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Publié par Michel El Diablo

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Lu sur le blog de Christine DELPHY [lien]


J’ai parlé dans les derniers jours avec deux amies. Plutôt politisées, plutôt à gauche, et qui se tiennent raisonnablement informées. Je leur ai demandé ce qu’elles pensaient de la situation en Ukraine. L’une m’a dit, avec assurance : « C’est Poutine qui envahit l’Ukraine ». L’autre m’a dit que c’était en effet l’idée que l’on pouvait se faire quand, surchargée de travail comme elle en ce moment, on n’attrapait que des bribes d’info à la radio. Et c’est en effet le sentiment que donne la presse écrite et télévisée : « « on va voter des sanctions contre la Russie », puis, une semaine après, « on va voter encore plus de sanctions » ; si on vote des sanctions contre la Russie, c’est bien que celle-ci est coupable ? Depuis des mois, Le Monde présente un article, le même, dont le titre est « Que veut Poutine en Ukraine ?». Et pourtant, ce que montrent les reportages, ce sont des affrontements entre Ukrainiens : entre l’armée ukrainienne, dépendant du gouvernement installé à Kiev, et les milices du Donbass




Jamais d’article ayant pour titre : « Que veulent les USA en Ukraine ? » ou « Que veut l’Union européenne en Ukraine ? ». Très tôt on a appris, à propos des manifestants de la place MaÏdan de Kiev, qu’ils protestaient contre la décision de leur gouvernement, mené alors par Iakounovitch, de cesser de demander un accord d’association avec l’UE. Mais on ne savait pas qu’ils l’avaient demandé, avant de cesser de le faire. Et est-ce qu’un pays décide de demander un accord d’association -– première étape de l’intégration dans l’UE— contre l’avis de la commission européenne ? Non. Alors, que veut l’Union européenne en Ukraine ? Voici une question qui n’est jamais posée dans nos journaux-papier, dans nos journaux télévisés, par nos radios. De même qu’elle n’a pas été posée à propos des 10 pays les plus récemment intégrés dans l’Union, tous des pays d’Europe de l’Est, plus Malte et Chypre. Les intégrations des derniers pays, qui ont fait passer l’Europe des 12 à l’Europe des 28 en quelques années, ont été votées par les peuples des pays demandeurs, mais pas par ceux des pays déjà membres. Ce qui en soi est un déni de démocratie énorme. On ne leur a pas demandé car nos rois savaient très bien que personne ne se soucie en France, en Suède, en Espagne, de rallier à elle la Lettonie ou la Croatie. Mais la commission s’y intéresse : ces pays minuscules, plus petits que Paris intra-muros, ne comptent pas dans la Commission–qui les écoute ?–, mais au bout du compte, font du monde : du monde qui ne compte pas, le meilleur.


Dans le cas de l’Ukraine, ça ne se passe pas bien. Une partie de l’Ukraine ne veut pas. Mais c’est l’Europe, et bientôt les USA, qui soutiennent la partie qui veut. Pourquoi ? Là non plus on ne nous dit pas pourquoi c’est si important pour l’Europe que l’Ukraine en fasse partie.


Le sous-texte de la presse écrite et parlée, c’est qu’on ne peut que les soutenir, car ce sont des gens qui NOUS ont choisis : donc des gens de goût. Ce qu’on ne nous dit pas c’est que Bruxelles a déjà accepté l’Ukraine, avant que Kiev ne postule.

 

On doit chercher pour trouver une information importante : le surlendemain du renversement du pouvoir à Kiev—renversement qu’aucun organe de presse n’analyse –- le nouveau gouvernement décrète que la moitié du pays n’a plus le droit de parler sa langue maternelle, qui est le russe. De façon autoritaire, sans concertation, sans discussion, l’ukrainien, qui était une des deux langues de l’Ukraine—l’autre étant le russe–, devient la seule langue officielle, imposée à toutes les populations. Le nouveau gouvernement de Kiev est revenu sur cet oukase, mais le mal était fait. Et la presse occidentale se met à traiter les habitants de cette partie Est de l’Ukraine, ceux qui ne veulent pas être rattachés à l’UE et qui veulent aussi continuer de parler russe comme ils l’ont toujours fait, de « séparatistes », et même de « rebelles » voir d’ « insurgés » (la prochaine étape dans cette escalade étant sans doute « terroriste »). Et très vite on ajoute à ces qualificatifs l’adjectif de « pro-russes ». Oui, c’est une région qui a demandé dans un référendum son rattachement à la Russie, après que le gouvernement –putschiste ?—de Kiev eut voté le rattachement à l’UE et refusé de tenir compte de cette région. Puis le même gouvernement s’est lancé dans une opération de « reconquête » de cette région qui est l’une des provinces de son pays. Une reconquête non pas idéologique, mais militaire !


