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Publié par Michel LeDiablo

drap-portugal

L a plupart des commentaires des grands médias sur les dernières élections municipales qui se sont tenues au Portugal le 29 septembre dernier, lorsqu’ils existent car le plus souvent c’est plutôt le silence, s’attachent essentiellement à mettre en exergue la déroute de la droite gouvernementale et « l’écrasante » victoire du PS avec un nombre record de mairies remportées : 149 tout seul et une –Funchal, capitale de la Région Autonome de Madère - dans le cadre d’une alliance électorale.  


En somme rien de nouveau sous le soleil du Portugal où les élections resteraient confinées dans le mouvement perpétuel du balancier de l’alternance au sein d’un « bloc central » constitué d’une droite (PSD et CDS) et d’un PS qui se sont partagés le pouvoir depuis le retour de la démocratie en avril 1974 et la fin d’un demi-siècle de dictature fasciste et ont accompagnés, avec un emballage plus ou moins « social », les politiques de soumission aux intérêts du capitalisme, encore plus à partir de l’intégration dans l’Union Européenne. Un cadre qui n’est pas sans rappeler le Royaume-Uni ou l’Allemagne quand l’alternance sert d’abord à étouffer l’expression de tout projet alternatif.

Mais à y regarder de plus près, les enseignements à en tirer s’avèrent bien plus complexes. 


Car avant tout, il convient de rappeler un cadre institutionnel et politique bien différent de celui de la France :


Lors des élections municipales se déroulent simultanément trois types de scrutin correspondant à trois niveaux de souveraineté locale : Un vote concerne le premier échelon, le plus petit, qui est constitué par ce que l’on nomme les « freguesias », que l’on pourrait traduire par « mairies d’arrondissement » mais dans toutes les communes du territoire et pas seulement dans les grandes villes. Viennent ensuite ce que l’on appelle les « concelhos », qui peuvent correspondre aux communes, et pour lesquels se déroulent deux votes – celui pour la Càmara (l’exécutif de la mairie) et celui pour l’Assemblée municipale (le « parlement communal ») – qui ne coïncident pas toujours exactement au niveau des résultats puisque les dimensions locales et humaines jouent un rôle important. Ces élections se déroulant à la proportionnelle intégrale, les membres de l’exécutif (vereadores) sont donc déterminés en fonction des résultats de chaque liste, ce qui signifie que des membres de l’opposition participent à l’exécutif en fonction des suffrages obtenus. Les pouvoirs de l’exécutif sont définis par loi et ses délibérations sont transmises à l’Assemblée Municipale et pour certaines soumises à son vote. La composition de l’Assemblée Municipale reflète également à la proportionnelle le résultat du scrutin.
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Un système qui montre qu’une collectivité peut très bien fonctionner en toute démocratie et hors du carcan du scrutin majoritaire. En découlent plusieurs différences : Contrairement à ce qui existe en France depuis longtemps, il n’existe non seulement aucune liste commune de gauche entre le PS, la CDU (alliance qui regroupe les Communistes et les Verts au Portugal) et le « Bloco de Esquerda » (formation de gauche alternative fondée par d’anciens militants du PCP) comme non plus, aucune pratique de désistement républicain, du fait de la proportionnelle. Ce qui, soit dit en passant, offre une bien plus grande liberté de choix aux militants dans la définition des projets politiques et démocratiques locaux qui ne se trouve pas parasitée par la perspective d’alliances électorales avant le scrutin ou entre les deux tours comme en France par exemple, comme on le constate aujourd’hui avec les tractations entre formations politiques.



Donc les critères pour bien appréhender la nature du résultat sont non seulement le nombre de mairies conquises, avec ou sans majorité absolue, mais aussi le nombre de mandats de « vereadores » (conseillers municipaux exécutifs).


L’alliance avec la CDU et les communistes constitue pour le PS au Portugal un tabou dont seul Jorge Sampaio avait su s’affranchir pour devenir maire de Lisbonne, lassé de voir la droite gérer une capitale votant pourtant majoritairement à gauche. Ce fait le conduira plus tard à la Présidence de la République qui ne dispose pas de pouvoir exécutif au Portugal. Un tabou qui vient de la période de la Révolution des Œillets mais aussi de la matrice « social-démocrate » du PS portugais, né en 1973 à Bad Godesberg sous l’aile protectrice du SPD d’Helmut Schmidt.    


