Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Information

1 Mon blog est un blog militant indépendant, sans prétention, bien évidemment non-commercial et totalement amateur. Les images (photos , dessins, vidéos), les textes dont je ne suis pas l'auteur ainsi que les musiques et chants seront supprimés de mon blog sur simple demande par courriel.

2 Je publie textes et communiqués émanant d'auteurs et d'organisations diverses.Ces publications ne signifient pas que je partage toujours totalement les points de vue exprimés.

3 Je décline toute responsabilité quant au contenu des sites proposés en liens.

Salut et fraternité

El Diablo

Une adresse pour tout contact

et pour commenter les articles : 

moimicdup@gmail.com

Le blog d’El Diablo est un blog indépendant des partis politiques et des syndicats - Sa ligne éditoriale est progressiste et franchement euro-critique.  Il a vocation à nourrir le débat dans un esprit ouvert, hors tout sectarisme et tabous. Dans ce cadre, défenseur de la liberté d'expression, il donne à connaître des points de vue divers, y compris ceux qu'il ne partage pas forcément.

 

 

« Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. »

Bertolt Brecht

Les vérités qu’on aime le moins à apprendre sont celles que l’on a le plus d’intérêt à savoir.

Proverbe chinois

Ça devient difficile d'être de gauche, surtout si l'on est pas de droite

Guy Bedos 

******

DÉCLARATION de l’ACADÉMIE FRANÇAISE

sur l'ÉCRITURE

dite « INCLUSIVE »

adoptée à l’unanimité de ses membres dans la séance du jeudi 26 octobre 2017

Prenant acte de la diffusion d’une « écriture inclusive » qui prétend s’imposer comme norme, l’Académie française élève à l’unanimité une solennelle mise en garde. La multiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs.

Plus que toute autre institution, l’Académie française est sensible aux évolutions et aux innovations de la langue, puisqu’elle a pour mission de les codifier. En cette occasion, c’est moins en gardienne de la norme qu’en garante de l’avenir qu’elle lance un cri d’alarme : devant cette aberration « inclusive », la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures.

Il est déjà difficile d’acquérir une langue, qu’en sera-t-il si l’usage y ajoute des formes secondes et altérées ? Comment les générations à venir pourront-elles grandir en intimité avec notre patrimoine écrit ? Quant aux promesses de la francophonie, elles seront anéanties si la langue française s’empêche elle-même par ce redoublement de complexité, au bénéfice d’autres langues qui en tireront profit pour prévaloir sur la planète.

 

 

Archives

*****

Publié par Michel LeDiablo

automne.jpg

 

 

Je m’excuse par avance auprès de mes lecteurs fidèles si ce papier vous paraît décousu et déprimant. Mais je dois dire que je l’écris dans un état de profond découragement. Peut-être est-ce l’arrivée de l’automne – il paraît que c’est la saison où l’on se suicide le plus – ou l’arrivée de la feuille d’impôts. Peut-être est-ce la situation économique et sociale, qu’on voit se dégrader chaque jour un peu plus. Mais ce qui au fond m’énerve et me déprime le plus, c’est la manière dont notre sphère politique et médiatique fonctionne.

 

 

 

Pourtant, je ne suis pas du genre à déprimer. Je me souviens de périodes beaucoup plus « dures » dans mon expérience politique. Mais aucune ne donnait ce sentiment si désagréable d’une classe politique inconsciente, inconséquente et surtout incompétente, sans mémoire du passé ni promesse d’avenir.

