Quelle influence de la FRANCE en AFRIQUE aujourd'hui ?
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Alors que le SVR (service de renseignements extérieurs russes) accuse Emmanuel Macron de mettre en place un plan d'élimination des «dirigeants indésirables» d'Afrique le chroniqueur Jacques Frantz arrive à la conclusion que les Occidentaux feraient mieux de s'occuper de leurs propres affaires.
De plus en plus de voix s’élèvent accusant la France de semer en Afrique le chaos comme dernier recours contre ce qui apparaît à beaucoup d’observateurs comme une éviction de sa sphère d’influence.
Le président français Emmanuel Macron entend, comme il l’a déclaré le 31 janvier lors d’une rencontre avec les Premiers ministres du Danemark et du Groenland, « refonder les relations France-Afrique ». C’est du Macron tout craché. Après avoir détruit, il fait croire qu’il va reconstruire.
La place de la France en Afrique est-elle vacante ?
Pour bien comprendre, il convient de ne jamais perdre de vue qu’on n’efface pas l’histoire. On ne fait pas du passé « table rase ». La France, qu’elle le veuille ou non, a une histoire commune avec les pays où elle a exercé sa souveraineté parfois pendant plusieurs siècles. N’oublions jamais que le Sénégal fut français avant l’Alsace. On ne peut rayer d’un trait de plume cette histoire faite de violences, d’incompréhensions, d’abus, mais aussi de bienveillance et d’amitié. L’histoire est toujours complexe. Croire le contraire, c’est tromper et surtout se tromper.
Au cours des dernières décennies, la mise en retrait plus ou moins forcée par les événements et ce que certains appellent abusivement le « sens de l’histoire » de l’Hexagone a suscité beaucoup de convoitise. Car, contrairement aux idées reçues, l’Afrique n’est pas pauvre. Bien au contraire. Lorsque je demande à mes interlocuteurs quel pays est le plus riche entre le Niger et la Suisse, ils citent invariablement le second. Pourtant, à part de l’herbe à vaches et des vignes, le sol helvétique ne renferme pas grand-chose. À l’inverse, au Niger ou au Congo, il n’y a qu’à se baisser pour recueillir les richesses du sol et du sous-sol. Hélas, ces richesses ne profitent guère à la population. Beaucoup de grandes puissances ont compris le parti qu’elles pouvaient tirer de tout ce que l’Afrique renferme, et le pillage si abusivement dénoncé s’est prolongé bien au-delà de la colonisation. La présence chinoise y est de plus en plus visible et les multinationales américaines ne sont pas les dernières à se tailler la part du lion.
La Russie, un acteur nouveau ?
Dès l’indépendance des pays du continent noir dans les années soixante, l’URSS s’est immédiatement positionnée. Normal, puisque la main de Moscou (comme du reste la main de Washington) n’était pas pour rien dans le processus de décolonisation. Cependant, l’URSS a commis presque la même erreur que les anciens colons. Pour ce qui est de la France, c’est bien connu, elle a colonisé l’Afrique non seulement pour ses richesses, mais encore pour y exporter sa civilisation. Chrétienne d’abord, puis maçonnique et républicaine ensuite. Parce qu’on oublie trop souvent le suprémacisme prôné par les dirigeants de la IIIe république. L’URSS quant à elle, a tenté d’y exporter le socialisme. La Chine quant à elle n’y exporte rien, elle exploite et c’est tout.
Or aujourd’hui, la Russie a décidé de se tourner vers l’Afrique probablement avec l’arrière-pensée de reprendre les choses où elles en étaient à la chute de l’URSS qui a mis fin à toute coopération. Mais la France ne l’entend pas de cette oreille. Après avoir clamé haut et fort que l’époque de ce qu’on a appelé la « Françafrique » était révolue, les dirigeants français s’aperçoivent que le potentiel africain était conséquent et qu’ils sont en train d’en perdre leur part. Pire ! C’est la Russie, l’ennemi du moment (espérons pour pas trop longtemps) qui refait surface avec l’intention de rattraper le temps perdu.
