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Publié par Diablo

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La voie chinoise

 

 

Grands succès, défis nouveaux

 

La Chine n’est pas aujourd’hui à la croisée des chemins. Elle l’a été chaque jour depuis 1950. Des forces sociales et politiques de droite et de gauche, présentes dans la société et le parti se sont affrontées en permanence.

 

 

D’où vient la droite chinoise ? Certes les anciennes bourgeoisies compradore et bureaucratique du Kuo Min Tang avaient été exclues du pouvoir. Cependant au cours de la guerre de libération des segments entiers des classes moyennes, professionnels, fonctionnaires, industriels, déçus par l’inefficacité du Kuo Min Tang face à l’agresseur japonais s’étaient rapprochés du parti communiste, voire y avaient adhéré.

 

 

Beaucoup d’entre eux – mais certainement pas tous – étaient demeurés nationalistes sans guère plus. Par la suite, à partir de 1990 avec l’ouverture à l’initiative privée une nouvelle droite, autrement plus puissante, a fait son apparition, qui ne se réduit pas aux « hommes d’affaires » qui ont réussi et fait fortune (parfois colossale), renforcés par leur clientèle – dont des responsables de l’Etat et du parti, confondant contrôle et collusion, voire corrompus.

 

 

Ce succès, comme toujours, inspire des adhésions aux idées de droite dans les classes moyennes éduquées, en expansion. C’est dans ce sens que la croissance de l’inégalité – même si elle n’a rien à voir avec celle qui caractérise les autres pays du Sud – constitue un danger politique majeur, le véhicule de la progression des idées de droite, de la dépolitisation et des illusions naïves.

 

 

Je ferai ici une observation complémentaire qui me paraît importante : la petite production, notamment paysanne, n’inspire pas des idées de droite comme Lénine le pensait (cela était juste dans les conditions russes). La situation de la Chine fait ici contraste avec celle de l’ex URSS. La paysannerie chinoise, dans l’ensemble, n’est pas réactionnaire car elle ne défend pas le principe de la propriété privée, faisant contraste avec la paysannerie soviétique, que les communistes ne sont jamais parvenus à détacher de leur alignement sur les koulaks pour la défense de la propriété privée.

 

 

Au contraire la paysannerie chinoise de petits producteurs (sans être des petits propriétaires) est aujourd’hui une classe qui ne propose pas des solutions de droite, mais au contraire se situe dans le camp des forces en mouvement pour l’adoption de politiques plus courageuses aux plans sociaux et écologiques.

 

 

Le puissant mouvement de « rénovation de la société rurale » en constitue le témoignage. La campagne chinoise se situe largement dans le camp de la gauche, avec la classe ouvrière. La gauche a ses intellectuels organiques et elle exerce une certaine influence sur les appareils de l’Etat et du parti.

 

 

Le conflit permanent entre la droite et la gauche en Chine a toujours trouvé son reflet dans les lignes politiques successives mises en œuvre par la direction du parti et de l’Etat. A l’époque maoïste la ligne de gauche ne l’a pas emporté sans combat. Prenant la mesure de la progression des idées de droite au sein du parti et de sa direction, un peu sur le modèle soviétique, Mao a déclenché la Révolution Culturelle pour la combattre. « Feu sur le Quartier Général », c'est-à-dire les instances dirigeantes du Parti, là où se constitue « la nouvelle bourgeoisie ».

 

 

Mais si la Révolution Culturelle a répondu aux attentes de Mao durant les deux premières années de son déploiement, elle a par la suite dérivé dans l’anarchie, associée à la perte de contrôle de la gauche du parti et de Mao sur la succession des évènements. Cette dérive a favorisé une reprise en main de l’Etat et du parti qui a donné ses chances à la droite.

 

 

Depuis la droite est toujours fortement présente dans toutes les instances dirigeantes. Mais la gauche reste présente sur le terrain, contraignant la direction suprême à des compromis de « centre » – centre droit ou centre gauche ?

 

 

Pour comprendre la nature des défis auxquels la Chine est confrontée aujourd’hui il est indispensable de savoir que le conflit entre le projet souverain chinois tel qu’il est et celui de l’impérialisme nord américain et de ses alliés subalternes européens et japonais est appelé à croître en intensité au fur et à mesure de son succès.

 

 

Les domaines du conflit sont multiples : le contrôle par la Chine des technologies modernes, l’accès aux ressources de la Planète, le renforcement des capacités militaires de la Chine, la poursuite de l’objectif de reconstruction de la politique internationale sur la base de la reconnaissance des droits souverains des peuples à choisir leur système politique et économique. Chacun de ces objectifs entre en conflit direct avec ceux poursuivis par l’alliance de la triade impérialiste.

