cette période de cinq ans pendant laquelle les électeurs n’ont aucun moyen de remettre en cause la majorité élue après l’élection présidentielle.

 

Le « désistement républicain » à gauche et le « front républicain » contre l’extrême droite sont les véritables verrous qui permettent au système de fonctionner. Le « désistement républicain » a permis au PS de réduire le PCF à une force d’appoint, qu’on ignore lorsqu’on est au pouvoir tout en empochant les voix à chaque élection. Le « front républicain » permet de profiter de la vitalité du FN en mettant en difficulté les candidats de la droite classique. Mais ces verrous ne sont efficaces qu’à deux conditions : que le PCF reste suffisamment fort pour constituer appoint suffisant, et que le FN soit suffisamment faible pour rester une nuisance sans devenir un danger. Les résultats des dernières élections montrent que ces deux conditions sont de plus en plus loin d’être remplies.

 

Car qu’est-ce qui caractérise les dernières législatives partielles ? La première observation, est que le PS perd massivement des voix. Etant donné le virage social-libéral que François Hollande a donné à sa politique, on peut raisonnablement penser que les électeurs déçus par le PS sont ceux qui espéraient une politique plus attentive aux problèmes des couches populaires, plus sociale et moins libérale. Si cette hypothèse est vraie, alors l’élément le plus remarquable dans les résultats de l’Oise comme du Tarn-et-Garonne est que la déperdition des voix socialistes ne bénéficie que très marginalement à la « gauche radicale ». En d’autres termes, l’électorat déçu par le « virage à droite » du PS ne met pas le cap à gauche. Un peu comme si la « gauche radicale » n’arrivait pas à se poser en alternative aux choix du pouvoir socialiste, même dans une posture protestataire. Les électeurs qui ont voté socialiste avec l’espoir d’une politique différente et qui souhaitent aujourd’hui protester n’utilisent pas pour cela le bulletin Front de Gauche.

 

Il faut se demander pourquoi. Plusieurs explications me semblent possibles : la première, c’est que le Front de Gauche – dans toutes ses composantes - n’a pas renoncé à jouer les forces d’appoint. Ce fut le cas lors des dernières présidentielles, lorsque Mélenchon appela à voter pour le candidat François Hollande sans même prendre la peine de négocier des contreparties. Le Front de Gauche appliqua d’ailleurs plus ou moins rigoureusement la doctrine du « désistement républicain » lors des élections législatives de juin 2012. Mélenchon a d’ailleurs poussé la chose jusqu’à affirmer, au lendemain de la présidentielle, que Hollande devait son élection aux voix apportées par le Front de Gauche. Une déclaration qui sonne aujourd’hui fort imprudente : Mélenchon a beau aujourd’hui d’essayer de se refaire une virginité avec des critiques véhémentes au pouvoir socialiste, les électeurs se souviennent que lorsqu’il s’est agi de choisir, Jean-Luc a donné sa voix au PS. Au PCF, c’est encore pire : la priorité absolue de ce qui tient lieu de direction au vieux Parti de Maurice Thorez – qui le pauvre se retournerait dans sa tombe s’il voyait ce qu’il est devenu – étant de sauver à tout prix les élus, il a choisi une ligne qu’on pourrait qualifier de « critique inaudible » : on aboie discrètement, et on ne mord que lorsqu’on est sur de ne prendre que le pantalon. Les « assises de la gauche » à laquelle étaient invités Marie-Noelle Lieneman et autres dirigeants socialistes classés « à gauche » étaient la parfaite illustration de cette ligne hésitante où l’on critique le gouvernement les jours pairs tout en embrassant les dirigeants socialistes qui soutiennent le gouvernement les jours impairs.

 

Il n’est pas inutile de rappeler ici ce que fut, il y a bientôt trente ans, le choix stratégique du FN, choix qui n’est pas pour rien dans son succès électoral d’aujourd’hui. La position frontiste depuis la fin des années 1980 a été celle du soutien conditionnel. Si le FN était prêt à soutenir des candidats de droite dans le cadre d’accords politiques, il était hors de question de recommander à ses électeurs un désistement automatique et sans contrepartie à l’image du « désistement républicain » de la gauche. Bien sur, au début cette ligne fut peu comprise. Certains à droite accusèrent le FN de faire le jeu de Mitterrand et des socialistes – ce qui objectivement était le cas – en mettant en difficulté les candidats de la droite classique. Mais si ce positionnement a pu gêner le FN sur le court terme, la stratégie s’est révélée gagnante sur le long terme. Alors que la « gauche radicale » est obligée de porter sa part de responsabilité dans les politiques sociales-libérales de ces trente dernières années qu’elle n’a peut-être pas voulues, mais qu’elle a rendu possibles par ses votes, le FN peut soutenir de manière crédible qu’il n’a jamais été complice, par son soutien gratuit, d’une politique qui ne fut pas la sienne.

