Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Information

1-Mon blog est un blog militant indépendant, sans prétention, bien évidemment non-commercial et totalement amateur. Les images (photos et/ou vidéos), les textes dont je ne suis pas l'auteur ainsi que  les musiques et chants seront supprimés de mon blog sur simple demande par courriel.

2-Je publie textes et communiqués émanant d'auteurs et d'organisations diverses.Ces publications ne signifient pas que je partage toujours totalement les points de vue exprimés.

3- Je décline toute responsabilité quant au contenu des sites proposés en liens.

Salut et fraternité

ElDiablo

Adresse pour me contacter:

igrek@live.fr

POUR SUIVRE CE BLOG

CLIQUEZ CI-DESSUS

à gauche

dans le bandeau noir

Archives

Publié par Michel El Diablo

jacques-chancel.jpg

Jacques Chancel est donc parti pour le dernier voyage, celui dont on ne revient pas. Je n’en ferai pas l’éloge qu’il mérite amplement dans la mesure ou chacun de mes lecteurs aura pu suivre à la télévision les hommages de toutes sortes qui se sont succédés dans ce ton larmoyant et autosatisfait qui est la marque de fabrique de notre milieu audiovisuel. Des stars défraîchies – Bedos, Legrand – sont sorties de la maison de retraite pour expliquer combien Chancel était un grand homme de télévision et de radio, combien il était cultivé, exigeant, avec une véritable ambition d’aller au delà du divertissement.


Ce que personne n’a osé dire – à l’honorable exception de Francis Huster, qu’il en soit ici remercié – c’est que la télévision de Chancel, celle du monopole et de l’ORTF, est morte bien avant lui. Assassinée par la télévision commerciale, avec ses paillettes, ses séries américaines, sa télé-réalité, sa publicité visible ou déguisée sous forme de « promotion ».


Car qu’est ce qui frappe lorsqu’on regarde aujourd’hui ses mémorables « grands échiquiers » ? Que les invités n’étaient pas là pour faire la promotion de leur dernier dique ou de leur dernier spéctacle. Que Chancel ne montrait pas après chaque séquence avec un invité le disque, le DVD ou le livre que ce dernier vient de sortir et dont sa présence n’est qu’une promotion déguisée. Chancel pouvait amener sur son plateau Karajan et la philharmonique de Berlin, Raymond Devos ou Georges Brassens sans la moindre arrière pensée commerciale. Pourriez-vous me citer une émission d’aujourd’hui, une seule, ou l’on puisse échapper à la promotion du dernier livre/disque de l’invité ? J’en doute.


Chancel, c’était une télévision certes normée, ou les mots comme « merde » ou « fait chier » étaient bannis, ou l’on exigeait des présentateurs le respect d’une certaine bienséance, un certain conformisme de la forme – qui permettait tout de même sur le fond des audaces qui aujourd’hui nous semblent un luxe. C’est cette télévision qu’on a cassé progressivement à partir de 1981, pour porter au pinacle « la liberté de ton », « l’insolence », le « naturel » et autres éminentes qualités dont nous pouvons bénéficier sur quinze chaînes chaque jour en allumant notre poste. Je conçois parfaitement qu’on puisse préférer la télévision « insolente » d’aujourd’hui à celle « cartonnée » d’hier. Mais alors, à quoi riment tous ces hommages larmoyants devant le cadavre de Jacques Chancel, le représentant par excellence de la télévision pompidolienne et giscardienne ? Est-ce raisonnable de pleurer aujourd’hui ce qu’on a voué aux gémonies hier ? Peut-on pleurer en même temps Chancel et Polac ?


C’est pourquoi tous ces hommages ont quelque chose de surréaliste. Nos bonzes télévisuels, qui ne perdent pas d’opportunité pour nous expliquer combien la télévision « moderne » est infiniment supérieure à celle de grand-papa, pleurent un homme qui fut de son vivant fort critique de cette transformation, et dont tout le travail fut en opposition complète avec elle. Les « stars » de la télé défilent sur le poste pour nous expliquer combien l’œuvre culturelle du « Grand Echiquier » fut importante, mais personne n’est foutu de refaire une émission de cette qualité. En fait, nous n’avons toujours pas fini de digérer les deux mais, celui de 1968 et celui de 1981. Tout le monde a compris aujourd’hui combien ces deux séquences ont contribué à dégrader notre paysage audiovisuel, mais personne n’est prêt à l’admettre publiquement. Nos élites vivent donc dans une schizophrénie totale qui rend l’hommage national à Chancel après avoir encensé Michel Polac et fait docteur honoris causa un Cohn-Bendit.


Chancel était l’un des derniers exposants de ce mouvement qui voulait concilier le medium de masse qu’est la télévision avec une véritable exigence culturelle. Il avait la prétention de croire que la télévision pouvait cultiver tout en divertissant, et que le téléspectateur était autre chose que « du temps de cerveau disponible » pour la publicité, qu’elle fut directe ou déguisé. Il croyait aussi que la culture était autre chose qu’une industrie. Il savait dans un entretien mettre son interlocuteur en lumière sans exhibitionnisme et sans paillettes. En tout cela, il n’était pas un homme de son temps, un homme « moderne ». Peut-on espérer que cet hommage rendu à un homme résolument « démodé » annonce une prise de conscience ?



Descartes


PS : En une semaine, deux personnalités sont parties pour le voyage dont on ne revient pas. Deux personnalités qui, chacune dans son domaine, ont marqué intellectuellement deux générations. Je vois d’ici ton étonnement, mon cher lecteur. On voit bien l’une d’elles : Jacques Chancel, homme de radio et de télévision, mais surtout homme de culture, dont la mort a été abondamment commentée, y compris par le président de la République. Mais qui est l’autre personnalité ? Celle qui n’a mérité pas même un communiqué de presse d’un ministre ?

 

source: le blog de Descartes

Commenter cet article