L’AMÉRIQUE LATINE entre turbulence et résistance
Alex Anfruns, Romain Migus
14 mars 2016
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Sociologue installé en Amérique Latine depuis de nombreuses années, Romain Migus est un observateur privilégié du rôle des mouvements sociaux qui ont réussi à contrecarrer les politiques d'austérité du FMI depuis plus d'une décennie. Alors que la droite est actuellement en train de récupérer des espaces de pouvoir - tant au Venezuela qu'en Argentine- et continue à menacer la Bolivie et l'Equateur avec l'appui des Etats-Unis, nous nous demandons quels sont les défis des processus révolutionnaires dans l'immédiat et dans la durée. Romain Migus répond à nos questions.
Cette interview est extraite du Journal de Notre Amérique du mois de mars (n°12, à paraître)
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- Commençons par le début. Après avoir souffert des politiques du FMI pendant les années 80 et 90, les mouvements sociaux d’Amérique Latine firent émerger au début des années 2000 des leaders qui, pour la première fois, ressemblaient à leurs peuples : Evo, Lula, Chavez... Comment ce bouleversement politique a t-il été rendu possible ?
Après la chute du mur de Berlin et le démembrement de l´Union Soviétique, la gauche - c´est à dire tous ceux qui portaient un discours et une pratique politique orientés à la défense du travail et des classes populaires - s´est trouvée brusquement orpheline de ce qui fut le grand référent des luttes au cours du XXe siècle. Du coup, face au néolibéralisme triomphant, il a fallu se réinventer.
Ce n´est pas un hasard si les premières révoltes contre la « fin de l´Histoire » nous vinrent de l´Amérique Latine puisque, dès 1973 et le coup d´Etat de Augusto Pinochet, ce continent a été le laboratoire de l´implantation des théories néolibérales. En 1989 d´abord, la révolte du Caracazo au Venezuela a matérialisé dans le sang des victimes (2000 morts) le refus de ce modèle économique générateur de misère et d´exclusion sociale. De même, le cri de la jungle Lacandone et l’irruption sur le devant de la scène de l´Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) s´inscrivaient dans ce rejet du modèle néolibéral et la construction d´alternatives.
Face aux bouleversements et aux renoncements d´une gauche dont le but avait toujours été la prise de pouvoir, on a pu constater à cette époque l´émergence d´une nouvelle gauche radicale en rupture avec le marxisme « orthodoxe », ses pratiques politiques et sa phraséologie.
Racontez-nous de quelle façon la gauche s’est renouvelée
Les mouvements sociaux remplacèrent les partis, les « multitudes » se substituèrent aux classes sociales. Puisque le « Pouvoir » ne correspondait plus au Pouvoir d´Etat, comme l´ont ensuite souligné certains auteurs de l´époque (je pense évidemment à John Holloway, figure intellectuelle incontournable de ce changement d´Epistémè), l´organisation d´une partie de la société en vue de gagner les espaces politiques de l´administration de l´Etat devint une chimère.
Les mouvements sociaux se révélèrent néanmoins être une puissante force de lutte contre les conséquences du néolibéralisme, plus à même de convoquer et d´organiser les populations que les structures traditionnelles de contestation (partis communistes ou révolutionnaires, syndicats) en crise depuis la disparition du bloc soviétique.
Tant le Mouvement des Sans Terres au Brésil (MST) que la Confédération des Nationalités Indigènes (Conaie) en Equateur ou encore les associations de voisinages en Bolivie et le mouvement Piqueteros en Argentine, tous ont joué un rôle prépondérant non seulement dans la résistance au Consensus de Washington mais aussi pour imposer dans l´agenda politique de leurs pays respectifs des idées « nouvelles » (l´écologie politique ou l´égalité de genre) ainsi que des sujets aussi anciens que la lutte des classe : justice sociale, vivre-ensemble, éducation, santé publique de qualité, etc.
Ces années de lutte ont été un réservoir d´idées mais aussi de pratiques politiques et discursives pour faire émerger un nouveau leadership régional. Face à des peuples dévastés par deux décennies de néolibéralisme, le discours anti-néolibéral et patriotique s´est avéré comme le mieux à même de porter une alternative au pouvoir.
La suite de l'interview est à lire sur le site INVESTIG'ACTION (ici)


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