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Publié par Diablo

La-lotta-di-classe.jpgReçu avec faveur ou passionnément discuté, un ouvrage de l'historien et philosophe italien Domenico Losurdo ne laisse jamais indifférent qui ne se résigne pas à considérer le capitalisme, sans cesse régénéré, comme la fin de l'histoire.

Poursuivant sa relecture de la théorie de Marx et Engels, Domenico Losurdo précise sa vision de la lutte de classe, avec son ouvrage paru ce mois de mars (non encore traduit en français)La lotta di classe. Una storia politica e filosofica (Editori Laterza, 2013).

Pour Marx et Engels, la lutte des classes avait été le moteur de l’histoire de toute société depuis que l'humanité avait dépassé le stade paléolithique : sous leurs yeux, au XIXe siècle, l'affirmation d'une économie industrielle s'accompagnait d'une lutte, parfois sanglante, entre capitalistes et prolétaires. De 1831 à 1871, la France en fut l'exemple, et ce blog en donne bien des échos. Les "barbares" campaient aux portes de nos cités.

Il fut vite de bon ton d'opposer aux tumultes révolutionnaires français l'intégration sans secousses notables des classes ouvrières des pays anglo-saxons, le modèle achevé étant le modèle des États-Unis, pays où l'existence d'une main d'œuvre servile, et l'accès relativement aisé des immigrants à la propriété terrienne, avaient bloqué toute véritable conscience de classe prolétarienne. Mais en fait, conteste Losurdo faisant sien le constat de Marx, la terrible Guerre de Sécession entre le Nord industriel et le Sud agricole et esclavagiste fut aussi une forme de la lutte des classes. Preuve s'il en est que cette lutte ne se limite pas à l'affrontement direct capitalistes - prolétaires.

Depuis, pour nombre d'historiens et d'observateurs, ce rôle moteur de la lutte des classes a été minimisé, puis carrément nié. Ainsi, les terribles péripéties guerrières du XXe siècle ont été présentées comme relevant d'autres logiques : affrontements économiques, politiques, ethniques, religieux, raciaux, entre nations et communautés humaines. On oublie ainsi un peu vite qu'avec la proclamation hitlérienne d'une race élue, ou la proclamation japonaise d'une nation supérieure, la seconde guerre mondiale fut aussi un des aspects de la lutte des classes, puisque ces deux puissances posaient en postulat la nécessité de transformer les peuples voisins en peuples esclaves, au service de leur potentiel économique capitaliste. 

Et cette vision hors-lutte des classes des conflits mondiaux perdure aujourd'hui, (et avec quelle force !) dans celle du fameux "choc" des civilisations... 

La notion de lutte des classes moteur de l'histoire a ainsi pu passer au rang des vieilleries inopérantes, d'autant que la notion même de classe semblait disparaître avec le nivèlement des différences sociales et des modes de vie, non seulement à l'intérieur des grands pays occidentaux, mais, progressivement, à l'échelle du monde. 

Malgré la persistance d'énormes poches de pauvreté et de misère dans ce pays phare du capitalisme, c'est aux États-Unis que s'est précocement affirmée cette négation de la lutte des classes par les idéologues du capital, qui allèrent jusqu'à verser les luttes de masse contre la ségrégation raciale au profit de l'American way of life... 

Ainsi, dès les années 1950-1960, aux applaudissements de la social-démocratie européenne, ceux qui se réclamaient encore de la lutte des classes étaient raillés ou vilipendés par les tenants de la « Pensée unique ». 

Aujourd'hui, devant l’aggravation de la crise économique et sociale, et la domination d'une véritable ploutocratie, nombre d’observateurs redécouvrent l'existence de la lutte des classes, qu’ils considéraient comme éteinte, dans les pays occidentaux. Les récents événements français en témoignent.

Mais, selon Losurdo, la lutte de classe n’est pas seulement celle qui dans les pays "développés" oppose, comme il l’écrit, « classes propriétaires et travail dépendent ».

Elle est aussi, écrit-il en se réclament de Marx, l’exploitation d’une nation par une autre. Marx avait montré comment la terrible exploitation de la paysannerie irlandaise par l'oppression britannique avait engendré une résistance "nationale" : la lutte sociale de la paysannerie s'exprimait en lutte nationale, forme concrète de la lutte des classes. Il en alla de même pour les réactions chinoises à la pénétration européenne. Puis, avec l'expansion irrésistible  de la « civilisation » bourgeoise occidentale, couverte d’une soi-disant mission civilisatrice impartie à la race blanche proclamée supérieure, le monde entier connut, directement ou indirectement, les affres de la colonisation. Les luttes mondiales contre l’oppression coloniale, qui se développèrent tout au long du XXe siècle (et que combattirent les sociaux-démocrates européens), furent incontestablement un des aspects de la lutte de classe, affirme Losurdo. Il en va de même aujourd'hui des luttes qui se mènent au sein des nouvelles nations, anciennement colonisées, pour conquérir une indépendance économique contre la prégnace du capital "occidental".

Et la lutte de classe, écrit encore Losurdo en se réclamant d’Engels, est aussi l’oppression du sexe féminin de la part du sexe masculin, oppression de plus en plus contestée et rejetée.

Ainsi, selon lui, dans les bouleversements qui accompagnent ce passage du XXe au XXIe siècle, la théorie de la lutte de classe se révèle plus opérante que jamais, à condition de l'envisager sous l'angle des trois formes d’exploitation et d’oppression qui subsistent : au niveau international, dans un seul pays, et dans le domaine de la famille.  

Losurdo insiste sur le fait que cette théorie ne doit pas, sous peine d'être absolument inefficace, se réduire à deux formes de populisme qui ignorent la multiplicité et la complexité des formes du conflit social.

D'un côté, un populisme généreux certes, mais facile, qui la résumerait en un conflit entre les humbles, uniques dépositaires des valeurs morales et spirituelles, et les puissants égoïstes. Populisme dont le corollaire fréquent est une sorte d’égalitarisme grossier que dénonçait Marx en son temps. Parallèlement, ce populisme peut s'accompagner d'une sorte d'aspiration à l'ascétisme, qui fait condamner le matérialisme consumériste des masses. À ce courant, très clairement, Losurdo oppose la croissance impressionnante et bienvenue du niveau de vie dans une Chine qu'il persiste à considérer comme un pays communiste.  

D'un autre côté, Losurdo refuse la conception de la lutte des classes popularisée par Negri et consorts, qui opposerait une bourgeoisie unifiée au plan mondial à une "multitude" unifiée par la disparition des barrières nationales. Tout au contraire, il souligne le rôle persistant du cadre national dans le développement inégal de la lutte des classes au plan mondial.

Le communisme dans tout cela ? Selon Losurdo, la concrétisation et l'accélération de la lutte de classe dans ses trois dimensions fut au XXe siècle inséparable de l'élan donné par la Révolution soviétique de 1917, dont l'importance demeure capitale. Au-delà des mécomptes du "socialisme réel" à la fin du XXe siècle, Losurdo affirme avec optimisme que "le gigantesque processus d’émancipation que porte le communisme est loin d’être arrivé à son terme".

On le voit, et j'écris cela sans ironie ni distanciation, l'ouvrage propose à da façon une vision très "berlinguerienne", que ne partageront sans doute guère les convertis à la "gouvernance" que sont les anciens communistes du Parti Démocrate Italien, aujourd'hui aux affaires...

Source: Le blog de René MERLE

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