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Publié par Michel LeDiablo

Pincon-Charlot.jpgFête de l’Humanité 2013. Deux ans après la parution duPrésident des riches, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon reviennent sur le devant de la scène avec la Violence des riches. Une plongée dans l’univers d’une classe dominante dont les instruments de pouvoir, économiques, financiers, culturels, médiatiques et politiques, déstabilisent 
de plus en plus notre démocratie au détriment du peuple. Ils étaient ce samedi les invités des Amis de l’Humanitéà La Courneuve.

 

L’Humanité

Après plusieurs plongées au cœur de l’oligarchie française, vous avez décidé dans votre dernier livre de décrypter la violence que la classe dominante exerce sur le peuple. Comment se traduit cette violence ?


Monique Pinçon-Charlot. De plusieurs manières… Il y a d’abord la violence économique, dans sa version néolibérale, avec une finance spéculative qui prend le pas sur la production industrielle. Les exemples d’entreprises françaises comme Peugeot, Arcelor et bien d’autres, licenciant à tour de bras malgré des bénéfices énormes sont légion. C’est l’exemple immédiat de cette violence exercée par la confrérie des grandes familles ! Il y a ensuite la violence politique avec le mensonge d’État comme technique assumée. Le président Hollande et son gouvernement ont beaucoup trahi leurs promesses de campagne et les valeurs socialistes. C’est une violence terrible que le mensonge politique. La classe dominante use aussi d’une violence idéologique puisqu’il s’agit de faire croire que le néolibéralisme est naturel. Que les marchés sont comme la lune qui brille ou les prés qui verdoient. Pour ce faire, cette classe très consciente d’elle-même utilise une autre forme de violence : la violence linguistique. Ici, il s’agit de manipuler le langage pour corrompre la pensée. Toutes ces violences forment au final une sorte de feu d’artifice qui aboutit chez les classes moyennes et populaires à un fatalisme mortifère avec le sentiment qu’il est impossible de changer les choses. Et c’est ça le plus terrible.


Vous parlez de mensonge d’État comme violence politique. Le président Hollande continue à mener une politique dans la continuité de celle de son prédécesseur. N’est-il pas finalement lui aussi un «  président des riches  », comme le titrait votre précédent ouvrage faisant référence au quinquennat 
de Sarkozy ?


Michel Pinçon. Une des violences les plus profondes, c’est la perte d’adhésion des couches populaires au discours politique. On peut parler aujourd’hui de trahison politique, c’est vrai. Mais le fait est que, dès 1985, François 
Hollande, jeune socialiste maître de conférences à l’université, cosignait un livre intitulé La gauche qui bouge, qui correspond point par point à son programme actuel basé sur l’idée qu’il faut faire des économies dans un seul système possible : le capitalisme. Expliquant au passage que cette politique libérale était la seule chance pour la gauche de succéder à la droite. Or avec un tel point de vue, il ne peut y avoir de vraie opposition.


"L’alternative, telle que les principaux dirigeants du PS la conçoivent, c’est fini"


Le changement, ce n’est donc pas 
pour maintenant ?


Michel Pinçon. En fait, il y a deux mots pour parler de changement : ce sont les mots alternance et alternative. Or l’alternative, telle que les principaux dirigeants du PS la conçoivent, c’est fini. Il ne s’agit en réalité que d’alternance. La majorité des cadres dirigeants étant acquise au libéralisme. Ce livre qui se nomme La gauche qui bouge n’est d’ailleurs plus trouvable en librairie et a disparu de la bibliographie officielle du président. En fait, on se retrouve dans la situation des pays anglo-saxons. Avec des démocrates et des républicains comme aux États-Unis sans qu’il y ait de différences de fond sur le modèle économique. Obama a certes travaillé dans un sens social avec ses garanties santé. Mais il ne s’attaque pas à Goldman Sachs et aux têtes nocives de la finance anglo-saxonne. Obama, c’est l’alternance post-Bush. Blair, c’est l’alternance post-Thatcher. Hollande, c’est l’alternance post-Sarkozy.


Monique Pinçon-Charlot. Il faut comprendre que parmi les hauts responsables de cette classe sociale, c’est-à-dire les présidents de club, d’institut, tous ces gens qui sont mobilisés pour la reproduction des intérêts de leur classe… beaucoup sont proches du PS ou votent socialiste, avec à leurs côtés des gens qui votent UMP. Tout ce petit monde s’entend très bien. En vérité l’alternance politique est une sorte de bicéphalisme plus ou moins organisé qui permet ainsi de maintenir la défense des intérêts de l’oligarchie.


