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Publié par Michel El Diablo

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« Heaven has no rage like love to hatred turned,

nor hell a fury like a woman scorned (1) »

William Congreve, « The mourning bride », 1697

Les lecteurs qui suivent mes chroniques savent bien que je ne dois rien à François Hollande, et que je ne me suis jamais gêné pour le critiquer. C’est pourquoi certains trouveront étrange de me voir prendre sa défense aujourd’hui. Je vous rassure, je n’ai pas changé d’avis : J’estime que François Hollande est non seulement le président le plus inepte de la Vème République – du moins jusqu’au aujourd’hui, car lorsqu’on examine la liste de ses successeurs potentiels, il n’y a pas de quoi être rassuré – mais aussi l’un des dirigeants les plus inaptes à exercer la fonction qui soit arrivé à la magistrature suprême au moins depuis Charles X. Mais pour être un incapable on n’est pas moins homme, avec tous les droits et dignités qui s’y attachent. Droits et dignités qui, dans le cas de François Hollande ont été tellement piétinés ces derniers jours par nos médias et par notre classe politique qu’il me semble nécessaire d’y revenir ici.


Vous l’avez compris, je parle du bruit et de la fureur médiatique qui ont accompagné la publication du brûlot signé de Valerie Trierweiler – et je dis signé car lui attribuer l’écriture serait prendre un risque – sous le titre « Merci pour ce moment ». A première vue, on aurait tendance à classer ce livre dans la longue suite d’ouvrages, entretiens ou articles perpetrés par des « déçus du hollandisme » tels Cécile Duflot, Arnaud Montebourg. C’est à mon avis une erreur. Lorsque Duflot ou Montebourg tirent sur le président, ils poursuivent un objectif politique : après avoir été deux ans durant ses ministres, il est rentable de se refaire une virginité en mordant la main qui les a nourri. Et c’est d’autant plus rentable que la main en question n’est plus en mesure de leur administrer la fessée qu’ils mériteraient. Il faut toujours se méfier de ces courtisans qui une fois chassés de la cour vous racontent que le Roi dont ils ont leché les bottes pendant des années est un salaud et un menteur. Mais quoi qu’on pense d’eux – et de leurs auteurs – ces écrits restent du domaine du combat politique et ne transgressent pas à cette frontière subtile et pourtant essentielle dans une société libre qui sépare la sphère privée de la sphère publique.


La campagne montée autour du livre de Valérie Trierweiler viole, elle, cette frontière. Le livre qu’elle a commis ne fait qu’étaler – dans un style qui donne une idée de ce a quoi « Madame Bovary » ressemblerait s’il avait été écrit par Emma Bovary plutôt que par Flaubert – les états d’âme de son auteur dans ses rapports personnels et intimes avec un homme qui fut semble-t-il un compagnon merveilleux devenu un salaud depuis qu’il est rentré à l’Elysée. Il n’y a rien là dedans qui relève de la sphère publique. Rien sur quoi nous, citoyens, puissions revendiquer un droit de regard. Rien, en fait, qui soit notre affaire. Le fait que l’homme dont on parle soit président de la République n’y change rien : ce que François Hollande fait dans son lit – et avec qui il le fait – lui appartient, tout comme les commentaires qu’il peut faire sur la dentition des pauvres – ou des riches d’ailleurs – à la table du déjeuner de famille.


Revenons d’ailleurs sur ce dernier point, qui est emblématique du reste. Valérie Tierweiler nous raconte cette anecdote : François Hollande, dans l’intimité, appellerait les pauvres « les sans-dents » et « est fier de sa plaisanterie » ce qui, conclut elle, nous montre le mépris qu’il éprouve pour eux. Dans un monde rationnel, avant de gloser sur cette anecdote on se poserait une question évidente, celle de la véracité du récit. Car, bien évidemment, il n’existe aucune preuve, aucun élément qui soutienne la thèse exposée par l’ex-compagne du président. Elle aurait pu tout aussi bien l’inventer, et compte tenu de la volonté évidente de nuire qui motive ce livre, l’hypothèse n’est pas à exclure. Mais le monde médiatique est ainsi fait que personne n’exige des preuves avant de propager une histoire qui, de toute évidence, porte un préjudice considérable au président, qui a tout de même beaucoup de chances d’être fausse, et qui – cerise sur le gâteau – est une affaire privée. Pire, les médias dissimulent cette faute déontologique sous une pirouette : ils ne nous « informent » pas que Hollande traite les pauvres de « sans dents », ils nous informent que Valérie Trierweiler affirme que Hollande s’exprime ainsi, ce qui est incontestablement vrai et public. Et le tour est joué.


En démocratie, c’est entendu, le président de la République est notre employé. C’est le peuple qui le paye, et il a donc le droit de contrôler son travail. Mais cela ne lui donne pas un droit de s’immiscer dans sa vie privée, de la même manière qu’un employeur n’a pas le droit de se mêler de celle de ses employés. Lorsqu’il est entré à l’Elysée, De Gaulle a fait installer un compteur EDF séparé pour l’appartement présidentiel. Aujourd’hui, on relève surtout dans ce geste la conception du service public d’un homme qui tenait à marquer qu’il ne profitait en rien personnellement de sa fonction. Mais ce geste a aussi une autre signification : en payant son électricité, De Gaulle marquait la limite entre public et privé. Si je paye mon électricité, nous disait mongénéral, c’est parce que je suis chez moi, parce que ce lieu est un lieu privé. Cette distinction entre le privé et le public, que mongénéral avait tant de soin à marquer, est essentielle pour le fonctionnement démocratique. Y déroger, ce serait mettre l’autorité de la fonction à la merci des conflits, des jalousies, des mesquineries qui sont le lot des rapports privés. On a du mal à trouver un bon président, mais si en plus on doit exiger de lui qu’il soit bon père, bon mari, bon fils et qu’il s’entende avec le chien du voisin, on n’est pas sortis de l’auberge. On voit d’ailleurs ce que cela donne dans les pays ou ce genre d’exigence est la règle : comme nul n’est un saint, il en résulte une formidable hypocrisie ou l’on cache les vices privés derrière des photos de famille impeccables en priant qu’aucun journaliste n’aille déterrer la maîtresse – ou l’amant, car cela arrive aussi aux femmes – qui peut briser une carrière (2).

