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Publié par Michel El Diablo

BRN-titre

Nous y sommes. Pour établir le budget de la France, le gouvernement négocie, non plus guère avec le Parlement – dont c’était pourtant la raison d’être historique : lever l’impôt – mais avec Bruxelles, officiellement ; et avec Berlin, plus officieusement. Certes, ce n’est pas la première fois que les décisions budgétaires se trouvent sous la pression de l’Union européenne.

 

Il convient cependant de ne pas banaliser cette rupture historique : la subordination des décisions les plus politiques à des instances extérieures au peuple est aujourd’hui avouée et assumée. Le renforcement de la « gouvernance économique européenne », à la faveur de la crise de l’euro, est passé par là. Lorsqu’en 2010, Edouard Balladur, le premier, proposa de confier à l’UE les doubles commandes budgétaires des Etats ayant adopté la monnaie unique, même certains partisans de l’Europe jugèrent cette idée « excessive ». Quatre ans plus tard, la mainmise est devenue très concrète. Paris est sous pression pour aller au-delà des 21 milliards de coupes prévues dans les dépenses publiques – un montant déjà sans précédent – et pour mettre en œuvre fissa lesdites réformes structurelles.

 

Parmi celles-ci, le projet de loi visant à « libérer l’activité » – un intitulé délicieusement orwellien – présenté par le sémillant ministre de l’Economie, Emmanuel Macron. Le texte repose sur l’hypothèse aussi classique que douteuse, selon laquelle plus de concurrence entrainerait automatiquement une baisse des prix, et donc une relance de l’économie. Passons sur le paradoxe de la démarche au moment où l’on redoute le spectre… de la déflation, pour constater ceci : renforcer la concurrence entre pharmacies, ouvrir la vente de certains médicaments aux grandes surfaces, voire encourager leur distribution par Internet, tout cela risque d’entraîner des licenciements dans les officines ; favoriser le transport de voyageurs par autocar, évidemment au détriment du rail, voilà qui ne cadre guère avec les tirades sur la protection de l’environnement ; quant à la baisse espérée des tarifs des huissiers, elle réjouira surtout les bailleurs pressés de faire décamper leurs locataires en difficulté. En outre, prétendre lutter ainsi contre le chômage, au moment même où une usine disparait tous les deux jours dans l’Hexagone, apparaît comme dérisoire, grotesque, voire provocateur.

 

La France joue la musique européenne également dans un autre domaine, celui de la « transition énergétique ». Dans ce cas, elle entend même faire figure de « bon élève ». Au programme notamment, tant dans la loi présentée par Ségolène Royal que dans le « paquet énergie-climat » arrêté lors du sommet européen du 23 octobre, une réduction drastique de la consommation énergétique d’ici 2030 puis 2050. Sur la forme, on touche à l’absurde : alors même que les simples prévisions de croissance se révèlent fausses six mois après leur publication, on fixe sans rire des objectifs valant pour dans… quarante ans, comme si des dizaines de bouleversements géopolitiques et de percées technologiques aujourd’hui inimaginables ne devaient pas se produire d’ici là. Sur le fond, projeter de telles restrictions de consommation énergétique suppose qu’on a définitivement renoncé à renouer avec une croissance vigoureuse.

 

Tel apparait le tableau enthousiasmant dessiné aujourd’hui par l’état d’esprit bruxellois : stagnation (au mieux) de l’activité économique, concurrence et déréglementation accrues, « assouplissement » du Code du travail – M. Macron propose par exemple de libéraliser le travail du dimanche et en soirée. Et, pour tenter de faire accepter tout cela, des négociations se sont ouvertes le 9 octobre sur la… « modernisation du dialogue social ».

 

Devenu l’autre attribution du Commissaire européen chargé de l’euro, leditdialogue social n’est peut-être que l’antidote rêvé par les puissants face au spectre qui les hante secrètement : celui de la révolte sociale.

 

Un spectre qui pourrait bien finir par devenir réalité.

 

PIERRE LÉVY

Octobre 2014



source: BRN

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