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Publié par Diablo

Le Protectionnisme: notre espoir économique (François Ruffin)

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Comment devient-on protectionniste ? Cette idée abjecte qui consiste à se replier sur soi et à vivre en autarcie par peur du monde extérieur. Peut-être en étant confronté aux délocalisations successives qui n’entraînent que des lamentations et aucun acte concret. Pour François Ruffin, rédacteur en chef du journal Fakir, cela coïncide avec la délocalisation des activités de lave-linge de l’entreprise Whirlpool d’Amiens vers la Slovaquie. A la lecture des rapports de la direction et des syndicats, il s‘aperçoit que le coût de la main d’œuvre va passer de 12 % à 2 % avec cette délocalisation en Slovaquie. Le choix de la direction est donc parfaitement logique d’un point de vue économique. Le problème est lié à la réaction des pouvoirs publiques, des syndicats et des médias.



La presse picarde parle de malédiction et de coup de tonnerre pour l’emploi. Le maire d’Amiens de l’époque , Gilles de Robien, parle d’injustice. Comme si cette délocalisation était due à la fatalité. Comme si aucune arme n’existait pour la faire cesser. Comme s’il s’agissait d’une fatalité. La réponse des syndicats n’est guère plus réjouissante puisqu’ils ne proposent que d’aller dans les magasins d’électroménager de la région pour y coller des autocollants « fabriqué en Picardie » ou « fabriqué en Slovaquie ». On croirait entendre le robinet d’eau tiède François Bayrou…



Des exemples de ce type François Ruffin en possède un nombre non négligeable. Comme ECCE, sous-traitant de LVMH, qui produisait des costumes Kenzo à 80 Euros tous frais compris. LVMH, qui revendait pourtant ces costumes 990 Euros, a estimé que la marge n’était pas suffisante. La production a donc été délocalisée en Pologne où le coût de production du costume a chuté à 40 Euros. Depuis l’activité a été de nouveau délocalisé en Bulgarie et la direction s’interroge sur l’opportunité de délocaliser à nouveau vers la Grèce, frappée de plein fouet par la crise. Sans doute le charme du néolibéralisme.

 


Cette fois-ci, les syndicats d’ECCE avaient pourtant décidé de frapper un grand coup. Ils se sont déplacés à l’Assemblée Générale de LVMH pour y interroger le PDG, Bernard Arnault. La question est donc posée à l’une des plus grandes fortunes mondiales, si LVMH est prêt à gagner moins d’argent pour continuer à travailler avec ECCE pour garder la production en France et sauvegarder 147 emplois. Arnault s’est contenté de répondre qu’il était désolé de la situation des 147 salariés d’ECCE mais qu’il s’agissait d’un problème de compétitivité entre la France et certains pays d’Europe. Avant d’ajouter que Kenzo n’avait pas vocation à être le seul sur le marché mondial à payer ses costumes le double de ses concurrents et de conclure qu’il ‘est pas responsable des problèmes structurels liés à l’européisation et à la mondialisation.

 


A la lecture du livre de Bernard Arnault, « La passion créative », qui n’a rien de créatif ni de passionnant, François Ruffin s’est aperçu que le PDG de LVMH considérait que la mondialisation constituait une formidable opportunité pour les entreprises afin de mettre en concurrence les Etats. La conséquence est le déclin du pouvoir des hommes politiques qui constitue une cause de réjouissement pour notre ex-futur citoyen belge. 



