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Publié par Michel El Diablo

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Voyage en train Paris-Le Havre en début d’automne. A Poissy, le quai Talbot de l’usine Peugeot, une vaste gare ferroviaire située à quelques kilomètres de Paris, les dalles se détachent des quais, des plantes prennent racine à travers l’asphalte. Plus un wagon, les quais sont déserts.


La ligne passe sous de longs tunnels de briques rouges creusés au XIX ème, puis longe les méandres de la Seine. A Bonnières, la silhouette d’une immense usine se profile, deux cheminées pointent vers le ciel : « Village d’entreprises », une autre inscription : « A louer ». Le train poursuit son voyage à une lenteur d’escargot. Un arc-en-ciel se déploie sur la forêt aux reflets roux. Un vieux bac rouille amarré à la berge, entre deux champs en jachère. Puis, les immenses usines de Sotteville-lès-Rouen, qui ploient sous la rouille, un cimetière des wagons tagués. Bien vivante elle, une immense zone commerciale et à perte de vue, des entrepôts à poids lourds. A Rouen, un énorme bateau-mouche pour apéritifs dinatoires battant pavillon européen passe entre les docks déserts.


Comment la vallée de la Seine, région si centrale, si bien desservie, a-t-elle pu ainsi se transformer en désert ? Pourquoi ses champs sont-ils en jachère ? Ses usines abandonnées ?


Désindustrialisation et « sobriété »


A ces questions, le lecteur inquiet pourra se reporter au rapport « Quelle France dans dix ans ? » commandé par Hollande en 2013 à son Centre d’Analyse Stratégique, lui-même chargé de définir la stratégie économique du pays. Si vos questions sont simples - y aura-t-il encore des trains, des écoles, des hôpitaux et quelques industries ? Pourra-t-on se chauffer, se déplacer, se nourrir correctement ? - à la lecture de ce rapport, vous comprendrez que vos appétits sont bien trop vulgaires. Ce qui sera vraiment important dans dix ans, le rapporteur nous le signale : ce sont une « égalité républicaine effective », une « démocratie de la confiance » et un « modèle social lisible et inclusif », ainsi que « combattre toutes les discriminations » et « promouvoir l’engagement citoyen et social ».


Le lecteur qui comme comme Chrysale dans Les Femmes Savantes se nourrit « de bonne soupe et non de beau langage » restera certainement sur sa faim. Mais curieux de connaître comment la France satisfaira les besoins sociaux en 2020, il devra aller un peu plus loin. Car là se dévoile la clé de la stratégie économique : il faut « orienter les comportements vers un développement sobre ».


Autrement dit, nous leur dirons de quoi nous avons besoin et ils nous expliqueront comment nous en passer. Je comprends mieux à quoi servent nos stratèges en matière industrielle, ou autre Conseil Economique et social dont la rémunération des membres s’élève à pas moins d’1 million d’euros par mois : il faut aller les voir si l’on a besoin de rien.


L’abandon du Plan


Le Centre d’analyse stratégique créé en 2006 a remplacé le Commissariat Général au Plan. Précisément, le problème est qu’ils n’ont plus de Plan.


La planification était l’outil que l’Etat s’était donné pour contrôler l’économie et lui impulser des grands chantiers. Le premier plan date de 1946. Pendant plus de quarante ans, les plans ont permis le développement de notre industrie naval, aéronautique, spatiale, pétrolière, militaire..., ainsi que l’aménagement du territoire. C’était certainement trop simple : l’INSEE mesurait les besoins sociaux, des ingénieurs et scientifiques de haut niveau (avant qu’ils ne découvrent que leur place étaient en réalité à Harvard ou dans la Silicon Valley) proposaient des solutions techniques pour satisfaire ces besoins. Le Parlement, incarnant la volonté populaire, votait le plan pour 5 ans. Une loi de programmation, elle aussi votée par le parlement, permettait de débloquer un budget pluri-annuel. Et tout le pays, le public surtout mais le privé aussi, se mettait en branle pour atteindre les objectifs.

Considéré par De Gaulle comme « une ardente obligation », le Plan fut abandonné en même temps que Maastricht était imposé aux Français par un référendum contestable. . Le dernier Plan en France, le dizième, aurait dû s’achever en 1993, mais fut interrompu en 1992 à cause de l’entrée de la France dans le marché unique.