 

La logique du désistement inconditionnel est dialectiquement liée au changement de la base sociologique de la « gauche radicale ». En 1978, le PCF n’a pas osé rompre avec cette pratique de peur de voir s’éloigner de lui les classes moyennes qui, depuis le début des années 1970, avaient commencé à prendre le pouvoir dans le Parti et qui entraient en résistance dès que la direction du PCF faisait mine de vouloir s’éloigner des positions du PS (1). Mais cette logique se révèle in fine destructrice. Je peux dire par expérience qu’il est très difficile d’expliquer à des ouvriers pourquoi on fait voter François Hollande – ou François Mitterrand, en d’autres temps – alors qu’on a montré par A plus B que sa politique conduit le pays au gouffre, et tout ça sous prétexte qu’il est « de gauche ». C’était difficile en 1981, cela devient impossible aujourd’hui. Pourquoi ? Et bien, d’une part parce que le PCF n’a plus dans la classe ouvrière le capital de confiance qui lui permettait d’être suivi alors même qu’il défendait une position fondamentalement contradictoire. Les dirigeants du PCF et de la « gauche radicale » en général ont trop joué le jeu des benêts trompés par les méchants socialistes pour être crédibles aujourd’hui. Mais surtout, ce qui a changé est que les couches populaires ont aujourd’hui un parti politique alternatif qui dispute à la « gauche radicale » la fonction tribunitienne. J’ai nommé, bien entendu, le FN.

 

C’est là d’ailleurs le deuxième grand enseignement de ces scrutins. Le FN a changé. Et pas seulement de langage. Le terme « dédiabolisation » est d’ailleurs impropre pour décrire ce qui arrive au FN. L’utiliser revient à poser comme un fait que les changements au FN sont purement superficiels, tactiques. Que c’est toujours le même produit avec un emballage différent et qu’il suffit de gratter sous la peinture pour retrouver le bon vieux Front National, pétainiste, calotin, nostalgique de l’OAS. Cela va dans le même sens que ces théories sur la « lépénisation de la société » qu’on répète sans réfléchir dans la gauche bienpensante, et qui postulent que si le FN a aujourd’hui une plus grande audience, ce n’est pas parce qu’il s’est rapproché de la société, mais parce que la société s’est rapprochée de lui.

 

Je pense que ces discours font fausse route. Si le FN est mieux accepté, si des dirigeants politiques et syndicaux locaux qui autrefois auraient tremblé à l’idée d’apparaître associés au FN n’hésitent pas aujourd’hui à rendre publique leur adhésion, si le FN attire un électorat de plus en plus populaire et arrive à le fidéliser, s’il apparaît comme alternative y compris pour des électeurs qui ont voté pour François Hollande, ce n’est pas parce que la société se « lépénise », mais parce que le FN se « normalise ». Quelque soit le respect filial que Marine Le Pen puisse avoir pour son père (2), le fait est que le discours actuel du FN fait une place minime à l’intégrisme catholique, aux nostalgiques de l’OAS, aux partisans de « l’Europe blanche » façon Club de l’Horloge et autres tribus traditionnelles de l’extrême droite française. Mais au-delà du discours, on retrouve cette transformation dans les têtes pensantes du FN elles-mêmes. Difficile de voir en Florian Philippot un nostalgique de l’OAS ou de Pétain.

Sur les questions sociétales et notamment sur les mœurs, le FN est aujourd’hui sur la même tonique que les couches populaires de la société, généralement plus conservatrices que les classes moyennes. Sur les questions de politique économique et sociale, il est difficile de trouver une différence radicale entre le discours du FN et ce qui pouvait être celui du PCF du temps où c’était un parti populaire. Il n’y a que l’immigration qui reste un « marqueur » frontiste, mais là encore sous une version révisée qui met l’accent non pas sur les éléments ethniques ou sur les individus, mais sur l’expression du communautarisme et de la laïcité.