 

 

Prenons Mélenchon par exemple : il tonne contre les « solfériniens » et excommunie par avance ceux qui au PCF songeraient à faire alliance au premier tour avec les socialistes. Mais il semble oublier qu’avant le premier tour de la présidentielle il avait par avance et sans la moindre contrepartie déclaré qu’il appellerait à voter pour François Hollande au deuxième tour. Qu’il a effectivement appelé à le faire sans négociation et sans contrepartie, et qu’au lendemain de la victoire socialiste il s’est déclaré « ayant droit de la victoire ». Aujourd’hui, il déclare « On élit un président de la République social-démocrate et que fait-il ? Il démantèle les acquis sociaux du pays (…) Les gens vivent le contraire de ce à quoi ils s'attendaient: pourquoi est-ce qu'on câline sans arrêt les patrons ? ». Les gens vivent peut-être le contraire de ce à quoi ils s’attendaient, mais Mélenchon peut difficilement dire la même chose. Après tout, il a soutenu – et même participé comme ministre – à plusieurs gouvernements « social-démocrates » qui ont systématiquement détruit les acquis sociaux et câliné les patrons. Alors, pourquoi s’étonner de ce qui était, pour quiconque connaît la politique française des trente dernières années, totalement prévisible ? Qu’est ce qu’il croyait, Mélenchon, qu’Hollande une fois élu président allait devenir un révolutionnaire ?

 

 

 

Dans le même registre, après les résultats de l’élection cantonale partielle de Brignoles, la planète politique et médiatique semble frappée de stupeur. Les prophètes de malheur ont vite sorti leurs pancartes sur le mode « les barbares sont à nos portes ». Après avoir pendant des semaines dénoncé l’identité idéologique entre le FN et l’UMP, l’ensemble de la gauche – PG excepté – appelle ses ouailles à voter pour la candidate de l’UMP pour faire barrage au FN. Fait-on barrage à l’extrême droite en votant pour un candidat dont on dénonçait jusqu'à hier précisément les acoquinements avec la droite ? Comprenne qui pourra…

 

 

 

En même temps, on est surpris par la modération des réactions. Même pas de grand concert de SOS racisme place de la Concorde pour dénoncer la « peste brune ». Pas de ralliement unanime pour « barrer la route aux fascistes » comme ce fut le cas en 2002. On est sorti de l’ère de la diabolisation, où l’électeur frontiste était par définition un imbécile ou un fasciste pour qui il était hors de question de manifester la moindre compréhension. Il devient même possible d’analyser rationnellement les motivations de celui qui vote FN sans risquer l’excommunication sous l’accusation de banaliser l’extrême droite. Et du coup, on commence à admettre que l’électeur frontiste n’est pas un démon doté d’une queue et de cornes, mais un citoyens qui après avoir voté quelquefois pendant des décennies pour les candidats « républicains » - et souvent à gauche - a changé d’avis non pas sous l’effet d’un envoûtement, mais pour des raisons objectives qui tiennent à l’incapacité du monde politique « civilisé » de proposer de véritables alternatives et de faire fonctionner les institutions.

 

 

 

Cela pourrait être un progrès : on ne combat pas ce qu’on connaît mal. J’ai toujours eu du mal à comprendre ceux qui se proposaient de combattre le Front National sans chercher au minimum à comprendre les causes de sa dynamique. Il est vrai que pendant trente ans pour beaucoup de politicards qui ont bâti leur carrière sur des officines du genre « SOS-Racisme » - n’est ce pas, Harlem ? - le « combat » en question n’était qu’un prétexte pour rabattre des voix vers le candidat socialiste, et Jean-Marie Le Pen un épouvantail bien commode. Un épouvantail qui restait d’ailleurs bien sagement dans son coin, et qu’on ressortait à chaque élection pour emmerder la droite. C’était d’ailleurs de bonne guerre : les gaullistes avaient fait exactement la même chose en laissant au PCF un large espace politique sachant pertinemment que cela affaiblissait la gauche non-communiste, qui était la seule en mesure de leur disputer les manettes. L’erreur capitale du PCF fut de sortir du rôle d’opposition de sa majesté que lui réservait le pacte gaullo-communismte pour mettre Mitterrand au pouvoir. Il paya cette erreur très cher : Il fut broyé. C’est instruit de cette histoire que le FN a choisi la politique inverse. Après tout, quand est-ce que les affaires du FN marchent le mieux ? Sous des gouvernements de gauche. Si la priorité des priorités était d’affaiblir le FN, le vote logique en mai 2012 était Sarkozy, pas Hollande.