 

 

La stratégie politique des Etats Unis s’est assigné l’objectif du contrôle militaire de la Planète, seul moyen pour Washington de conserver les avantages que lui confère son hégémonie. Les guerres préventives engagées au Moyen Orient poursuivent cet objectif, et dans ce sens elles constituent le préliminaire à la guerre préventive (nucléaire) contre la Chine, envisagée froidement comme éventuellement nécessaire par l’establishment nord-américain, « avant qu’il ne soit trop tard ».

 

 

Tenir au chaud l’hostilité à l’égard de la Chine par le soutien aux esclavagistes du Tibet et du Sinkiang, le renforcement de la présence navale américaine en Mer de Chine, l’encouragement prodigué au Japon engagé dans la construction de sa force militaire, est indissociable de cette stratégie globale hostile à la Chine. Les sportifs du China bashing contribuent à entretenir cette hostilité.

 

 

Simultanément Washington s’emploie à manœuvrer pour amadouer les ambitions éventuelles de la Chine et des autres pays qualifiés d’émergents par la création du G 20, destiné à donner aux pays concernés l’illusion que leur adhésion à la mondialisation libérale servirait leurs intérêts. Le G2 (Etats Unis/Chine) constitue – dans cet esprit – un piège, qui en faisant de la Chine le complice des aventures impérialistes des Etats Unis, ferait perdre toute sa crédibilité à la politique extérieure pacifique de Beijing.

 

 

La seule réponse efficace possible à cette stratégie doit marcher sur deux jambes : (i) renforcer les capacités militaires de la Chine et les doter d’une puissance de riposte dissuasive ; (ii) poursuivre avec ténacité l’objectif de la reconstruction d’un système politique international polycentrique, respectueux de toutes les souverainetés nationales, et agir dans ce sens pour la réhabilitation de l’ONU marginalisée par l’OTAN.

 

 

J’insisterai sur l’importance décisive de cet objectif qui implique la reconstruction prioritaire d’un « front du Sud » (Bandung 2 ?) capable de soutenir les initiatives indépendantes des peuples et des Etats du Sud. Il implique à son tour que la Chine prenne conscience qu’elle n’a pas les moyens d’un éventuel absurde alignement sur les pratiques prédatrices de l’impérialisme (le pillage des ressources naturelles de la Planète), faute de puissance militaire analogue à celle des Etats Unis, laquelle constitue en dernier ressort la garantie du succès des projets impérialistes. La Chine par contre a beaucoup à gagner en développant son offre de soutien à l’industrialisation des pays du Sud, que le Club des « donateurs » impérialistes s’emploie à rendre impossible.

 

 

Le langage tenu par les autorités chinoises concernant les questions internationales, retenu à l’extrême (ce qu’on peut comprendre) ne permet pas de savoir dans quelle mesure les dirigeants du pays sont conscients des défis analysés plus haut. Plus grave ce choix renforce dans l’opinion l’illusion naïve et la dépolitisation.

 

 

L’autre volet du défi concerne la question de la démocratisation de la gestion politique et sociale du pays.

 

 

Mao avait conçu et mis en œuvre un principe général de la gestion politique de la Chine nouvelle qu’il avait résumé dans les termes suivants : rassembler la gauche, neutraliser (j’ajoute : et non éliminer) la droite, gouverner au centre gauche.

 

 

Il s’agit là, à mon avis, de la meilleure manière de concevoir d’une manière efficace la progression par avancées successives, comprises et soutenues par les grandes majorités. Mao avait donné de cette manière un contenu positif au concept de démocratisation de la société, associé au progrès social sur la longue route au socialisme. Il en avait formulé la méthode de mise en œuvre : « la ligne de masse » (descendre dans les masses, apprendre de leurs luttes, remonter aux sommets du pouvoir). Lin Chun a analysé avec précision la méthode et les résultats qu’elle a permis.

 

 

La question de la démocratisation associée au progrès social – par contraste avec la « démocratie » dissociée du progrès social (et même fréquemment associée à la régression sociale) – ne concerne pas seulement la Chine, mais tous les peuples de la Planète.

 

 

Les méthodes à mettre en œuvre pour y parvenir ne peuvent être résumées dans une formule unique, valable en tout temps et tous lieux. En tout cas la formule offerte par la propagande médiatique occidentale – pluripartisme et élections – est tout simplement à rejeter. Et la « démocratie » qu’elle permet tourne à la farce, même en Occident, a fortiori ailleurs. La « ligne de masse » constituait le moyen de produire le consensus sur des objectifs stratégiques successifs, en progression continue.