 

Ces changements sont-ils cosmétiques ? Je ne le pense pas. A supposer même que ses initiateurs les aient pensés comme tels, le fait est que changer le discours implique changer le recrutement. Si le nouveau discours attire vers le FN un public militant différent, ces nouveaux militants auront demain une influence sur la ligne politique de leur parti. Il faut une bonne dose d’inconscience pour penser qu’on peut changer le langage d’un parti sans changer aussi à terme sa nature profonde. Le FN est en train de changer, et ce changement pourrait bousculer dans les années qui viennent le spectre politique français.

 

Je vais peut-être ici choquer certains de mes lecteurs. Je m’excuse par avance, mais j’ai toujours pensé qu’il faut regarder la réalité en face, surtout lorsqu’elle est déplaisante. Le FN aujourd’hui bénéficie d’une dynamique montante. Il a réussi à devenir le parti tribunicien vers lequel les couches populaires se tournent dans un contexte où les partis traditionnels se désintéressent de leur sort. Pour accompagner cette dynamique, il lui faudra des cadres. Et des véritables cadres, capables non seulement de mobiliser des militants mais aussi d’exercer dans un contexte démocratique des fonctions électives. Jean-Marie Le Pen était d’une grande lucidité lorsqu’il avait répondu à un militant qui se réjouissait d’être à la veille de conquérir le pouvoir « dieu nous en préserve ». Le vieux lion, qui connaissait bien l’activisme d’extrême droite pour l’avoir lui-même pratiqué était parfaitement conscient de la difficulté qu’il y a à exercer le pouvoir sans une structure gérée par des cadres formés et disciplinés. Toutes les opportunités que le FN a eues de démontrer sa capacité à exercer le pouvoir conquis démocratiquement (Vitrolles, Orange…) se sont soldées par un désastre. La cause ? Un manque cruel de cadres formés et « politiques », capables de dépasser le niveau de l’activisme. Si Florian Philippot a pu si rapidement se rendre indispensable, c’est parce que sa formation de cadre chévenementiste apporte quelque chose que les traditionnels activistes d’extrême droite n’ont pas.

 

La question fondamentale pour l’avenir du FN est donc : d’où viendront ces cadres ? Le FN ne semble pas s’être doté de structures de formation et d’encadrement capables de produire d’une manière autonome le genre de cadres dont il a besoin. Et il en aura besoin vite, puisqu’il faudra monter les listes pour les municipales dans les mois qui viennent. Il y aura donc un appel d’air, un appel qui pourrait bien séduire un certain nombre de militants de la droite mais aussi de la gauche jacobine qui ne se sentiront pas représentés par l’offre politique soi disant « républicaine ». Mais ces gens, lorsqu’ils arriveront au FN, arriveront avec leurs expériences militantes et leurs idées, qui ne seront pas forcément celles de l’extrême droite classique. Ce processus pourrait bien transformer le FN en un parti populiste, conservateur en matière sociétale, progressiste en matière sociale et économique, résolument nationaliste, anti-libéral et anti-européen. Si tel était le cas, il aurait un boulevard devant lui.

 

La question est : comment doivent se positionner les progressistes devant ce phénomène ? Est-il possible de travailler avec ce « néo-FN » et en faire une « force pour le bien » ? J’entends d’ici les cris d’effroi… pourtant, pour les communistes de 1943 l’alliance avec un général « à titre provisoire » maurrassien entouré de réactionnaires catholiques – certains passablement antisémites - et violemment anticommunistes a du aussi sembler contre nature. Devant les dangers qui nous menacent aujourd’hui, n’y a-t-il pas là l’amorce possible d’un nouveau CNR ?

 

Le rêve du « parti creuset » n’est peut-être pas là où l’on croit…

 

 

Descartes

 

 

(1) Rappelez vous des « intellectuels » divers tels Pierre Juquin se répandant dans ce qu’on appelait encore la « presse bourgeoise » en reprochant à leur propre parti la rupture du « programme commun », rupture voulue et instrumentalisée par le PS.

 

(2) Et qui la pousse à dire bien des bêtises, comme lorsqu’elle affirme que son père était un admirateur de Nelson Mandela, ce qui est bien entendu inexact.

 

 

 Source : le blog de Descartes

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