 

 

 

 

Quoi qu’il en soit, nous avons aujourd’hui un FN qui, bon an mal an, est en train de devenir le « premier parti de France ». Bien sur, il faut se méfier des sondages. Mais on ne peut ignorer une tendance réelle qui, de 2002 à aujourd’hui, a mis le FN sur le devant de la scène politique. Et je dis bien « sur le devant de la scène », car c’est la une particularité qu’il faut souligner : alors qu’il n’a pratiquement pas d’élus, qu’il ne contrôle aucun exécutif départemental, régional ou national, que son poids dans les milieux d’influence (haute fonction publique, cadres supérieurs du privé, « think tanks », institutions européennes) est négligeable, il arrive à imposer ses thèmes, ses préoccupations et ses priorités dans le débat public. Cette anomalie est en fait une illusion d’optique. Elle tient à ce que le Front National suit l’électorat plutôt qu’il ne le précède. Ce n’est pas le Front National qui impose ses thématiques, ces thématiques s’imposent parce ce sont elles qui préoccupent les français. Le Front National ne joue qu’un rôle de porte-voix : il ne fait qu’amplifier un message qu’il n’invente pas. Ce n’est pas le FN qui instille la préoccupation sécuritaire ou la méfiance envers l’Euro. C’est la population qui, à partir de son expérience quotidienne, ressent un besoin de sécurité et une méfiance envers l’Europe. Le Front ne fait que relayer ce ressenti, et c’est pour cela que les gens se reconnaissent dans son discours.

 

 

 

Le Front est un véritable parti « populaire », au sens qu’il est à l’écoute des couches populaires. Et si le FN peut jouer ce rôle, c’est parce que le monde politique « institutionnel » est aujourd’hui de plus en plus déconnecté du réel. Gouverner aujourd’hui, ce n’est pas dégager l’intérêt général ou construire une vision d’avenir, c’est chercher à contenter chaque mafia, chaque groupe de pression avec l’espoir qu’il vous retournera l’ascenseur électoralement le moment venu. L’exemple le plus caricatural est sans doute le projet de budget 2014, avec ses marches et contremarches en fonction de la réaction plus ou moins violente de chaque groupe de pression. Où est la cohérence du projet fiscal ? Où est la véritable « réforme fiscale » qui devait redonner une logique et une lisibilité à l’impôt ? Rien de rien. On est prié de croire les déclarations des uns qui nous affirment que c’est « un budget de croissance et d’emploi » ou les déclarations des autres qui nous disent que c’est tout le contraire (et qui, l’alternance aidant, inverseront les rôles à intervalles réguliers).

 

 

 

Où sont les choix clairement exprimés entre les différentes alternatives ?

 

 

Et d’ailleurs, quelles sont les alternatives parmi les quelles le choix est fait ?

 

 

On nous explique qu’à différence de son prédécesseur, ce gouvernement recrutera plusieurs milliers d’enseignants. Fort bien : mais quelle est la contrepartie ?

 

 

Quel autre pan de l’action publique a-t-on choisi de sacrifier en échange ?

 

 

Le fait que la communication politique se concentre autour des bonnes nouvelles et fait l’impasse sur les contreparties finit par donner l’impression que le politique vit dans un monde heureux ou l’on peut créer à l’infini des postes et des subventions sans que cela coûte rien à personne. Un monde qui n’a qu’une ressemblance lointaine avec celui des gens qui prennent le RER tous les matins. Et qui ressemble d’autant moins que, pour déguiser le manque de volonté du politique à s’attaquer aux véritables problèmes, il se met souvent à tourner autour de « marottes » (la « transition écologique », la « révolution citoyenne »…) quand ce n’est pas autour de débats tactiques, toutes choses qui n’intéressent qu’un tout petit noyau militant. Que pensez-vous que le brignolais de base ressent lorsqu’il constate que les élus du peuple siégeant à Paris consacrent leur temps auguste à traiter avec tout le sérieux qu’il ne mérite pas le cas d’un député qui a osé imiter une poule pendant le discours d’une collègue (1)?