 

Elle fait contraste avec le « consensus » obtenu dans les pays occidentaux par la manipulation médiatique et la farce électorale, ce consensus n’étant rien d’autre que l’alignement sur les exigences du pouvoir du capital.

 

 

Mais aujourd’hui par où commencer pour reconstruire l’équivalent d’une nouvelle ligne de masse dans les conditions nouvelles de la société ? La tâche n’est pas facile. Car le pouvoir de direction passé largement aux droites dans le parti communiste assoit la stabilité de sa gestion sur la dépolitisation et sur les illusions naïves qui l’accompagnent. Le succès même des politiques de développement renforce la tendance spontanée à aller dans cette direction.

 

 

On croit largement en Chine, dans les classes moyennes, que la voie royale au rattrapage du mode de vie des pays opulents est désormais ouverte sans obstacle ; on croit que les Etats de la triade (Etats Unis, Europe, Japon) ne s’y opposent pas ; on admire même les modes américaines sans critique ; etc. En particulier pour les classes moyennes urbaines, en expansion rapide et dont les conditions de vie se sont prodigieusement améliorées.

 

 

Le lavage de cerveaux auquel sont soumis les étudiants chinois aux Etats Unis, particulièrement en sciences sociales, associé au repoussoir de l’enseignement officiel du marxisme, scolaire et ennuyeux, ont contribué à rétrécir les espaces de débats critiques radicaux.

 

 

Le pouvoir en Chine n’est pas insensible à la question sociale. Non pas seulement par tradition d’un discours fondé sur le marxisme mais tout également parce que le peuple chinois qui a appris à lutter et continue à le faire l’y oblige. Et si, dans les années 1990 cette dimension sociale avait reculé devant les priorités immédiates de l’accélération de la croissance, aujourd’hui la tendance est inversée.

 

 

Au moment même où les conquêtes sociale-démocrates de la sécurité sociale sont rongées dans l’Occident opulent, la Chine pauvre met en œuvre son expansion, dans ses trois dimensions – santé, logement, retraites. La politique du logement populaire de la Chine, vilipendée par le « China bashing » des droites et gauches européennes, ferait pourtant baver d’envie, non seulement en Inde ou au Brésil, mais tout autant dans les banlieues de Paris, Londres ou Chicago !

 

 

La sécurité sociale et le système de retraite couvre déjà 50% de la population urbaine (passée, rappelons-le de 200 à 600 millions d’habitants !) et le Plan (toujours exécuté en Chine) prévoit de porter cette population à 85% dans les années à venir.

 

 

Que les journalistes du China Bashing nous donnent des exemples comparables dans les « pays engagés sur la voie démocratique » sur lesquels ils ne tarissent pas d’éloges. Néanmoins le débat reste ouvert sur les modalités de mise en œuvre du système.

 

 

La gauche préconise le système français de la répartition fondé sur le principe de la solidarité entre ces travailleurs et les générations – et prépare le socialisme à venir – la droite évidemment l’odieux système américain des fonds de pension, qui divise les travailleurs et transfert le risque du capital au travail.

 

 

Cependant l’acquisition de bénéfices sociaux ne suffit pas si elle n’est pas associée à la démocratisation de la gestion politique de la société, de sa re-politisation par des moyens qui renforce l’invention créatrice de formes d’avenir socialiste/communiste.

 

 

L’adhésion aux principes avancés ad nauseam par les medias occidentaux et les sportifs du China Bashing, défendue par des « dissidents » présentés comme d’authentiques « démocrates » - le pluripartisme électoral – ne répond pas au défi.

 

 

Au contraire la mise en œuvre de ces principes ne pourrait produire en Chine, comme le démontrent toutes les expériences du monde contemporain (en Russie, en Europe orientale, dans le monde arabe), que l’auto-destruction du projet d’émergence et de renaissance sociale, qui est en fait l’objectif poursuivi, masqué par une rhétorique creuse (« on ne connaît pas d’autre solution que les élections pluripartites » !).

 

 

Mais il ne suffit pas d’opposer au refus de cette recette mauvaise le repli sur les positions rigides de défense de privilège du « parti », lui-même sclérosé et transformé en institution destinée au recrutement des responsables de la gestion de l’Etat. Il faut inventer du nouveau.

 

 

Les objectifs de la re-politisation et la création des conditions favorables à l’invention de réponses nouvelles ne peuvent être obtenus par des campagnes de « propagande ». Ils ne peuvent être impulsés qu’à travers la poursuite des luttes sociales, politiques et idéologiques.