Dans un tel système libre-échangiste, toute velléité nationaliste est vouée à l’échec puisque des politiques de baisse du temps de travail, de renforcement du droit du travail ou d’augmentation des cotisations sociales seront automatiquement annihilées par un chantage à la délocalisation. A l’arrivée on aboutit à des politiques de dumping social, environnemental ou fiscal qui sont toujours à l’avantage des grandes entreprises et au désavantage des salariés les moins qualifiés. Les néolibéraux peuvent de la sorte atteindre l’ensemble de leurs objectifs. La fiscalité est une excellente illustration de ce système économique pervers. Ainsi on s’aperçoit que plus la taille d’une entreprise est importante et moins son taux d’imposition sera haut. Ainsi déjà que l’impôt sur les bénéfices des sociétés était de 50 % dans les années 80 contre 33 % actuellement, les entreprises du CAC 40 ne payent en moyenne que 9 %, les autres multinationales 12 % et les PME 30 %. Plus la taille de l’entreprise est importante est plus sa capacité faire jouer la concurrence fiscale entre les pays est forte. A titre d’exemple, avant même que l’existence d’EADS soit effective, une coquille vide au nom d’EADS avait été créée avec un siège social à La Haye, où il n’existe pas d’impôt sur les plus-values. Les fiscalistes qualifient ce phénomène de prime à la mobilité qui aboutit à un glissement de la fiscalité des bases mobiles vers les bases immobiles. Ainsi les capitaux, qui sont pas nature extrêmement, voient leur niveau de taxation décroître. Les entreprises, un peu moins mobiles, bénéficient tout de même de dispositifs fiscaux avantageux comme la suppression de la taxe professionnelle. Quant aux citoyens lambda, peu mobile, il subit les hausses de TVA et d’impôts locaux.

 

 

Au début des années 90, au moment de la création de vastes zones de libre-échange comme l’UE ou l’ALENA, les néolibéraux étaient bien conscients des objectifs à atteindre. L’économiste Gary Becker déclarait ainsi dans BusinessWeek que le libre-échange allait permettre de corriger les « excès » du droit du travail et de la protection de l’environnement en obligeant les pays à rester « compétitifs ». Et pendant ce temps, on nous endormait avec les histoires d’amitiés entre les peuples et de paix durable en Europe…

 


Certaines déclarations en deviennent même caricaturales comme celle de Lawrence Summers, chef économiste de la Banque Mondiale à l’époque, qui déclare : « Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués ; la qualité de l’air y est probablement d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico […] Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays les moins avancés […] et se préoccuper davantage d’un facteur aggravant les risques d’un cancer de la prostate dans un pays où les gens vivent assez vieux pour avoir cette maladie, que dans un autre pays où deux cents enfants sur mille meurent avant d’avoir l’âge de cinq ans. […] Le calcul du coût d’une pollution dangereuse pour la santé dépend des profits absorbés par l’accroissement de la morbidité et de la mortalité. De ce point de vue, une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où ce coût est le plus faible, autrement dit où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées la ou les salaires sont les plus faibles est imparable. » Il importe cependant de ne pas s’arrêter à un simple constat des méfaits de la mondialisation, qui fait largement consensus au moins en ce qui concerne la gauche, et de s’attacher à trouver des solutions pour y mettre fin. Il s’agit déjà de prendre conscience de l’ampleur de la désindustrialisation. Dans la Somme, par exemple, la moitié des industries appartenant aux 30 plus grandes entreprises du département ont disparu en 12 ans soit 6 établissements. Une véritable saignée surtout lorsque l’on sait que l’industrie est le secteur qui offre les meilleurs salaires aux personnes les moins qualifiées. Les classes populaires sont donc les plus touchées. La faiblesse de la réaction pose question. Les syndicats, par exemple, effectuent le bon constat sur les méfaits de la mondialisation mais se refusent à la remettre en question et à défendre des solutions protectionnistes qui s’apparenteraient à un repli sur soi. 



Au niveau politique, chaque parti élabore des thèses plus ou moins solides pour favoriser la relocalisation. L’UMP utilise des systèmes d’aides ou de cadeaux fiscaux aux entreprises. EELV compte sur la hausse du prix du pétrole. L’extrême gauche place ses espoirs dans la hausse des luttes dans tous les pays. Le PS souhaite investir dans la hausse de la formation et de la qualification des salariés. Ces solutions sont à peu près toutes louables mais elles ont pour point commun d’être soit inefficace soit incertaine soit les deux. Aucune solution susceptible de présenter des avancées à court terme n’est ainsi proposée.