 

 

 

Cela touche d’ailleurs tous les partis. Ce n’est pas mieux – ni pire – au PS qu’à l’UMP, au PCF qu’au PG, au NPA que dans les différents groupuscules de la « gauche radicale » ou à EELV. Tous ces gens sont réunis sous le vocatif « demain on rase gratis » qui permet de donner satisfaction à tous sans léser personne. Le travail doctrinal, la définition d’un cadre de pensée propre dans lequel une tactique, une stratégie, un programme, un projet deviennent cohérents n’intéresse personne (2).

 

 

Le programme ?

 

 

On le torchera bien en quelques semaines avant l’élection. La stratégie ?

 

 

On verra bien ce qu’on pourra négocier le moment venu. Et en fin de compte, on aboutit à un système illisible où un ancien président et son ancien premier ministre, qui ont conduit ensemble la politique du pays, découvrent un an après avoir quitté les affaires qu’ils représentent des projets politiques irréconciliables, un système où les différentes organisations à gauche se jettent des noms d’oiseau ou concluent au contraire des alliances selon l’état local des affaires. Et tout cela sous fond d’une profonde crise économique et sociale, de délitement institutionnel et d’affaiblissement des digues qui permettent que le « vivre ensemble » ne dégénère pas en « sauve qui peut ».

 

 

Après les législatives partielles de l’Oise et du Lot avant l’été, l’élection de Brignoles confirme une tendance lourde qui est d’ailleurs conforme aux études nationales. Une très forte abstention, une progression du vote frontiste notamment dans les milieux populaires et dans les villes petites et moyennes. Cette tendance tient autant à la stratégie de normalisation et de professionnalisation poursuivie par l’équipe dirigeante du FN qu’à un positionnement idéologique qui de plus en plus en font le porte-voix de ceux qui n’ont pas de voix.

 

 

Mais cette tendance tient surtout à l’incapacité des élites politiques et médiatiques – issues pour l’essentiel des classes moyennes – d’échapper à la vision étroite de leur classe sociale.

 

 

Pour légitimer leur position, ces élites ont fabriqué une théorie, celle de « l’incompréhension ». Ces élites, voyez-vous, se sentent incomprises.

 

 

Alors quelles font tout pour rendre le peuple heureux, celui-ci au lieu de les remercier leur crache à la figure. C’est que le peuple ne peut comprendre combien l’Europe unie est nécessaire, combien l’Euro nous protège, combien le mariage pour tous est indispensable, combien l’immigration est l’avenir de la France. Bien sur, ces gens ont des différences idéologiques entre eux : là où les uns défendent l’austérité libérale, les autres nous bassinent avec la « révolution citoyenne ». Mais tous sont d’accord sur un point : si le peuple ne les suit pas, c’est le peuple qui a tort. Et comme le peuple – ce ramassis d’imbéciles – n’est pas capable de comprendre tout le bien qu’on lui veut, il est parfaitement légitime de le sauver malgré lui. Pour peu, les chevaliers de l’Euro se qualifieraient eux mêmes de dernier rempart contre la barbarie…

 

 

Il est d’ailleurs passionnant de constater à quel point le peuple fait aujourd’hui peur à tous les partis « institutionnels », de droite comme de gauche.

 

 

