FRAGMENTS RUSSES – Le reportage de deux journalistes du « Grand Soir » en RUSSIE [2]
Par Loic RAMIREZ
Le Grand Soir (avec l’aide des lecteurs) a envoyé Loïc et Erwan, deux de ses journalistes, en Russie – à Moscou – et dans le Donbass en guerre, pour réaliser un film. En attendant celui-ci, voici la deuxième partie du récit écrit de ce reportage.
Le Donbass tire son nom de la contraction de “Bassin du Donets”, le Donets étant un affluent du fleuve Don. Situé dans l’extrême sud-est de l’Ukraine, le territoire est désormais de facto intégré à la Fédération de Russie. Pour nous y rendre, il a d’abord fallu descendre au sud du pays, à Rostov-sur-le-Don. Plus de 24 heures de train, à travers l’immensité blanche du territoire, ont été nécessaires pour nous y rendre. Et quelques heures de route en plus. « Vous voulez vous rendre à Donetsk ? La République populaire de Donetsk ? » demande avec insistance l’employée assise derrière le guichet de vente de billets de bus. « Oui, oui, Donetsk. » À voir sa réaction, il est évident que la présence d’Occidentaux y est rare. Pourtant, à Rostov, les va-et-vient sont nombreux. La gare autoroutière et ses alentours sont remplis d’hommes en uniforme vert olive qui se rendent ou reviennent du front, le paquetage sur le dos. Beaucoup ont le visage typique des populations d’Asie centrale, rond et dur, et les yeux bridés. Sur les vestes, chacun affiche son patch ou insigne auto-agrippant : le drapeau russe avec la lettre Z, celui de l’Union soviétique ou encore d’autres, plus farfelus. Les boutiques qui les vendent sont légion.
Le trajet devait durer 4 heures. Une fois arrivés au poste frontière qui sépare la Russie de (ce qui était ?) l’Ukraine, tous les passagers doivent descendre du bus. En file indienne, il faut présenter ses papiers à l’officier. Une fois les nôtres sous son nez, celui-ci s’active à communiquer cela à ses supérieurs. Sans surprise, c’est l’interrogatoire qui nous attend. Au loin, le chauffeur de bus qui nous observait a deviné qu’il devrait patienter beaucoup plus que prévu à cause de nous. Il grommelle quelque chose et puis retourne à son siège pour éteindre le moteur du véhicule. « Journalistes ? », demande le jeune homme en uniforme qui nous accueille dans son bureau. « Oui, pour un média français, Le Grand Soir. » « Lé Gran... Sua ? », demande-t-il avant de vérifier l’orthographe sur l’accréditation que nous lui présentons. Quelques questions basiques concernant notre projet, la durée prévue sur place, et puis, détendu, il nous demande si on aime le football. « Vous êtes pour le PSG ? » Une femme en uniforme vient couper court à la conversation et lui rappelle que le bus nous attend. « Si vous repassez par ici au retour, et que je suis là, on pourra continuer à parler », lance-t-il avec un sourire. Gênés, nous retrouvons le reste des passagers qui nous toisent gentiment. « C’est bon ? On peut y aller ? » Le bus repart.
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