Au final, la Ve République, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, ne favorise-t-elle pas cette violence des riches ?


Monique Pinçon-Charlot. Absolument. C’est pour ça que l’idée d’une VIe République permettrait, avec une nouvelle Constitution, de faire bouger les lignes. J’ai tenté de démontrer que l’évasion fiscale n’était pas une arme de destruction massive contre les États mais que ceux-ci étaient complices de ce jeu pervers. Si LVMH a quarante-six filiales dans les paradis fiscaux, c’est bien parce qu’il y a Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, qui est au conseil d’administration. Ça ne peut pas se faire sans qu’il soit au courant de tout cela. La classe politique est aujourd’hui totalement coupée du peuple. Les ouvriers et les employés, qui représentent 52 % de la population active, ne sont pas représentés du tout ou à hauteur de 0,01 % à l’Assemblée nationale et au Sénat. Voilà une violence concrète. Aussi je milite pour l’abolition du cumul des mandats, pour l’interdiction de faire carrière en politique. Je veux que l’on revoie le statut de l’élu, que l’on institue le vote obligatoire et la reconnaissance du vote blanc dans les suffrages exprimés. Si l’on met ensemble ces cinq mesures, alors ce serait une véritable révolution.


"Les dominants n’ont pas ce problème de conscience de classe et leurs liens dépassent aussi les frontières"


Parmi les violences symboliques que la classe dominante fait subir au peuple, vous parliez de la violence linguistique. N’est-ce pas justement par le langage que la lutte commence aujourd’hui à l’ère du tout-médiatique ?


Michel Pinçon. Une des dimensions primordiales de cette lutte contre la violence symbolique est de réhabiliter les concepts du marxisme. Redire les mots tels qu’ils sont. C’est-à-dire parler de capital et de capitalistes. Parler de ces classes sociales qui sont antagoniques. Parce que les riches accaparent la plus grande part de la plus-value produite. Donc il y a une nécessité de réintroduire ces concepts qui n’ont rien perdu de leur pertinence dans notre société. Et de lutter contre cette dérive lexicale. Par exemple parler de flexi-sécurité, c’est aberrant : si c’est flexible, ce n’est pas de la sécurité. Si c’est de la sécurité, ce n’est pas flexible. Il y a une importance à parler franc et à dire les choses telles qu’elles sont. Parler d’exploitation. Mettre en cause la finance internationale. Expliquer qu’un individu qui gagne un million d’euros, ce qu’il gagne c’est sur le travail des autres. Nous tentons de restituer un état d’esprit de conscience de classe.


Monique Pinçon-Charlot. Quand on est à la télévision, on tente de remettre les mots à leur place. Quand, devant les caméras, on se retrouve face à des membres de l’oligarchie comme Marc Ladreit de Lacharrière, Pierre Kosciusko-Morizet, toutes ces personnes qui se présentent toujours en bienfaitrices de l’humanité, créateurs de richesses et d’emplois, nous les remettons à leur place en les redéfinissant : vous êtes des spéculateurs, leur dit-on. On ne laisse rien passer. On parle de délinquance en cols blancs. De délits en bandes organisées. De délits des beaux quartiers. S’il le faut, nous inventons des néologismes ou nous réactualisons des termes. Le «  bourgeoisisme  » que nous dénonçons est un contre-pied linguistique au populisme péjoratif dont cette classe nous affuble. Nous en avons marre des flagorneries des riches entre eux. On en a marre du «  bourgeoisisme  » du Figaro. On en a marre du «  richissisme  » des chroniqueurs de la Bourse. On en a marre de «  l’oligarchisme  » de l’ENA et du Who’s Who ! Parler de bourgeoisisme comme nous le faisons en conclusion de notre livre est une arme linguistique rigolote… car avec l’humour aussi on peut faire avancer les choses. La prise de conscience est douloureuse. C’est tous ensemble qu’il faut animer cette prise de conscience. Lors de la promotion du Président des riches, j’exigeais que les gens ne partent pas avant la fin. Je voulais que l’on parte tous ensemble. Mais évidemment nos armes sont limitées. Parmi ces armes, il y a la conscience de classe à travailler… Les dominants n’ont pas ce problème de conscience de classe et leurs liens dépassent aussi les frontières.


L’internationalisme bourgeois 
est-il une réalité ?


