MÉLENCHON manque de peu le second tour : trop de bobos, pas assez de prolos ! [article mis à jour le 26 avril]
Le point de vue de Gilles Questiaux Réveil Communiste :
Jean-Luc Mélenchon n'aura donc pas réussi à atteindre le second tour. C'est dommage. Je n'ai jamais été un inconditionnel de son programme, loin de là, mais j'ai de la sympathie pour le personnage. Il a l'étoffe d'un grand dirigeant.
Il a eu le courage d'être le candidat de la paix, et de proposer un véritable changement social dans l'intérêt des classes populaires.
Il a contribué aussi à la ruine du PS, cette formation qui trahit le peuple depuis sa création, en 1920.
Je n'ai pas mis en avant les limites de sa campagne, pendant sa campagne, pour des raisons évidentes. Maintenant, il est temps d'analyser ce qui est un succès pour la formation politique qu'il a créé pour la porter, mais reste une défaite pour parler concrètement : la France ne quittera pas l'OTAN, la loi El Khomri restera et sera aggravée. Et la cantine scolaire ne sera pas rendue gratuite.
Il obtient environ 19% des voix, ce qui parait un score honorable. Cependant ce qu'il est encore convenu d'appeler "la gauche" ne réunit pas plus de 27% ! Il semble donc que Jean-Luc Mélenchon se soit trompé de stratégie en tentant de phagocyter la candidature Hamon, qui avait été lancée précisément pour lui faire concurrence avec un discours de pseudo-radicalité. Alors qu'il avait dit lui-même, à ceux qui lui demandaient de se retirer face aux sondages truqués qui le mettaient derrière Hamon, que leurs électorats n'étaient pas compatibles. Et il était pendant ce temps-là trop aimable avec l'ennemi principal. Il a ménagé les préjugés géopolitiques de l'électorat socialiste, il a tiré sur l'ambulance Fillon, et il a laissé passer tranquille le petit banquier. Fatale erreur.
Ayant assisté au débat télévisé dont il s'est pourtant bien sorti, je n'ai jamais cru que ces simples apparitions justifiaient sa remontée dans les sondages d'opinion. Les sondeurs l'ont simplement ramené au niveau réel où il se trouvait depuis le milieu de l'automne, à un niveau réaliste, leur crédibilité future étant en cause.
Significativement, il a choisi de consacrer à l'Est parisien sa dernière semaine, et ce district embourgeoisé depuis longtemps n'en valait pas la peine. Il s'est affiché symboliquement dans la péniche du Canal Saint Martin aussi loin que possible de la France périphérique des perdants de la mondialisation. Lors de son multi-meeting, il a aussi effectué un rétropédalage sur la question européenne («ne les croyez pas, ceux qui disent que je veux quitter l'union européenne") qui lui a peut-être couté la seconde place.
Il aurait bien mieux valu aller à Belfort, auprès des ouvriers d'Alstom, dénoncer Macron qui les a bradés aux Américains !
Il aurait mieux valu se tourner plus résolument vers le prolétariat. Pour celui-ci, il fallait parler clair : sortie de l'Europe, limitation de l'immigration, nationalisation des banques. Le prolétariat est divers et métissé, sans doute, mais il est opposé comme il l'a toujours été et comme il sera toujours à l'importation de nouvelle main d'œuvre.
Il aurait fallu que dans le programme de la "France insoumise" le chapitre social soit mis en avant. Il y paraissait secondaire par rapport à l'écologie, et à la constituante.
La soudaine complaisance des médias à partir des débats télévisés était un mauvais signe. Leur retournement soudain, avec l'affaire bolivarienne n'aurait pas dû le prendre au dépourvu. Au lieu de se défendre de toute affinité avec des "dictateurs" (ce qui laissait supposer que Maduro en était un) il aurait mieux fait de dire : "le Venezuela n'est pas une dictature, les élections sont libres, Maduro est démocratiquement élu, l'assemblée nationale d'opposition l'est aussi, les manifestations de rues pacifiques sont autorisées, les manifestations violentes sont réprimées, comme ici, ni plus ni moins". Qu'est-ce que ça lui coûtait ?
