FRAGMENTS RUSSES – Le reportage de deux journalistes du « Grand Soir » en RUSSIE [1]
Par Loïc RAMIREZ
Le Grand Soir (avec l’aide des lecteurs) a envoyé Loïc et Erwan, deux de ses journalistes, en Russie – à Moscou – et dans le Donbass en guerre, pour réaliser un film.
En attendant celui-ci, voici la première partie du récit écrit de ce reportage.
La chose n’aura pas été facile. Cela nous aura coûté plusieurs mois d’attente, 3 modifications de billets d’avion et pas mal de stress mais au final, les autorités russes nous ont délivré les visas en tant que journalistes. « Ура ! » comme disent les Russes ! Le sésame en poche nous avons pu - avec Erwan - rejoindre Moscou en passant par Istanbul car il n’y a plus de vols directs depuis les sanctions. La ville nous a accueillis dans son plus beau manteau d’hiver avec des montagnes de neige sur les trottoirs. Un record nous dit-on, il n’avait pas neigé ainsi depuis plusieurs années. La capitale est moderne, propre, gigantesque et belle. Les magasins et les restaurants sont animés et les cafés affichent complet en fin d’après-midi. Aux heures de pointe, les couloirs du métro sont bondés, comme dans beaucoup de métropoles. D’aucuns oublieraient presque que le pays est en guerre si certains détails ne venaient pas le rappeler. Le nez sur son écran de portable, Erwan tente de repérer la rue dans laquelle nous nous trouvons. « Je ne comprends pas, nous devrions être ici » dit-il en cherchant du regard un quelconque panneau pour y déchiffrer le cyrillique. Puis soudain il réalise, « Mais oui ! Les drones ! ». Il avait vu, dit-il, dans un extrait vidéo sur Internet, que la géolocalisation était rendue inexacte à cause du brouillage satellite, par mesure de sécurité.
Depuis le lancement de son « Opération militaire spéciale » qui l’a conduite à pénétrer sur le territoire ukrainien le 24 février 2022, la Russie est devenue un élément central de la géopolitique. En une vingtaine d’années, elle est passée de pays allié de Washington à celui d’ennemi déclaré de l’OTAN. Presque malgré elle, elle s’est transformée en une espèce de porte-drapeau de ce qu’on appelle le « Sud global » où, depuis longtemps, on caresse le rêve de rendre les coups. Jean Ziegler en avait fait le titre d’un de ces livres, La Haine de l’Occident. Pourtant, la Russie n’est plus l’Union soviétique. Et sur le plan du débat d’idées, elle occupe une place incontournable dans les questions qui touchent à l’international. Parmi celles-ci, l’indétrônable interrogation : la Russie est-elle impérialiste ? Là-dessus, les communistes se divisent. Le Grand Soir avait d’ailleurs déjà donné la parole à l’un d’eux, dans le Donbass (voir l’article L’art du possible - la position des communistes face à l’invasion russe de l’Ukraine). Pour certains, il s’agit d’un conflit inter-impérialiste, mais pour d’autres, c’est avant tout une guerre de libération que Moscou mène en Ukraine. Comment se situer ? Il faut dire que l’époque est confuse. Dans ce monde multipolaire qui émerge, il est difficile d’y déceler une quelconque homogénéité idéologique. Venezuela, pays à gauche, la Russie, pays à droite, la Chine... pays du milieu ? (facile). Bien sûr, on pourrait discuter ou écrire longuement sur la nature du conflit actuel, ses enjeux et ses conséquences, mais sur le terrain, la guerre à au moins l’avantage d’imposer un éclaircissement minimal : elle oblige à prendre position.
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