Et cela est palpable dans la manière dont l’appel aux techniques du « marketing » politique a remplacé la bonne connaissance du terrain par les élus et les militants. A ce propos, il y a un enseignement important à tirer de l’élection de Brignoles : le maire et conseiller général communiste « historique », C. Gillardo, à 80 ans passés, a préféré passer la main pour cette troisième élection depuis 2011 du fait des annulations successives. Candidat en 2011, C. Gilardo faisait 33% au premier tour. En 2012, dans une configuration tout à fait semblable à celle de 2013 et avec un taux d’abstention équivalent, il faisait 39%. Un an plus tard, son remplaçant, un jeune apparatchik, ne fait plus que 13%… Certains concluront que dans beaucoup de villes communistes, c’est la fidélité personnelle beaucoup plus que l’étiquette partisane qui fait l’élection. Mais cette fidélité personnelle n’est pas apparue par l’opération du Saint Esprit : elle s’est construite au fil du temps autour d’élus qui grâce à un réseau de militants bien implanté avaient une connaissance incomparable du terrain et des attentes de leurs électeurs. Avec le remplacement des partis de militants par des partis d’élus, on a fabriqué une classe politique qui vit en apesanteur. Une classe politique qui connaît par cœur les magouilles de soir de congrès et les négociations avec des alliés plus ou moins commodes, mais qui ne connaît l’électeur de base que par les études d’opinion.

 

 

Amusons nous un peu : pour son Conseil National du 5 et 6 octobre dernier, la direction du PCF a fait réaliser par l’IFOP une étude intitulée « Etat d’esprit et attentes de l’électorat Front de Gauche à 5 mois des élections municipales » (http://www.pcf.fr/sites/default/files/sondage-ifop-pour-le-pcf-5-oct-2013.pdf). Un document qui me semble très illustratif du rapport entre les élites politiques et le peuple qu’elles sont censées représenter (3).

 

 

D’abord, le choix de l’échantillon. Pour étudier « l’électorat du Front de Gauche », quel échantillon prend-t-on ? Les auteurs de l’étude ont constitué trois groupes témoin, dont voici la composition telle qu’elle figure dans l’étude :

 

 

« Profil des groupes :

 

 

Groupe PARIS – Le cœur de cible: Hommes et femmes, âgés de 25 à 60 ans, classes moyennes basses, électeurs traditionnels du PCF, habitant différentes villes communistes de l’agglomération parisienne (Saint-Denis, Bobigny, Malakoff, Nanterre, Bagneux, Ivry-sur-Seine, Villejuif, etc...)

 

 

Groupe MONTPELLIER – Les électeurs de JLM en 2012 : Hommes et femmes, âgés de 25 à 60 ans, classes moyennes, se déclarant à gauche ou très à gauche sur l’échiquier politique, électeurs de JLM en 2012, habitant Montpellier

 

 

Groupe AVIGNON – Les électeurs PC face à la menace FN: Hommes et femmes, âgés de 25 à 60 ans, classes moyennes, électeurs traditionnels du PCF, habitant Avignon ».

 

 

Rien ne vous frappe dans cette description ? Allez, un petit effort… quel est le point commun à ces trois échantillons, outre la tranche d’âge ? Et bien… ils sont tous trois constitués d’électeurs « classes moyennes ». Même si la définition de cette catégorie sociale utilisée par l’IFOP est certainement plus large que celle que j’ai proposé sur ce blog, n’est il pas révélateur que le PCF, dans un étude qu’il commande, juge que pour connaître « l’état d’esprit et les attentes de l’électorat du front de gauche » il suffit de sonder les « classes moyennes » ?

 

 

A partir de cet échantillon, on arrive bien entendu aux conclusions prévisibles, auxquelles n’importe quel militant bien implanté sur le terrain – sur le terrain des « classes moyennes », s’entend – serait arrivé tout seul. Les « défis » ? « Incarner la vraie gauche » et « rassurer sur la crédibilité du politique ». Vaste programme, aurait dit mon général. Quant aux « atouts », rien de bien nouveau là encore : « image favorable associée aux élus », « spécificités de la ville communiste » et « légitimité à fédérer les initiatives locales ». Avec en prime une recommandation « bateau » classique dans le marketing politique : « une attention forte portée à la thématique de la jeunesse ».

 

 

Mais le principal point d’étonnement, c’est de constater que les partis politiques sont prêts à payer très cher pour connaître l’état d’esprit et les attentes de leur électorat. Car à quoi sert un parti politique, à quoi sert un réseau militant, sinon à connaître l’état d’esprit et les attentes de la population en général et de son électorat en particulier ?