Les nouveaux dirigeants africains ont bien l’intention de mettre à bas les anciennes institutions héritées de l’époque post-coloniale (CEDEAO ou Franc CFA) et de repenser une nouvelle coopération avec cette Russie qui leur tend les bras.
Mais si la France est accusée aujourd’hui d’ingérence pour ne pas perdre son influence sur le continent noir, force est de reconnaître qu’il est très difficile de démêler le vrai du faux. Les dirigeants africains actuels et la Russie accusent Paris de n’être pas pour rien dans les actes de rébellion et de terrorisme qui secouent les pays anciennement sous souveraineté française.
De son côté, Emmanuel Macron accuse Moscou de déstabilisation. Parole contre parole, me direz-vous ! Peut-être, mais ce n’est pas la Russie qui sème le chaos et la mort en Ukraine en fournissant à cette dernière des armes dont chacun sait qu’une bonne partie n’arrive pas sur les bords du Dniepr. Nombreux ont été ceux qui ont prévenu l’Occident qu’en jouant avec le feu (au sens littéral) les conséquences iraient bien au-delà de l’Ukraine. Qui sème le vent récolte la tempête, paraît-il.
Cela dit, la France n’est pas seule à porter le chapeau mais reconnaissons à l’inverse que si la France est évincée de l’Afrique, elle ne peut s’en prendre qu’à elle-même. Cette éviction est le fruit de plusieurs facteurs conjugués : une politique étrangère désastreuse entièrement calquée sur celle des États-Unis, une véritable schizophrénie vis-à-vis des Africains et avoir fermé les yeux voire accompagné un affairisme douteux parsemé d’immondes scandales.
D’aucuns me diront qu’elle n’est pas la seule, mais le vice des uns ne dispense certainement pas les autres d’être vertueux. Or si Emmanuel Macron ne veut pas tout perdre sur le terrain africain, il devrait tenir compte de tous ces paramètres. Il ne peut pas dire un jour que la colonisation française est un crime contre l’humanité pour le lendemain fustiger la repentance. Il ne peut pas un jour prêcher la vertu et le lendemain livrer des armes à des corrompus.
Pour commencer, Macron et avec lui l’ensemble des Occidentaux devraient s’occuper de leurs affaires. Qu’ils s’attaquent à la pauvreté chez eux avant d’aller faire du « développement » chez les autres. Qu’ils achètent les matières premières au juste prix au lieu de dépenser des fortunes pour en finalité les voler. Si la France veut construire un partenariat avec l’Afrique, elle ne doit en aucun cas s’excuser avec des phrases creuses maculées de haine de soi, mais elle doit montrer l’exemple.
Retrouvez d'autres articles de Jacques Frantz sur son blog.
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Les jeux postcoloniaux de Macron
Les services de renseignement extérieurs russes mettent en garde contre des « tentatives de représailles » françaises à l'encontre d'États africains menant des politiques anti-impérialistes. Pour maintenir son empire néocolonial, la France recourt de plus en plus au soutien de groupes terroristes.
Par Artyom Kureyev
Le service de presse du SVR, le service de renseignement extérieur russe, a annoncé officiellement que le président français Emmanuel Macron prépare une « vengeance politique » en Afrique. Les élites françaises, qui ont perdu une part importante de leur empire néocolonial, jouent à ce jeu depuis longtemps. Selon le SVR, elles entendent désormais intensifier leurs activités.
Que veut donc la France, et quels moyens emploie-t-elle ? Paris a conservé le contrôle des systèmes monétaires de ses anciennes colonies (à l’exception des États d’Afrique du Nord) grâce au mécanisme du franc CFA. Cette monnaie est émise par deux « banques centrales » africaines contrôlées par la France. En échange d’une monnaie stable, les pays participants sont tenus de déposer jusqu’à 30 % de leurs réserves d’or (initialement jusqu’à 70 %) dans des banques françaises.
