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Publié par Michel El Diablo

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C'est une info planétaire. Les États-Unis abandonnent leur politique d'isolation de 55 ans à l'égard du petit Poucet Cuba. Un demi-siècle de blocus économique et 3.700 victimes cubaines du terrorisme plus tard, Obama admet que ça n'a pas marché.


Analyse des enjeux des relations des Etats-Unis avec l’Amérique latine, du rôle de la pression internationale et des défis et opportunités pour l’île socialiste. C'est la résistance, la combativité et le moral du peuple cubain, ainsi que la solidarité internationale avec l'île socialiste, qui ont forcé les États-Unis à céder.


C'est pourquoi Cuba fait la fête. En tout premier lieu, parce que les trois derniers des Cuban Five sont rentrés chez eux aussi. En 2001, quand le verdict contre les Cinq était tombé à Miami, Fidel Castro, président à l'époque, l'avait assuré : « Ils reviendront ! » Il en aura coûté aux Cubains et au mouvement mondial de solidarité 16 longues années de lutte pour y arriver mais, aujourd'hui, les Cuban Five ont enfin pu retrouver leurs familles. Les images de ces retrouvailles sont des plus émouvantes.


Les autorités cubaines ont fait de leur retour une priorité absolue, et sur toutes les autres questions. Les Cinq et leurs familles ont tout sacrifié pour protéger leur peuple contre le terrorisme. C'est pourquoi, de son côté, le gouvernement cubain à tout mis en œuvre également pour les faire revenir au pays. En 2004, lorsque nous avons rendu pour la première fois visite à Gerardo Hernández dans une prison de haute sécurité aux États-Unis, il avait assuré, plein d'optimisme et sans la moindre hésitation : « Nous sortirons d'ici, car Cuba fait tout pour que cela se réalise. » Hier, je l'ai eu au bout du fil à La Havane : « Nous sommes rentrés chez nous ! »


L'espion qui, sans le vouloir, a facilité la solution

Assez bizarrement, c'est l'arrestation d'un agent américain, Alan Gross, à La Havane, en décembre 2009, qui aurait permis d'entrevoir la solution au conflit qui s'éternisait. Gross travaillait pour un projet de USAID, subventionné sur base de la loi Helms-Burton de 1996, qui renforçait encore le blocus contre Cuba. Il avait été condamné pour des « activités contre l'indépendance et l'intégrité territoriale de l’État » et avait écopé de 15 ans. Au départ, les États-Unis avaient rejeté toute responsabilité à propos de Gross.


Le sénateur Patrick Leahy, partisan depuis longtemps déjà d'une amélioration des relations avec Cuba, s'était attelé à l'affaire Gross. Il était parvenu à rallier 65 des cent sénateurs autour d'une lettre réclamant une solution à Obama. Implicitement, cela signifiait également une solution pour les Cinq, vu que le gouvernement cubain posait cela comme condition pour toute négociation. Et c'est ainsi que l'affaire Gross est devenu un catalyseur dans le renversement de la politique de guerre froide, figée, des États-Unis à l'égard de Cuba.


Grâce aussi au vent de gauche en Amérique du Sud

Il va de soi que les Américains ne se sont pas décidés en raison de sentiments humanitaires soudains pour Alan Gross, et encore moins pour les Cuban Five. Depuis que l'Amérique latine, avec à sa tête Cuba et le Venezuela, ont adopté une trajectoire de gauche, il est de plus en plus évident que le continent n'est plus le terrain de chasse des États-Unis. L'ALBA, le CELAC et UNASUR sont des expressions d'une souveraineté latino-américaine reconquise. Les pays latino-américains ont en outre décidé d'inviter explicitement Cuba au prochain sommet de l'Organisation des États américains (OEA), qui doit se tenir à Panama en avril prochain. Ce qui a été naguère le bastion de la politique américaine de la chasse gardée tourne désormais les États-Unis en ridicule.


