Saisir le déclin du PCF par en bas (Entretien avec Julian Mischi)
N.B. : Cet entretien date de 2015, il conserve néanmoins son actualité.
A l’occasion de la fête de l’Humanité, nous publions un entretien avec Julian Mischi qui, dans un livre intitulé Le communisme désarmé, revient sur un fait décisif de l’histoire sociale et politique française des trente dernières années : le déclin du Parti communiste français (PCF). Celui-ci était en effet parvenu, non seulement à devenir un parti de masse en s’implantant dans les classes populaires, mais aussi à faire émerger une élite politique d’origine ouvrière et à construire une culture militante articulée autour des lieux de travail. Cet entretien a été publié initialement dans la revue imprimée Contretemps (n°24).
J. Mischi, Le communisme désarmé. Le PCF et les classes populaires depuis les années 1970, Marseille, Agone, « Contre-feux », 2014.
Avant d’en venir à ton enquête, pourrais-tu nous dire comment tu en es venu à travailler sur cette question et à construire une démarche tout à fait originale, centrée non pas sur ce qui se joue au sein de la direction du parti mais dans les cellules, parmi les militants ? Pourrais-tu indiquer au passage comment tu as procédé concrètement, en termes d’enquête, pour analyser ce déclin du PCF ?
Cette étude consacrée au PCF renvoie à une préoccupation plus générale portée sur les classes populaires et leur résistance face aux multiples formes de domination qu’elles subissent. C’est surtout parce que le mouvement communiste a permis, pendant un temps, de bouleverser l’ordre social qui régit la vie politique française en propulsant des catégories populaires dans des instances de pouvoir réservées jusque-là aux seuls représentants de la bourgeoisie, que je me suis intéressé à cette formation.
Je suis sociologue mais je mobilise plus largement les outils de ce que l’on nomme la sociohistoire. Cette perspective oriente le regard vers les pratiques et les individus en « chair et en os ». J’ai ainsi choisi de prêter une attention toute particulière à ce qui se passe « à la base ». L’angle d’approche local permet de saisir les militants dans leur environnement quotidien, qui ne se réduit pas au parti. Les communistes sont en effet rarement seulement membres du PCF, on les retrouve aussi dans les syndicats, élus dans les mairies ou investis dans des associations.
La recherche a surtout été menée dans quatre départements (Allier, Isère, Loire-Atlantique, Meurthe-et-Moselle) choisis pour leur diversité. On y trouve en effet les principales bases sociales du communisme : régions industrielles avec les bassins d’emploi de Saint- Nazaire et de Longwy, banlieues populaires avec l’agglomération de Grenoble, ou encore le monde rural avec l’Allier. Dans ces différents territoires, j’ai réalisé des entretiens, avec des militants et d’anciens militants, et surtout consulté différents types d’archives retraçant au plus près l’évolution de la vie militante. Ma recherche a commencé au milieu des années 1990 à un moment où le PCF « ouvrait » ses archives et j’ai bénéficié du soutien précieux de ses responsables pour l’accès aux documents internes.
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Saisir le déclin du PCF par en bas. Entretien avec Julian Mischi
A l'occasion de la fête de l'Humanité, nous publions un entretien avec Julian Mischi qui, d ans un livre intitulé Le communisme désarmé , revient sur un fait décisif de l'histoire sociale et ...
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