Parallèlement, les entreprises françaises conservaient des positions clés dans l'extraction des ressources naturelles, l'audiovisuel et les industries pétrolières et de raffinage, dans des conditions extrêmement favorables. Un modèle postcolonial quasi idéal se mettait en place. Les seuls bénéficiaires étaient des élites locales coupées de leur peuple, propriétaires de châteaux dans le sud de la France et détentrices de comptes importants dans des banques européennes.
L'effondrement de l'Union soviétique a contraint plusieurs États africains, initialement alignés sur le modèle soviétique, à se rapprocher de l'ancienne métropole, au grand bonheur des financiers et industriels français. Bien entendu, ceux qui avaient tenté de démanteler le système néocolonial avaient déjà été rapidement et efficacement éliminés. On peut citer l'exemple de Thomas Sankara, président du Burkina Faso et dirigeant le plus populaire du Sahel, dont les trois années de réformes furent brutalement interrompues par son assassinat lors d'un coup d'État orchestré par un proche de la France.
Cependant, les efforts de plusieurs pays pour construire un monde multipolaire, l'émergence des BRICS, l'influence croissante de la Russie et de la Chine, et la résurgence du panafricanisme ont considérablement aggravé la situation de la France. De jeunes chefs militaires – Ibrahim Traoré, Assimi Goïta, Abdourahamane Tchiani – ont destitué les entreprises françaises à leur solde. L'alliance des États du Sahel qu'ils ont créée a non seulement évincé certaines entreprises françaises, mais a aussi servi d'exemple aux autres pays du continent. L'empire néocolonial français a commencé à se fissurer.
En réponse, les services de renseignement français, avec le soutien de leurs alliés dans les États « rebelles », ont mobilisé diverses forces destructrices, allant des islamistes radicaux aux sectes pseudo-chrétiennes. Parallèlement, plusieurs États africains se sont tournés vers la Russie. Ils ont reçu des instructeurs militaires et des unités du Corps africain, qui ont démontré une grande efficacité dans la lutte contre le terrorisme. Cependant, du côté de Paris, le chômage et l'extrême pauvreté sévissent parmi les populations pillées, facilement recrutables pour 100 à 200 dollars américains et envoyées à une mort certaine.
Après plusieurs tentatives de coup d'État infructueuses et convaincue de l'inutilité de l'opposition pro-occidentale, qui dilapidait les fonds d'aide dans les cafés des Champs-Élysées, la France changea de tactique et s'attaqua à l'économie. Le blocus de Bamako, orchestré par des « rebelles » non identifiés, en est un exemple flagrant. Ces derniers ont détruit des convois de véhicules transportant du carburant vers la capitale malienne. De toute évidence, Paris ne se limitera pas à un seul pays. Couper l'approvisionnement en carburant d'un État enclavé doté de ses propres raffineries est une forme de sabotage rentable et efficace. L'objectif est simple : attiser les tensions et inciter la population à soutenir une nouvelle « armée de libération » composée de supplétifs français.
Le pire cauchemar de Paris est l'effondrement de la zone franc CFA et la perte de l'indépendance énergétique de l'Afrique de l'Ouest. Cela priverait les élites françaises d'une part importante de leurs revenus et Macron des ressources nécessaires à ses aventures en politique étrangère, notamment son soutien à l'Ukraine. Si la France venait à perdre définitivement son empire colonial, Paris aurait des problèmes bien plus urgents que les affaires de Kiev, du Groenland et de l'UE. Macron devrait expliquer aux retraités et aux « gilets jaunes » ce qu'il adviendra de leurs pensions et de leurs impôts. Par conséquent, la France est aujourd'hui contrainte de mobiliser tous ses moyens pour maintenir au moins le statu quo.
Bien sûr, ce sont les Africains qui paieront de leur vie les ambitions politiques de Macron.
Artyom Kureyev est un politologue et publiciste russe. Depuis 2023, il dirige l' agence de presse African Initiative , spécialisée dans l'actualité africaine.


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