 

 

 

Emmanuel Todd a parfaitement analysé ce rejet du protectionnisme par les partis politiques par une analyse sociologique. L’UMP est dominé par des membres issus de la grande bourgeoisie dont la mondialisation sert les intérêts. Le PS est, quant à lui, dominée par la petite bourgeoisie qui n’est pas directement touchée par la mondialisation et qui l’accepte avec fatalisme. Le corps professoral en constitue une illustration pertinente.

 


Il apparait que le protectionnisme est une idée particulièrement clivante puisque 80 % des ouvriers y sont favorables, ce qui est loin d’être le cas des classes dirigeantes. Le problème des classes populaires se situe là. Leur sous-représentation, voire leur non-représentation, dans les médias, les partis politiques fait que l’exigence populaire de protectionnisme n’est pas entendue. Même les syndicats n’osent pas prononcer le mot « protectionnisme », car les néolibéraux sont parvenus à transformer cette option économique en valeur morale. La chronique d’Alain Duhamel sur RTL, le 21 avril 2009, en constitue un parfait exemple : « on sait qu’on est dans une grave crise, et que dans des crises de ce genre, il y a toujours des tentations de protectionnisme, de nationalisme, de racisme, de xénophobie ». Le protectionnisme est alors mis sur le même plan que le racisme ou la xénophobie.  



L’autre frein à l’instauration du protectionnisme serait sa difficulté de mise en place notamment au niveau des valeurs morales. Pourquoi ne serait-il pas possible d’appliquer aux marchandises ce qui est la règle pour les personnes. Ainsi dans un aéroport 100 % des passagers subissent un contrôle d’identité et un scanner. A l’inverse au port du Havre, seulement 0,04 % des marchandises sont scannées. L’exemple est identique pour l’ALENA, où la vaste zone de libre-échange ne s’applique pas aux personnes puisqu’un gigantesque mur de 1100 kilomètres a été construit à la frontière états-uno-mexicaine. Pourquoi le protectionnisme des marchandises serait un problème et pas celui sur les personnes ?

 


Le protectionnisme ne doit pas être une finalité mais un moyen d’accomplir une politique. Il est donc indispensable de définir la politique que l’on souhaite mettre en place qu’elle soit sociale, environnementale ou fiscale. Le protectionnisme reste un moyen de dépasser le libre-échange qui constituait la fin de l’histoire des politiques sociales comme l’avait constaté François Mitterrand lors des deux premières années de son mandat présidentiel.

 


Il est trop difficile d’assister à de scènes de lamentations qui se succèdent lors des délocalisations sans en tirer les enseignements ni utiliser les outils permettant de lutter contre ce phénomène. Il n’y a qu’à analyser l’énergie avec laquelle Laurence Parisot ou Ernest-Antoine Sellière s’évertuent à combattre le protectionnisme pour comprendre qu’il s’agit de notre principale arme. En affirmant leur conviction de voir le pays retrouver le chemin de la croissance à condition d’éliminer les mesures protectionnistes, l’actuelle présidente du MEDEF et son prédécesseur défendent leurs intérêts de classe. Il nous appartient donc de prendre le contre-pied de nos ennemis de classe en militant avec vigueur en faveur du protectionnisme.

 


Keynes ne disait pas autre chose lorsqu’il affirmait que «Les idées, la connaissance, l’art, l’hospitalité, les voyages sont là des choses qui par nature doivent être internationales. Mais produisons les marchandises chez nous chaque fois que c’est raisonnablement et pratiquement possible».

 

 

Theux

 

 

NB: Cet article correspond au compte-rendu de la conférence du 16 mai 2013 animée par François Ruffin à Clermont-Ferrand 


Source : L'ESPOIR

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