Je pense qu'il n'appellera pas à voter Macron, et c'est à son honneur. Mais il y a trop de monde, en particulier au PCF et chez les « gauche-pattes » qui s'est déjà joint au soi-disant Front républicain. Marine le Pen est sans doute une ennemie de la République. Macron est un ami du Capital, et comme tel un ennemi de l'humanité. Il représente un danger mortel : la suppression pure et simple du droit social, de la démocratie politique, et le gouvernent direct des banquiers et de l'oligarchie mondialisée.
Alors pour nous, qu'il soit clair, pas une voix pour Macron. Plutôt crever !
Marine Le Pen n'est pas une alternative comme tous les fascistes utilise un langage de gauche pour tromper le peuple. Donald Trump n'a pas attendu longtemps pour jeter son programme aux orties. Le vote FN est le vote conseillé par les médias et l'oligarchie à ceux qui n'aiment pas les médias et l'oligarchie
Quant à "La France Insoumise", c'est peut-être une bonne chose qu'elle ait raté de peu la fenêtre de tir qui lui aurait permis de s'emparer du pouvoir en France, par surprise. Sa base sociale est pour le moment trop étroite pour lancer ce qui était potentiellement une révolution. Partie remise ? Certainement !
GQ, 23 avril 2017
Première rectification :
Le vote pour Mélenchon a été très massif dans les quartiers prolétaires des grandes agglomérations, et dans les communes urbaines les plus pauvres de la périphérie lointaine de Paris (77, 78, 91, 95) comme Grigny, Mantes, Meaux, Argenteuil, et même à Dreux (28) où le FN avait fait sa première percée en 1983 ... Il semble aussi qu'il ait rattrapé un certain retard dans des villes ouvrières de tradition communiste un peu partout dans le pays (à Romilly sur Seine par exemple). Certains signes indiquent que le bulletin de vote Mélenchon exprime un rejet par le prolétariat des divisions ethniques qu'on veut lui imposer, toute origine confondue, mais surtout par le prolétariat d'origine immigrée qui est relégué dans les quartiers stigmatisés comme des ghettos. 24 % des ouvriers auraient votés pour lui, et 30% des jeunes. Son bon résultat dans les centres-villes serait plutôt un vote "étudiant" qu'un vote "bobo". Ce dernier terme ne prétend pas à la précision, il ne désigne pas tant de riches "bourgeois - bohèmes " à la Renaud qu'un secteur des classes moyennes qui continue à voter à gauche et qui relève d'une idéologie particulière qu'il serait fastidieux de déconstruire ici. 24 avril, 15h
Mélenchon est passé de 11,1% en 2012 à 19.6% en 2017, effectuant au passage une croissance spectaculaire de 75%. Or il est frappant que Mélenchon progresse moins vite qu'ailleurs dans certains territoires ouvriers où il était relativement fort en 2012, notamment, dans le Valenciennois (59), où il y a encore deux députés communistes, et ou l'étiage moyen est à 25%, avec environ 50% de croissance, et un vote à 40% pour Le Pen. Là où l'influence communiste se conjugue avec la campagne interne au PCF, animée par la cellule éco, pour saboter sa candidature, il y a incontestablement un effet de freinage; on constate ainsi un succès moins grand dans le Val de Marne (+60%) qu'en Seine Saint Denis (+100%) qui reflète les choix des appareils locaux.
Cependant, à Vénissieux, place forte de l'opposition interne au PCF et à la stratégie du Front de Gauche, Mélenchon fait un raz de marée. La section doit se rendre à l'évidence : l'électorat de Mélenchon est le même que celui de Michèle Picard.
Mélenchon progresse d'environ 75% dans la Pas de Calais, mieux donc que dans la partie du Nord de tradition communiste, ce qui est dû sans doute à sa campagne législative de 2012, et à l'influence locale du PRCF. Il faut noter aussi l'excellent résultat dans l'agglo de Lille, où travaillent les camarades du RCC, notamment à Tourcoing.
G.Q.
Le 26 avril 2017 à 10 h
SOURCE :


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