 

 

 

Doit on comprendre que les partis politiques sont si coupés de l’électorat, que ses dirigeants ont si peu de contacts avec les militants – et ceux-ci avec le corps électoral – qu’ils ont besoin qu’un institut privé réunisse des « groupes » d’électeurs pour leur demander ce qu’ils en pensent ? Charles de Gaulle a-t-il fait faire des sondages avant de prononcer le discours de Bayeux ? Maurice Thorez s’est-il adressé à l’IFOP avant de déclarer qu’il fallait savoir arrêter une grève ou de désarmer les milices issues de la Résistance communiste ? J’en doute fort. Ils pouvaient par contre l’un et l’autre compter sur des conseillers et des collaborateurs qui avaient eux mêmes des réseaux militants en mesure de prendre la température de l’opinion et relayer ses attentes. Et si ces discours ont tous frappé juste, c’est parce que ces hommes politiques connaissaient profondément – par eux mêmes ou par des militants interposés – le peuple qu’ils représentaient. Tout le contraire d’un Delors ou d’un Monnet pour qui le peuple, sorte d’enfant capricieux incapable de distinguer ce qui est bon pour lui, doit être guidé par une aristocratie qui fera son bonheur malgré lui ; ou d’un Mélenchon qui ne s’adresse qu’à un peuple idéalisé – celui qui se passionne pour les minorités, les sans-papiers et la « planification écologique » – pour mieux ignorer le peuple réel, celui préoccupé essentiellement par la dégradation de la sécurité, de l’emploi, des rapports sociaux.

 

 

 

Oui, ce qui caractérise les élites politiques aujourd’hui, c’est la peur du peuple. Non du peuple comme abstraction, mais du peuple réel. A droite comme à gauche, on préfère de loin s’entendre entre soi ou négocier avec les lobbies que de véritablement soumettre les questions à un débat public avec le peuple pour juge. Il n’y a qu’à voir les discours sur l’Europe : tout le monde propose des réformes, mais personne, absolument personne, ne demande qu’elles soient soumises à référendum. Ont-ils si peu confiance dans leur propre capacité de convaincre le peuple du bien fondé de leurs propositions ?

 

 

 

Le FN, comme bien d’autres partis dits « populistes », n’est que le symptôme de cette déconnexion du politique – et des classes moyennes qui le nourrissent – par rapport à l’idée même de « peuple ». Le politique d’aujourd’hui n’aspire plus à représenter l’ensemble de la Nation. Il se construit au contraire à partir d’une approche marketing de « populations cibles » pour capter un maximum de voix en tenant à chaque catégorie, à chaque communauté le discours qu’elle veut entendre. Et d’ailleurs il ne s’en cache pas : on se souvient du célèbre rapport du « think tank » socialiste « Terra Nova » qui proposait sans ambages au Parti socialiste de se positionner sur le créneau bobo et de laisser à son sort l’électorat populaire.

 

Seulement voilà, si l’on peut dire à chacun ce qu’il veut entendre lorsqu’on est dans l’opposition, il est beaucoup plus difficile de répondre aux expectatives qu’on a ainsi créés lorsqu’on se retrouve aux commandes, particulièrement lorsqu’on gouverne un pays en crise. C’est là le problème : lorsqu’on s’assume comme représentant l’ensemble de la Nation, on est légitime à invoquer l’intérêt général pour mettre des bornes aux intérêts particuliers sans pour autant perdre en représentativité. Lorsqu’on se fait élire en promettant à chacun de faire avancer son intérêt particulier – voire sa marotte – il est difficile ensuite de revenir à l’intérêt général sans mécontenter tout le monde. Le politique se trouve alors obligé de choisir parmi ses promesses lesquelles il compte tenir et celles qu’il décide d’abandonner, et d’apparaître donc non pas comme le représentant de tous, mais comme le représentant des intérêts qu’il a choisi de soutenir. Et à force de répétition, ce processus finit par détruire les fondements de la République.