Aujourd’hui nos dirigeants européistes ne parlent plus de « lois de programmation » mais de « lois de programmation des finances publiques » (PFP) : ironie du sort, non seulement il ne s’agit plus d’investissement dans l’économie, mais il s’agit de plan de réduction de dépense.


Ces lois de PFP ne visent pas le « redressement productif », mais le « redressement des comptes publics ». Elle ne visent pas à investir sur le long terme mais à instituer des « règles de gestion pérennes ». Elles ne sont autres que la traduction directe en droit interne du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) européen.


L’abandon du plan a permis de privatiser la quasi-totalité des établissements publics. De fait en asséchant les recettes de l’Etat, cela imposait des contre-réformes contre les travailleurs et favorables au patronat comme l’assouplissement du code du travail. Voilà comment le rôle de nos dirigeants est devenu purement négatif. Ils vendent et ils détruisent ce que d’autres ont construit. S’étonneront-ils de leur désastreuse côte de popularité ?


Démocratie et planification


Par ailleurs, l’abandon du Plan a permis à un personnel non qualifié de s’improviser dirigeants. Comment un Valls, un Montebourg, un Hollande qui n’ont jamais travaillé ailleurs qu’en politique et dont les principales feuilles de paie viennent d’emplois fictifs ou de bourses des Young Leaders, peuvent-ils s’improviser les organisateurs d’un plan ? Tout au mieux, ils seront agents immobiliers (Alstom, SNCM...) : leur palmarès est inégalable. Organiser le progrès, cela suppose un savoir technique et intellectuel dont ils sont dépourvus. Imaginons qu’un Krouchtchev, forgeron, ou un Brejnev, ingénieur chimiste, lorsqu’ils présentaient leur Plan étaient capables, devant tout le PCUS, de faire comprendre les impératifs de l’industrie agricole, pétrolière, chimique, les améliorations nécessaires du transport ferroviaire, fluvial, de la puissance des nouveaux barrages et des projets de développement nucléaire etc.


Une révolution culturelle est nécessaire. Nos élites doivent venir des milieux professionnels. Elles doivent avoir rencontré les besoins sociaux et participé eux-même au processus productif.


Par la planification, ces nouvelles élites républicaines s’appuieront sur une démocratie réelle. Dans le cadre de la souveraineté populaire rétablie, Les travailleurs, les citoyens, les organisations professionnelles doivent être consultés pour l’élaboration du Plan. C’était d’ailleurs souvent le cas sous De Gaulle où, en dernière instance, le Parlement, représentant direct de la Nation, était associé à l’élaboration du plan, à son vote et à son exécution. De même, en URSS, la préparation du XXI ème PCUS où furent définies les grandes lignes du plan, les travailleurs, citoyens et syndicats furent massivement consultés. Selon Jacques Duclos :« Les thèses relatives au développement de l’économie soviétique de 1959 à 1965 furent l’objet de discussions dans plus de 968000 réunions qui se tinrent dans les usines, les chantiers, les kolkoz, les établissements scientifiques et d’enseignement, dans les unités de l’armée et de la marine, ainsi que dans les institutions soviétiques. Plus de 70 millions de personnes participèrent à ces réunions. Au cours de ces réunions 4672000 camarades présentèrent leurs remarques, amendements ou propositions..., l’URSS se vantait d’avoir organisé 900000 réunions avec 700000 de participants ayant débouché su 4 millions d’amendements. » (XXI è congrès du PCUS, Les Cahiers du communisme, 1959.)


Dans le plan, nous retrouvons donc trois piliers de la République : le progrès social, la démocratie, et le mérite. Pour les reconstruire, il faut faire abattre les piliers pourris sur lesquels repose la classe politique. Les politiques le savent très bien. Ce n’est certainement pas un hasard si interrogé sur la planification, l’européiste Mélenchon a retiré l’adjectif « démocratique » pour le remplacer par l’épithète hasardeux d’ « écologique ». On ne sera pas étonné de lire que son projet de « planification écologique » prône lui aussi la « mise en place d’un plan de financement pour la sobriété » !


Ce que les gaullo-communistes avaient mis en place en 1946, ce que l’Union Européenne avec ses laquais français a interrompu en 1992, il faut le remettre en place. Alors, retroussons nos manches et avec ou sans eux, entamons le prochain Plan !


Valentin Martin

Comité Valmy


source: Comité Valmy (vu sur PCF Bassin)

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