Ainsi s’enclenche une guerre civile, dans laquelle l’armée ukrainienne—c’est-à-dire dirigée par Kiev– bombarde des Ukrainiens.

 

Une guerre civile

 

On a beaucoup parle des 2600 morts de Gaza. Il y en a eu autant, sinon plus, dans le Donbass, et comme à Gaza, la plupart sont des civils.


Mais il y a des résistants, armé eux aussi. Des rebelles pour sûr, pire : des rebelles aidés par la Russie. Mais parle-t-on autrement que dans un entrefilet, de l’aide militaire apportée aux troupes de Kiev par l’Occident, en particulier par les USA ?

Pendant qu’on traite les habitants de Louhansk, de Donetsk, et de tout le Donbass, de « rebelles », comment appelle-t-on les autres ? Des « séparatistes pro-occidentaux » ? Non. L’Ouest de l’Ukraine est devenue pour la presse française et plus largement européenne, et américaine, l’Ukraine tout court.


Pourquoi l’armée de Kiev est-elle entrée en guerre contre ses compatriotes ?


Devant l’insistance de Kiev à entrer dans l’UE, les Ukrainiens de l’Est ont organisé un référendum demandant que Donetsk soit rattaché à la Russie. L’UE et les USA ont déclaré ce référendum « illégal ». (Libération, 12 mai 2014). Certes. Mais est-ce que le nouveau gouvernement de Kiev, instauré après la fuite de Iakounovitch, est « légal » ? Est-ce que la victoire de Porochenko aux élections présidentielles organisées par Kiev, alors que les secteurs de Louhansk et de Donetsk n’ont pas voté, est « légale » ? Enfin, est-il « légal » de bombarder ses compatriotes parce qu’ils ne sont pas d’accord avec la politique d’un gouvernement qu’ils ne reconnaissent pas ?

Pourquoi n’y a-t-il pas eu de discussions, de négociations, entre le gouvernement de Kiev et les « rebelles » ?


Et pourquoi les Occidentaux insistent-ils sur « l’intégrité » de l’Ukraine, justifiant ainsi l’assaut de l’armée contre la population ?


Les provinces, régions, n’ont-elles pas le droit de faire sécession ? En théorie, non. Et pourtant, en ce moment même, l’Ecosse est autorisée à organiser sa sécession du Royaume-Uni. Et même si cela ne plait pas aux autres Britanniques, personne n’a suggéré, ou même imaginé, qu’on puisse envoyer l’armée pour faire rentrer l’Ecosse dans le sein de la mère patrie. Et c’est l’Occident lui-même qui a encouragé les Kosovars albanais à demander à devenir un Etat indépendant, et qui a présidé à sa reconnaissance internationale. C’est l’Europe qui avait auparavant déclenché le démembrement, suivi de dix ans de guerres, de la Yougoslavie.

L’Ukraine de l’Est ne demande plus qu’un « statut spécial », dans l’Ukraine.

La soi-disant « intégrité » des Etats ne préoccupe guère les Occidentaux quand leur démembrement, aussi coûteux soit-il en vies humaines, les arrange.

 

 

La reprise de la guerre froide : et l’Europe dans tout ça ?

 

En comparant les cartes, on s’aperçoit assez vite que l’extension de l’UE se fait vers l’Est, et que dans les dix dernières recrues, huit sont des ex-satellites de l’URSS., dont les trois pays baltes. Et deux de ces pays sont limitrophes de la Russie.


Or les pays membres de l’UE deviennent vite membres de l’OTAN, une alliance militaire dirigée par les USA ; ceux-ci ne s’en cachent pas. Récemment, Obama a promis de déployer en Pologne des forces de l’OTAN. Pas de décision du commandement de l’OTAN : non, le président des USA dispose de ces forces comme des siennes propres.