 

 

Cela implique la reconnaissance préalable de la légitimité de ces luttes, une législation fondée sur les droits collectifs – d’organisation, d’expression et de prises d’initiatives.

 

 

Cela implique que le parti lui-même s’engage dans ces luttes ; autrement dit ré-invente la formule maoïste de la ligne de masse. La re-politisation n’a pas de sens si elle n’est pas associée à des procédures qui favorisent la conquête graduelle de responsabilité des travailleurs dans la gestion de leur société à tous les niveaux – l’entreprise, la localité, la nation.

 

 

Un programme de ce genre n’exclut pas la reconnaissance des droits de la personne individuelle. Au contraire il en suppose l’institutionnalisation. Sa mise en œuvre permettrait de ré-inventer des formules nouvelles de l’usage de l’élection pour le choix des responsables.

 

 

 

Samir Amin

 

 

 

 

NOTES


 

1. Ce papier doit beaucoup aux débats organisés en Chine (Novembre-Décembre 2012) par Lau Kin Chi (Linjang University, Hong Kong), en association avec la South West University de Chongqing (Wen Tiejun), les Universités Renmin et Xinhua de Beijing (Dai Jinhua, Wang Hui), la CASS (Huang Ping), et aux rencontres avec des groupes d’activistes du mouvement rural dans les provinces du Shanxi, Shaanxi, Hubei, Hunan et Chongqing. A eux tous mes remerciements et l’espoir que ce papier soit utile à la poursuite de leurs discussions. Il doit beaucoup aussi à ma lecture des écrits de Wen Tiejun et de Wang Hui.


2. China bashing. J’entends par là, ce sport favori des medias occidentaux de toutes tendances – gauche compris hélas – qui consiste à dénigrer systématiquement, voire criminaliser tout ce qui se fait en Chine. La Chine exporte de la pacotille pour les marchés pauvres du Tiers Monde (c’est vrai). Ignoble crime. Mais elle produit aussi des trains à grande vitesse, des avions, des satellites, dont on vante les qualités technologiques merveilleuses en Occident, mais auxquels la Chine n’aurait pas droit ! On fait comme si la construction en masse de logements populaires n’était pas autre chose que l’abandon des travailleurs aux bidonvilles et on assimile « l’inégalité » en Chine (les logements populaires ne sont pas des villas opulentes) et en Inde (villas opulentes et bidonvilles) etc. Le China bashing flatte l’opinion infantile que l’on retrouve dans certains courants de la « gauche » impuissante occidentale : si ce n’est pas le communisme du XXIIIe siècle, c’est une trahison ! Le China bashing participe de la campagne systématique d’entretien de l’hostilité à l’égard de la Chine, en vue d’une agression militaire éventuelle. Il s’agit de détruire les chances d’une émergence authentique d’un grand peuple du Sud ; rien de moins.


 

REFERENCES

 

 

La voie chinoise et la question agraire


Karl Kautsky ; The Agrarian Question, 1899.


Samir Amin; La Commune de Paris et la revolution des Taipings.


Samir Amin ; The 1911 Revolution in a world historical perspective, A comparison with the Meiji restoration and the Revolutions of Mexico, Turkey and Egypt (published in Chinese in 1990).


Samir Amin, Ending the crisis of capitalism or ending capitalism? , 2001, chap. 5 (The Agrarian Question). French: Sur la crise, sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise ?, 2009, chap. 5 (Agriculture paysanne…)


La mondialisation contemporaine, le défi impérialiste


Samir Amin ; Memories of an independant Marxist, 2006, Chap. 7, Deployment and Erosion of the Bandung project.


Samir Amin, Initiatives from the South; in, The law of Worldwide value; 2010; p. 121 and follow (section 4).


Samir Amin; L’impulsion du capitalism contemporain, 2012, Chap.2, Le Sud : émergence et lumperdeveloppement.


Samir Amin ; Beyond US hegemony ; 2006 (The project of the American ruling class ; China, market socialism ? ; Russia, out of the tunnel ? ; India, a great power ? ; Multipolarity in the 20th century).


Samir Amin; Obsolescent Capitalism, 2003, Chap. 5, the militarisation of the new collective imperialism.


André Gunder Frank; Re-Orient


Yash Tandon; Aid as dependency (find correct title please)…, Pambazuka.


Le défi démocratique


Samir Amin ; The democratic fraud, Monthly Review, October 2011.


Lin Chun; The Transformation of the Chinese Socialism, 1996.


FIN

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