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Publié par Michel El Diablo

pilotes-allemagne.png

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Chez nous, la grève des pilotes d'Air France conduit à de violentes réactions anti-syndicales de notre gouvernement contre le « corporatisme », appelant à l'arrêt de la grève. En Allemagne aussi, les pilotes luttent contre une direction qui cherche à détruire leurs acquis sociaux.

 

La direction de la Lufthansa a eu peur très peur d'un mouvement massif ce mardi 16 septembre, pour ce qui devait être la quatrième journée de grève en deux semaines, convoquée par le syndicat des pilotes VC (Vereinigung Cockpit), à l'aéroport de Francfort pour les long-courriers.

 

Dans la soirée de lundi, elle a abandonné son intransigeance et proposé de retourner à la table des négociations. Les pilotes ont « suspendu » le mouvement.

 


550 vols annulés en deux semaines : les aéroports allemands perturbés

 

La Lufthansa a craint une convergence périlleuse avec le mouvement des pilotes d'Air France, elle subit par ailleurs des pertes qui s'élèvent entre 5 et 15 millions d'euros par jour de grève. Elle ne pouvait se permettre de voir le premier aéroport du pays, le hub de Francfort, paralysé.

 

Il faut savoir que la Lufthansa est la première compagnie aérienne européenne, avec 100 millions de voyageurs par an, et la deuxième du monde pour son chiffre d'affaires. Elle engendre depuis sa privatisation en 1997 des profits constants : 1,2 milliards d'euros en 2012.

 

La compagnie veut remettre en cause les conditions de départ à la retraite des pilotes, cherchant à imposer le travail pour les pilotes aptes jusqu'à 65 ans, et limiter fortement les départs en retraite anticipée – à 60 % du salaire –, en rehaussant le seuil de 55 à 60 ans.

 

Le syndicat des pilotes refuse cette casse de leurs acquis. Ils ont déjà lancé une grève de trois jours du 1er au 4 avril, qui a été qualifié degrève la plus importante du secteur aérien allemand.

 

Elle avait conduit à l'annulation de près de 4 000 vols, la perte de 60 millions d'euros pour la Lufthansa. Les pilotes réclamaient aussi le retrait d'un plan de licenciement de 3 500 employés et une hausse des salaires de 10 %.

 

Depuis deux semaines, la lutte a repris avec une intensité retrouvée. D'abord, le 28 août la grève à Cologne dans la fillière low-cost Germanwings, qui a touché 15 000 passagers, avec l'annulation de 116 des 164 vols inter-régionaux prévus.

 

Puis ce fut le mouvement des pilotes de la Lufthansa le 5 septembre, de 15 à 21 h, à l'aéroport de Francfort forçant la direction à annuler 218 vols, concernant 25 000 passagers.

 

La troisième grève a porté le terrain de la lutte à Munich, le 10 septembre. Cette fois, ce furent 140 vols transportant 13 000 passagers qui durent être reportés.

 


La peur d'une convergence avec les pilotes d'Air France

 

Le quatrième mouvement devait marquer une montée en puissance, ce 16 septembre, à l'aéroport de Francfort touchant une structure où sont employés 75 000 personnes – premier lieu de travail du pays – alors que les pilotes cherchaient à perturber les longs-courriers, de 9 à 17 h.

 

Si la direction de la Lufthansa a fait la sourde oreille jusque-là, choisissant le bras de fer, la détermination du syndicat des pilotes, la perspective d'une convergence avec la grève des pilotes d'Air France a changé la donne.

 

Le syndicat VC a ainsi publié un communiqué prudent le matin du 16 septembre expliquant sa décision de suspendre le mouvement : « Le syndicat est toujours prêt au dialogue. Mais dans la situation actuelle, il n'est pas sûr que soient écartée la perspective de la lutte sociale ».

 


Chemins de fer, transport aérien : une lutte pour le droit de grève

 

Les syndicats de base comme VC dans le transport aérien, GDL dans les chemins de fer sont une épine dans le pied terrible pour le patronat allemand, alors que la centrale syndicale unitaire DGB joue pleinement son rôle dans la « co-gestion » en étouffant les mouvements sociaux.

 

Depuis le début de l'année, le gouvernement de « grande coalition » CDU (droite) – SPD (social-démocratie) est à l'attaque sur la remise en cause du droit de grève au nom de la tariffeinheit (unité de négociation), la forme allemande de la représentativité syndicale.

 

Selon cette disposition héritée de la loi restrictive de la RFA en 1950, un seul syndicat ne peut être reconnu par entreprise, branche d'activité. Il est seul apte à négocier, seul habilité à faire grève. C'est le socle de la « co-gestion », la collaboration des syndicats avec le patronat allemand.

 

Cette « unicité syndicale » a été remise en cause par l'émergence de syndicats de base, souvent d'origine catégorielle, dans les transports (chemins de fer, transport aérien) qui se révèlent plus combatifs que ceux intégrés à la confédération syndicale unitaire.

 

Une enquête de l'Institut d'études pro-patronal IW, menée par Hagen Lesch, sur 123 conflits du travail a ainsi montré que les syndicats dits catégoriels (de « base ») allaient plus souvent au conflit que les autres.

 

C'est pourquoi la BDA (l'organisation patronale allemande) et la DGB ont fait front commun dès 2010 pour revenir sur la décision de la Cour fédérale du travail de reconnaître la « tariffpluralitat » (pluralité syndicale de négociation) qui permettait aux syndicats de base d'avoir une réalité.

 

Le gouvernement actuel, sous la plume de la Ministre du Travail social-démocrate Andrea Nahles, propose actuellement un projet de loi qui réaffirmera l' « unité de négociation » dans l'appareil juridique allemand, entravant la possibilité des syndicats non-reconnus comme VC dans le transport aérien ou GDL dans les chemins de fer d'entamer des mouvements de grève.

 

Dans le contexte actuel, cela signifie une remise en cause gravissime du droit de grève, dans un pays où, rappelons-le, le droit de grève est toujours refusé aux fonctionnaires.

 

Après la lutte des conducteurs de train qui a paralysé 90 % du trafic ce lundi 1er septembre, ces grèves répétées des pilotes de la Lufthansa inquiètent le patronat allemand. En France, comme en Allemagne, la convergence des luttes est une nécessité face à l'ampleur des attaques du patronat contre le droit de grève.

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