Michel Pinçon. Bien sûr, dès l’Ancien Régime, les alliances entre familles princières dépassaient les frontières. Aujourd’hui, c’est tout à fait ordinaire de rencontrer quelqu’un qui possède dix mille hectares en Argentine et qui dans le même temps est directeur d’une grande entreprise en France tandis qu’il vient d’hériter d’un château dans un autre coin d’Europe. L’aspect international est lié à l’éducation. Beaucoup parmi les dominants sont trilingues. Espagnol, anglais français. Avec l’anglais toujours comme langue indispensable. Cette dimension internationale est une grande violence. Prenez par exemple des délégués syndicaux qui se retrouvent parachutés à Bruxelles… ils sont perdus parce qu’ils ne parlent pas anglais. Or à Bruxelles l’anglais est très important. Dans certains conseils d’administration, des syndicalistes se retrouvent avec des dossiers énormes en anglais et non traduits. C’est un des exemples les plus terribles où l’on ressent que l’on est dominé. Eux, ils parlent anglais couramment, il y a eu la nurse, il n’y a pas de problème. Ils ont fait un an dans un collège anglais et ont toujours l’occasion de pratiquer.


Monique Pinçon-Charlot. Oui, l’organisation cosmopolite est absolument transversale à la classe. Dès la naissance, ils apprennent de façon maternelle plusieurs langues. Ils vont dans des collèges, en Espagne, en Angleterre, aux États-Unis. Autour de la table chaque jour, il y a plusieurs nationalités qui sont représentées, que ce soient des membres de la famille ou des amis. L’argent aussi est investi de manière complètement internationale. La culture également. Le monde du marché de l’art est profondément international. De telle sorte que l’internationalisme est consubstantiel à cette classe, et que par la médiation de la sociabilité mondaine, cet internationalisme est un mode de vie. Il n’est pas besoin d’imaginer une théorie du complot pour comprendre le mécanisme de création de groupes informels et très puissants comme Bilderberg, la trilatérale…


"Nous pensons qu’au néolibéralisme correspond un individu néolibéral, pervers, narcissique, au-dessus des lois"



Vous venez de le dire que la classe des riches domine l’espace de manière transversale, 
mais ne domine-t-elle pas aussi le temps 
en s’arrogeant l’histoire ?


Michel Pinçon. Oui. C’est une des dimensions décisives dans la violence symbolique et qui renvoie au vécu de tout un chacun. Par exemple, je me souviens d’une visite chez un noble, très riche, qui nous avait reçus. Il faisait visiter la galerie des ancêtres à son petit-fils et expliquait que tel portrait était celui d’un aïeul du XVIIIe siècle. Donc on voit un enfant qui apprend à devenir membre de la dynastie : il a des ancêtres et il aura des héritiers. Cet enfant était d’emblée plongé dans un temps qui est beaucoup plus long que le temps vécu d’un immigré ou d’un membre de la classe populaire dont la mémoire ne dépasse pas celle du grand-père. Voilà une réalité qui forme une inégalité en profondeur du rapport à l’existence et au temps. Quelques jours après la visite de ce château en Limousin, j’assistais ainsi à la destruction d’une barre HLM à Aubervilliers. Il y avait des enfants qui avaient grandi dans cette barre et qui regardaient partir en poussière ce qui était le lieu de leur enfance. Ils n’auront aucun lieu qui comme ce château représentera leur passé. Il y a donc une vraie précarité de la vie populaire qui n’a pas de commune mesure avec l’espace de sérénité de la vie grande bourgeoise qui se nourrit de plus en plus d’impunité.


Vous parlez d’impunité, cela implique une inversion des valeurs, l’individualisme prend-il définitivement le pas sur la solidarité ?


Monique Pinçon-Charlot. En effet, cette classe, en tant que classe dominante, fait du déni de la règle, la qualité du dominant. Et cela, c’est nouveau par rapport au milieu des années 1980. Nous poussons un cri d’alarme car nous pensons qu’au néolibéralisme correspond un individu néolibéral, pervers, narcissique, au-dessus des lois, qui n’hésite pas à être dans la délinquance, sachant qu’il sera impuni car il y a très peu de sanction pénale à la délinquance des riches. Cet individu ultralibéral sans foi ni loi est une menace énorme pour la sécurité de notre pays, pour l’idée d’un changement collectif, organisé, qui ne soit pas la barbarie de tous contre chacun. Il faut que les classes populaires reprennent conscience de cette réalité.



Monique et Michel Pinçon-Charlot


 

Article paru dans l'Humanité

lu sur le site de la Gauche communiste du PCF 


http://gauchecommuniste.wordpress.com/

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