Entre-temps, le Brésil investit dans un nouveau port de mer dans les environs de La Havane, à Mariel, et foule ainsi aux pieds le blocus américain. Ce port va devenir le principal hub des transports maritimes dans les Caraïbes. Les hommes d'affaires américains ne voient pas d'un très bon œil cette affaire qui leur passe sous le nez. Voilà d'ailleurs plus longtemps encore que, parmi les businessmen américains, des voix s'élèvent en faveur de la levée du blocus. Celui-ci les réduit à l'impuissance dans le même temps que la Chine, le Brésil, le Venezuela et même l'Europe prennent possession du marché cubain. L'Europe en effet est pleinement occupée à abandonner la Common Position, en vigueur depuis 1996. Cette Common Position lie la possibilité de relations commerciales de l'UE avec Cuba à un changement de régime sur l'île.


Grâce aussi au changement d'opinion aux États-Unis et à la pression internationale

Aux États-Unis aussi, l'opinion publique a évolué. Naguère, la Floride était sous le charme du 1 % de super-riches  cubains qui, après la révolution cubaine, s'étaient réfugiés dans leurs résidences secondaires de Miami. Les jeunes générations veulent une normalisation des relations avec leur patrie. Elles veulent pouvoir y aller en vacances, envoyer de l'argent à leurs proches ou même passer leurs vieux jours dans le paradis social qu'est Cuba. Dans l’État important qu'est la Floride, les Démocrates l'ont emporté, en partie grâce à la promesse d'Obama de revoir les relations avec Cuba.


La campagne internationale en faveur des Cuban Five, à laquelle un nombre impressionnant d'instances internationales et de figures de premier plan ont accordé leur soutien, a accru entre-temps les pressions de l'opinion publique internationale. La principale victoire dans cette affaire, jusqu'à présent, avait été l'obtention de réductions de peine pour trois des Cuban Five en 2009. Cela s'était fait via la réouverture du procès devant le même juge qui avait prononcé les premiers jugements. Lorsque le juge avait demandé à la procureur pourquoi elle réclamait cette fois une réduction de peine dans les condamnations extrêmement graves qu'elle-même avait exigées quelques années plus tôt, elle avait répondu : « Notre système juridique risque de perdre de sa crédibilité au niveau international, si nous ne faisons rien. » Durant les jours de pression en faveur de la libération des Cuban Five à Capitol Hill, en mai 2014, j'ai pu constater moi-même que le rapport de la commission internationale d'enquête à Londres avait fait impression sur les dizaines de membres du Congrès et sénateurs que nous avions croisés.


Une opportunité pour le développement économique de Cuba


Obama parle de rétablir les relations diplomatiques (interrompues depuis 1961), de retirer Cuba de la liste des États terroristes et d'autoriser davantage les voyages, le commerce et l'échange d'informations. Cuba y a tout avantage. La priorité de la revendication de liberté pour les Cinq était une considération morale : le respect pour leur engagement. Mais il va de soi que l'assouplissement et, à terme, la levée du blocus, la fin de l'isolement diplomatique et la facilitation de tous les échanges entre les citoyens américains et les Cubains est d'une grande importance pour la poursuite du développement économique de Cuba. Avoir pu obtenir tout cela sans devoir mettre un genou à terre et en toute dignité symbolise la force de la révolution cubaine. En même temps, Raul Castro a souligné qu'il restait encore beaucoup à faire avant que ne soit mis un terme définitif à ce blocus étouffant.


Il va de soi que, malgré ce revirement, les États-Unis n'ont pas changé de principe, pour l'essentiel. Il s'agit d'un changement tactique. Obama l'a montré très clairement dans son discours. Son intention est toujours qu'il y ait un changement de régime. Seule l'approche a changé. En ce moment, Cuba est occupé à une phase d'actualisation bien mûrie de son système économique. Les Cubains se rendent très bien compte que, outre des interventions très positives et nécessaires, la nouvelle situation comprend également des risques pour le projet de société socialiste. Le changement de tactique des États-Unis confronte Cuba à de nouveaux défis. Mais les Cubains savent très bien ce qui les attend. Nous pouvons être sûrs qu'ils iront de l'avant avec cette même prudence et cette même fermeté dans leurs principes qui les ont caractérisés depuis plus d'un demi-siècle.

 

Le 21 décembre 2014 

 

 

Katrien Demuynck est coordinatrice européenne de la Campagne Free-the-Five, elle est présidente du comité belge Free-the-Five et d'Initiative Cuba Socialista (ICS).

 

 

source: Solidaire

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