 

 

 

Si le FN monte ce n’est pas, contrairement à ce que raconte la « gauche radicale », parce que le gouvernement impose l’austérité. En France, les citoyens n’ont jamais refusé de faire des sacrifices lorsque ceux-ci s’inscrivaient dans un projet d’ensemble qui leur donnait un sens. On se souvient d’ailleurs que le gouvernement « austéritaire » de Raymond Barre a réussi à s’imposer lors des élections de 1978 alors que pourtant la gauche avait le vent en poupe. Le FN monte parce que les sacrifices sont imposés dans le plus grand désordre, qu’à l’heure de les imposer le pouvoir recule devant ceux qui gueulent le plus fort, que les arguments utilisées pour les justifier ne sont que des prétextes (4). Et qu’en fin de compte, ces sacrifices ne s’inscrivent pas dans un projet qui prépare un avenir radieux, mais tout au plus dans une logique de punition que nous devrions accepter humblement en signe de contrition pour nos fautes passées. Et le FN monte parce que devant ce désastre organisé par l’alternance PS-UMP, les autres organisations politiques n’arrivent pas à proposer une alternative crédible. Entre la ligne erratique et opportuniste d’EELV, la vision du Front de Gauche qui consiste à nier les problèmes et les chamailleries groupusculaires des souverainistes, personne n’est capable de dire « voici ce que je veux changer et voici comment je vais m’y prendre » et de s’y tenir au risque de mécontenter quelqu’un.

 

 

Voilà le contexte dans lequel on prépare des échéances électorales qu’on peut anticiper particulièrement acrimonieuses. Mais je laisse ce sujet pour un autre papier…

 

 

Descartes

 

(1) Les députées de gauche ont sérieusement perturbé la séance de questions au gouvernement avec cette affaire. On se demande d’ailleurs lequel est le plus puéril : le député qui imite la poule, ou la députée qui en fait un incident « sexiste ». Pour avoir assisté à des séances, je peux témoigner que les quolibets qu’on s’échange entre hommes sont souvent bien plus violents que cela. Je me souviens d’ailleurs d’une députée qui, il y a pas si longtemps, avait fait toute une affaire lorsqu’un collègue masculin avait lancé « c’est qui cette nana ? ». Si, pendant l’intervention d’un collègue masculin une députée s’était écriée « c’est qui ce mec ? », cela aurait été là aussi une « attaque sexiste » ? Soyons sérieux : que certaines députées utilisent l’instrument terroriste du « sexisme » pour se poser en victimes, on peut le comprendre. Après tout, le rôle de victime donne un avantage politique non négligeable, et de grandes carrières – n’est ce pas, Ségolène – ont été bâties sur cette technique. Mais Je doute fort qu’elles trouvent beaucoup de sympathie chez nos concitoyens – et concitoyennes – « d’en bas » qui font face à des discriminations bien plus graves et plus évidentes. Voire nos députées faire une crise d’hystérie pour quelques gloussements malencontreux n’aidera pas à convaincre les peuple que ses élus sont à leur écoute.

 

(2) Et on pourrait ajouter qu’il fait peur. Définir un cadre doctrinal implique qu’on ne peut plus faire n’importe quoi. Un cadre doctrinal oblige à dire « non » à certaines revendications, et donc à mécontenter certains intérêts. Le flou doctrinal permet au contraire de reprendre les « marottes » des uns et des autres sans craindre la contradiction.

 

(3) Et j’insiste : même si ce document émane du PCF, il est très représentatif de la manière comme les partis « institutionnels » fonctionnent. Vous trouverez des documents semblables dans tous les partis… mais seul le PCF est suffisamment inconscient pour les publier sans se rendre compte de ce qu’ils signifient.

 

(4) De ce point de vue, il n’est pas inutile de comparer le discours des ministres socialistes aujourd’hui en charge de la réforme des retraites avec ceux de leurs prédécesseurs sous la présidence Sarkozy… la ressemblance est plus que troublante.

 

 

 

 

Source : le blog de Descartes

Commenter cet article