Concernant les résultats et confirmant une tendance qui se retrouve dans les autres scrutins, le premier chiffre est celui de l’abstention très élevée, 47,4 %, quand il s’établissait à 41 % en 2009 et à peine 28,6 % lors du premier scrutin municipal en 1982. Une défiance vis-à-vis de la représentation politique que l’alternance ainsi que la soumission croissante des derniers gouvernements vis-à-vis des instances de la Troïka n’ont fait que creuser au fil des scrutins. En témoigne également le plus que doublement des votes blancs, 3,87 % et des votes nuls, 2,95%. 


Ensuite, si le PS dirige un nombre record de mairies, il le doit d’abord à l’abstention et à l’effondrement du PSD, premier parti de droite, illustré par l’inédite mise en minorité du cacique régional de Madère, Alberto João Jardim, qui y régnait sans partage depuis des décennies. Mais il perd plus de 200 000 voix et se retrouve avec un total de 919 mandats exécutifs contre 921 en 2009.
portugal-carte2La seule formation à progresser en voix malgré la hausse de l’abstention est la CDU qui dirige 34 mairies contre 28 en 2009 dont 29 avec la majorité absolue. Avec des victoires fortement symboliques comme celle de Grándola en Alentejo, ville conquise en 2001 par le PS et dont le nom avait inspiré la chanson symbole du 25 avril chantée par José Afonsoet aussi celle acquise à Cuba, une municipalité aussi de l’Alentejo reprise au PS, eh oui !


D’autres ensuite très significatives comme la reconquête des deux capitales de district de l’Alentejo, Évora, perdue en 2001 au profit du PS et Beja, perdue en 2009. S’y ajoute une des deux plus importantes municipalités de la banlieue de Lisbonne, Loures, perdue en 2001 toujours pour le PS, avec une liste conduite par Bernardino Soares, Président du groupe parlementaire CDU à l’Assemblée Nationale, une des figures marquantes de cette nouvelle génération de militants et d’élus qui ont été au cœur des innombrables batailles menées par le peuple portugais ces dernières années contre les politiques d’austérité. Une « nouvelle vague »qui est pour beaucoup dans cet excellent résultat. Une nouvelle génération dont est également issue la nouvelle maire, Rosa Cristina Gonçalves da Palma, de Silves en Algarve, seule ville de l’Algarve que les communistes avaient dirigé il y a 20 ans et gagnée sur la droite aujourd’hui. 
La CDU passe aussi de 174 mandats exécutifs à 213 retrouvant des élus dans des districts et des municipalités où elle n’en avait plus depuis longtemps, notamment dans le centre et le nord du pays, régions traditionnellement hostiles : au centre, Covilhã dans le district de Castelo-Branco, dans le district de Coimbra où elle passe de 1 à 3 mandats, à Viana do Castelo dans l’extrême-nord où elle retrouve un mandat, à Braga dans le Minho où elle revient après des années d’absence, dans le district de Porto où elle passe de 1 à 5 mandats, mais aussi en Algarve à l’extrême sud où elle passe de 1 à 8 mandats avec, outre la victoire à Silves, l’élection d’un « vereador » à Portimão, ancienne place-forte de l’industrie des conserves. Elle gagne aussi un mandat exécutif supplémentaire à Lisbonne où le PS gagne avec la majorité absolue.

Il est aisé de comprendre pourquoi les grands médias se gardent bien de relever ce qui a été le trait le plus marquant de ce scrutin, préférant se cantonner au quant-à-soi de l’alternance entre le PS et la droite et gloser sur le succès des indépendants dont la plupart, 11 sur 13, ont déjà exercé de précédents mandats au sein de formations politiques et dont les candidatures relèvent plus d’une démarche personnelle que d’une nouvelle approche politique.


Des résultats qui ne font que souligner l’illégitimité d’un gouvernement qui ne constitue en réalité qu’un cabinet d’appui technique à la Troïka, dont il applique avec une servilité affligeante les consignes. Y compris les plus scandaleuses et abusives comme lorsqu’elle lui enjoint de violer la Constitution après un énième rejet par le Tribunal Constitutionnel d’une loi d’austérité permettant de licencier les fonctionnaires. Un gouvernement qui s’est empressé de la rassurer et de déclarer, avant même le scrutin, qu’il n’en tiendrait pas compte et poursuivrait la même politique. C’est décidément le nouveau mets qui fait fureur dans les arcanes « européistes » : « le faisan démocratique à la sauce financière. »


Pedro da Nóbrega


Merci à Tlaxcala

Source: http://tlaxcala-int.org/article.asp?reference=10635
Date de parution de l'article original: 02/10/2013
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=10635

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