RÉFUGIÉS: une « chance » mais pour qui ?
Ci-dessous l’éditorial paru dans l’édition de Ruptures datée du 29 septembre 2015. Il traite du dossier « migrants/réfugiés », en soulignant les intérêts cachés, et les objectifs de l’UE. Le dossier est brûlant : n’hésitez pas à faire circuler ce texte.
Pierre Gattaz, président du Medef : « les migrants sont un atout pour la France » ; Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne : ils doivent devenir une « ressource bien gérée » ; Dieter Zetsche, PDG du grand groupe allemand Daimler : « quand on pense à l’avenir, on ne doit surtout pas les renvoyer ». Bref, l’immigration constitue « une chance » remarquable
Une chance – mais pour qui ? L’identité même de ces humanistes bien connus donne quelques indices quant aux véritables intérêts en jeu. Le premier s’applique spécifiquement à l’Allemagne : les entreprises d’outre-Rhin manquent de main d’œuvre, martèlent leurs chefs, un phénomène qui ne peut que s’aggraver dans la décennie à venir, pour des raisons démographiques. Certains recruteurs n’attendent même pas que les migrants aient effectué leurs premières formalités avant d’embaucher – comme apprentis ou stagiaires… – les nouveaux venus. Cette réalité ne doit cependant pas faire oublier une situation sociale allemande qui est loin d’être idyllique, avec les millions de travailleurs pauvres, de précaires, de chômeurs déguisés en « auto-entrepreneurs » forcés
Le deuxième aspect concerne aussi la France, et s’affiche évidemment moins ouvertement : plus la concurrence sur le marché du travail se renforce, plus les propriétaires du capital comptent pouvoir imposer une baisse du prix du travail(lire p. 7). Une habitude aussi vieille que le capitalisme, mais qui n’a rien perdu de son actualité. Enfin, un troisième objectif pourrait bien exister, au moins à titre d’hypothèse car nul ne le revendiquera : certaines forces ne seraient-elles pas intéressées à tenter de déstabiliser en profondeur les sociétés des différents Etats-nations européens
Nul ne quitte son pays pour le plaisir, a fortiori au péril de sa vie et de sa famille. Ceux qui fuient la guerre et les atrocités de l’Etat islamique, ceux qui croupissent dans des camps où leur avenir paraît sans issue, obéissent à un réflexe compréhensible. Cela ne doit cependant pas empêcher de mesurer les conséquences de flux migratoires qui s’amplifient de jour en jour. Gageons ici que la compassion de milliers d’Allemands magnifiée par les médias français ne durera pas. 800 000 ou 1 million d’arrivants au sein de la République fédérale, un rythme censé se poursuivre dans les années à venir, qu’on le veuille ou non, cela représente une bombe aux conséquences qu’on ne mesure pas encore. A supposer que les problèmes d’accueil d’urgence soient résolus – ce qui est loin d’être le cas – pense-t-on laisser des années durant les migrants dans des gymnases ou des préfabriqués ? Alors que plusieurs grandes villes avaient récemment tiré la sonnette d’alarme quant aux services publics totalement saturés (école, santé, aides sociales…), comment vont-elles pouvoir faire face à une telle situation ?
Et si en France l’ordre de grandeur est bien plus modeste, on n’échappera pas aux mêmes questions. Pendant quelques jours s’est développée une campagne mettant en avant initiatives de collectivités et de citoyens sur le thème : on va créer les conditions pour que nul ne se retrouve à la rue. Une mobilisation qui paraît soudain si simple… et qui devrait laisser perplexes les millions de mal logés (quelle que soit la couleur de leur peau) attendant un toit digne depuis des années.
Cet élan, respectable, relève, si les mots ont encore un sens, de la charité. Un concept qui n’est pas infamant, mais qui n’a rien à voir avec la solidarité. Là où la charité tente de panser les plaies par un don compassionnel, la solidarité relève d’un combat commun qui s’attaque aux causes. En l’espèce, la liste des pays d’origine – Syrie, Irak, Afghanistan, Soudan, mais aussi Kosovo – dessine la carte exacte des guerres occidentales de la dernière décennie.
S’agissant de la Syrie en particulier, la solidarité ne consiste pas à aspirer les médecins, ingénieurs ou professeurs qui manqueront tant à la reconstruction de l’avenir de ce pays, mais à faire cesser l’aide, l’armement et les financements occidentaux qui entretiennent la guerre contre Bachar el-Assad menée par des combattants de plus de cinquante nationalités différentes.
Car si les réfugiés franchissent aujourd’hui par milliers les points de contrôle et les mers, c’est avant tout parce que les dominations impériales se sont imposées… sans frontières.
C’est cela, avant tout, qui doit cesser.


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