 

Valérie Trierweiler veut se venger. Ce n’est pas un sentiment très noble ni très constructif, mais c’est humain. Elle cherche à faire le plus de mal possible à l’homme par qui elle se sent trahie. Si Hollande était un passionné d’orchidées, elle aurait répandu de l’acide sulfurique sur ses plantes. S’il collectionnait des Picasso, elle aurait retravaillé ses toiles à la hache. Il se trouve que François Hollande est un homme politique. Valérie Trierweiler frappe donc là ou elle sait que cela fera le plus mal : à son image. Jusque là, rien de plus logique. Ce qui est anormal, en revanche, c’est que notre establishment politico médiatique transforme une vengeance privée en affaire publique – en faisant de l’argent au passage – et qu’il permette ainsi aux aigreurs d’une femme délaissée menacer le fonctionnement des institutions. On peut discuter si le fait de porter les cornes justifie que Valérie brûle la cravate préférée de François. Mais cela ne justifie certainement pas qu’elle foute le feu à tout l’immeuble. Et encore moins que notre cirque médiatique lui fournisse le briquet pour le faire.

 

Cette vengeance privée devenue publique ne grandit d’ailleurs pas son auteur. Bien entendu, nous n’avons pas à juger des torts des uns et des autres dans cette affaire purement privée. Mais il faut avouer qu’il est comique de voir les enfants et les petits-enfants de mai 68 nous jouer le mélodrame bourgeois dans ce qu’il a de pire, preuve qu’au fond, malgré tous les discours féministes, le fantasme de la femme séduite et abandonné est toujours là, éternel. Valérie trouvait que son compagnon la traitait comme une moins que rien ? Mais alors, pourquoi est-elle restée auprès de lui ? On ne parle pas ici d’une femme de ménage d’Aubervilliers ou d’une paysanne de la Creuse avec huit enfants à charge, qui doit réfléchir deux fois avant de rompre le lien conjugal et la sécurité économique qu’il apporte. On parle d’une femme indépendante, libérée, ayant un métier, une carrière et un carnet d’adresses long comme le bras. Si elle n’aimait pas ses saillies de son compagnon sur la dentition des pauvres, elle n’avait qu’à lui dire en face, au lieu de garder ça pour son livre. Si elle ne supportait pas ses mensonges ou ses infidélités, elle n’avait qu’à le quitter. Ou à se trouver elle aussi un petit en-cas pour enrichir sa vie amoureuse. Quant à la fin de l’histoire elle est grotesque : Valérie découvre que son François la trompe et que tout le quartier est au courant, elle se précipite sur l’armoire à pharmacie pour avaler une boite de somnifères, son François se précipite derrière elle… on se croirait dans un mauvais roman de gare. Comme dirait ma grand-mère, Valérie aurait du remarquer que son François refusait de l’épouser. Et s’il refusait de passer devant monsieur le maire pour lui promettre entre autres choses respect et fidélité, il devait bien y avoir une raison.

 

Quant à François Hollande… il est comme d’habitude à côté de la plaque. Au lieu de se draper dans un silence digne sur le fond – assaisonné éventuellement d’un zeste de sollicitude pour l’état mental de son ex compagne – il se sent obligé de se justifier. Et ce qui est pire, de le faire à la tribune d’une conférence de presse devant les journalistes du monde entier à l’occasion du sommet de l’OTAN. En réponse à l’accusation d’avoir traité les pauvres de « sans dents », il déclare qu’il « ne permettra pas qu’on mette en cause » son attachement aux plus humbles. Fort bien : cela veut dire quoi exactement qu’il « ne permettra pas » ? Après tout, le livre est dans toutes les librairies et l’extrait est paru dans les principaux journaux. Compte-t-il aller en justice pour exiger une rétractation ? On croit rêver…

 

Que Valérie Trierweiler ait aimé sans être aimée en retour, qu’elle n’ait pas pu quitter son François malgré ses fautes, qu’elle n’ait pu supporter son infidélité, tout cela est bien triste. Mais c’est son problème, pas le nôtre. Le monde est plein de gens qui ne sont pas aimés comme ils le voudraient. Et ce n’est la faute de personne. Cela fait partie de la condition humaine. Il faut deux êtres pour faire un couple, et ces deux êtres ne sont pas forcément sur la même longueur d’onde. Mais la plupart des gens se débrouillent dans leur coin, et n’éprouvent pas le besoin de l’étaler dans les gazettes, avec la complicité d’un monde médiatique qui pratique le voyeurisme le plus indécent au nom du « devoir d’information » et qui au fond ne pense qu’à vendre du papier.

 

Descartes

(1) « Le ciel n’a de colère comparable à l’amour transformé en haine, l’enfer ne connaît de furie comparable à celle d’une femme humiliée ».

(2) Je ne peux que recommander ici le roman américain « Couleurs primaires », publié anonymement par un journaliste ayant travaillé dans l’équipe de campagne de Bill Clinton, et dont on a fait un film – très regardable, mais moins profond que le bouquin. C’est une bonne réflexion sur les rapports entre les vertus publiques et les vices privés, et sur l’hypocrisie qui sous-tend la confusion entre les sphères publique et privée au nom de la « transparence ».

 

source: le blog de descartes

 

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