Et avec raison. Car l’Ukraine fait partie du pacte de Varsovie créé en 1955, pour répondre à la création, 6 ans plus tôt par les USA, de l’OTAN. Le gouvernement de Kiev avait promis que l’Ukraine ne rejoindrait pas l’OTAN lors des premières discussions sur son association à l’UE. Quitter une alliance militaire pour sa rivale, pour ne pas dire son ennemie, n’est en effet pas une mince affaire. Cependant, c’est bien de cela qu’il est question, réellement, et pas de l’adhésion à l’UE. Car aujourd’hui, devant la situation catastrophique que l’agression de son armée a créée, Kiev demande « l’aide de l’OTAN ». Curieux, non ? Ne s’agirait-il pas, après avoir été aidé par elle, de devenir membre de l’organisation ?


Les médias français et plus généralement européens et plus généralement encore, occidentaux, devraient expliquer pourquoi la Russie ne peut accepter qu’après deux pays baltes, un troisième pays à ses frontières soit en position de menacer militairement son territoire, dans les circonstances actuelles. En effet, s’il y a quelques années, les USA et la Russie parlaient d’une entente, aujourd’hui, on voit se dessiner en tous les cas du côté américain, une reprise de la guerre froide, et, plus précisément, d’un « encerclement » de la Russie et de la Chine.


La guerre froide peut à tout moment devenir chaude, et une troisième guerre mondiale n’est pas impossible.

 

Voulons-nous vivre avec l’épée de Damoclès d’une telle catastrophe sur nos têtes ?

 

Jeter de l’eau froide sur les belligérants devrait être le rôle de l’Europe. Or, au lieu de maintenir le calme, l’Europe (et ses médias), est devenue la vassale consentante des USA. Mêmes « éléments de langage », même vocabulaire, même propagande. Il y a trois jours, l’envoyée spéciale de France 2, Maryse Burgot, parlait de contrer « l’expansionnisme » de la Russie. Cela paraît incroyable au vu des faits : l’Europe, et dans sa foulée, l’OTAN, continuent leur expansion vers l’Est, et sont aux portes de la Russie ; et c’est cette dernière que les médias taxent d’expansionnisme !


Au moment où l’Ecosse va librement décider de son sort, rester dans le Royaume-Uni ou le quitter, où la Catalogne va bientôt procéder à un référendum semblable, qui sera décrété illégal par Madrid, mais qui sera néanmoins, tôt ou tard, suivi d’effet—de la création d’un Etat catalan—pourquoi, et au nom de quoi, s’opposerait-on, ici, au « statut spécial » que demande l’Ukraine de l’Est ? Un journaliste anglais, Irvin Studin écrit dans Le Monde du 8 septembre que « les conditions d’une résolution du conflit russo-ukrainien sont réunies » et il en fait la liste ; il mentionne notamment la fédéralisation de plusieurs régions, à commencer par celles du Sud-Est de l’Ukraine, et la promesse de celle-ci qu’elle n’adhèrera pas à l’OTAN.  Plusieurs pays de l’OTAN sont des fédérations : Canada, Etats-Unis, Allemagne. De toutes façons, comment, après avoir vu leurs immeubles et leurs proches et voisins éventrés par des obus ukrainiens, les Ukrainiens de l’Est pourraient-il se sentir représentés par le pouvoir de Kiev ? Cette séparation, au moins partielle, de régions qui ne peuvent pas s’entendre, aurait pu être mise en oeuvre dès le printemps, et la crise ainsi évitée.


Mais pour moi, la question n’est pas tant là—quoiqu’elle y soit aussi, car des milliers de morts civils, cela ne doit pas être passé sous silence. La question majeure demeure, cependant : pourquoi supportons-nous que nos médias nous mentent de façon éhontée, que quand le Monde veut dire quelque chose de vrai, il doit traduire un article de l’anglais…parce qu’à force de répéter la ligne de leur gouvernement, les journalistes sont devenus incapables d’avoir une vision objective ?


Nous n’avons pas à prendre parti dans tous les affrontements politiques, surtout quand ceux-ci se passent entre des grands pouvoirs qui se disputent les ressources énergétiques, agricoles, minières, du monde, au détriment de tous et de toutes. Mais nous n’achetons pas non plus le journal pour qu’on nous raconte des histoires où « notre » côté est toujours celui du "bien".


Le 11 septembre 2014

Christine Delphy


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