Une chronique de Jean Rouaud et les excuses de Patrick Le Hyaric, directeur de « l’Humanité »

Une tribune qui ne devait pas paraitre
par Patrick Le Hyaric, directeur de « l’Humanité »
Je désapprouve totalement le contenu de la chronique de Jean Rouaud publiée ce jour dans les colonnes de l’Humanité. Son contenu a malheureusement échappé à notre attention. L’Humanité a ouvert ses colonnes à des chroniqueurs extérieurs depuis de nombreuses années.
Chacune et chacun d’entre eux dispose, à ce titre, d’une liberté de ton et de contenus pour chacune de ces chroniques hebdomadaires dont nous souhaitons qu’elles puissent permettre aux lectrices et lecteurs de disposer d’opinions pluralistes sur des événements ou des idées.
Celles-ci ne peuvent servir à des procédés obliques visant à discréditer nos combats ou à salir les valeurs que nous défendons, notamment celles portées par la Résistance.
C’est dans ce cadre qu’est accueillie depuis un certain temps une chronique hebdomadaire de M. Jean Rouaud. Ce matin, la liberté qui lui est laissée heurte de plein fouet nos convictions profondes et l’orientation éditoriale de l’Humanité.
Le journal de Jaurès n’a rien à voir avec les propos tenus dans cette chronique. Nous ne pouvons accepter les accusations infondées d’antisémitisme envers qui que ce soit, en l’occurrence envers Jean-Luc Mélenchon, qui plus est quand elles opposent la mémoire juive et la mémoire résistante communiste.
L’Humanité s’attache à mettre en lumière la singularité et la cruauté de la Shoah, paradigme de l’inhumanité.
L’Humanité, ses rédactions et directions, et le mouvement ouvrier ont compris dans leurs rangs de nombreux militants, souvent juifs et communistes, qui n’ont jamais cherché ni à opposer les mémoires, ni à gommer la singularité des événements historiques.
Nous présentons nos excuses à toutes celles et tous ceux qui ont été offensés par cette chronique.
Patrick Le Hyaric
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Pas ça !
Par Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l’Humanité.
Notre journal s’est enrichi depuis des années des contributions de chroniqueurs extérieurs qui cheminent en liberté avec nous. Ils ont noué un dialogue fécond avec nos lecteurs qui se sont souvent sentis interpellés, parfois provoqués, par ces pensées d’ailleurs. Mais là, c’est un texte qui ne passe pas ! Echappée à notre attention, la chronique de Jean Rouaud, hier, ouvre contre Jean-Luc Mélenchon – jamais nommément cité – un mauvais procès en « antisémitisme » en faisant référence à un qualificatif, rapidement corrigé par le député de la France Insoumise, lancé à une journaliste après une émission de France 2. Le fait même que ce dernier arbore un triangle rouge au revers de la veste est interprété comme la volonté d’effacer l’étoile jaune, de faire disparaître « la « victime » modèle du peuple juif » au profit des résistants et politiques dont « aucun n’a été versé directement dans les camps d’extermination », et comme la volonté de substituer comme « seul peuple élu » les «damnés de la terre ». Comme si les martyrs s’opposaient…
Comme si évoquer le numéro 31 685 tatoué à Auschwitz-Birkenau sur le bras de Marie-Claude Vaillant-Couturier effaçait la mémoire des juifs directement dirigés des wagons vers les fours crématoires. Comme si relever le rôle joué par un officier russe dans la révolte de Sobibor niait le courage de ceux qui, dans les baraquements entretenaient le feu de la révolte contre l’horreur du Zyklon B. Comme si des juifs communistes ou résistants n’avaient pas disparu dans les chambres à gaz. Comme si la Shoah n’était pas une horreur indépassable.
Plus grave encore, la chronique dépeint un voisinage avec Renaud Camus, « fanatique du grand remplacement » expliquant « que la Shoah (sans la nommer ce serait la reconnaître) n’est rien en comparaison de ce génocide programmé des Blancs européens face à la déferlante de tous ceux qui ne le sont pas ». Qui peut prétendre sérieusement que Jean-Luc Mélenchon, auteur de puissants discours sur l’horizon méditerranéen de la France, puisse avoir quoi que ce soit de commun avec l’écrivain d’extrême-droite ?
À l’Humanité, nous ne confondons pas le droit au débat d’idées - et même à la confrontation rude des points de vue, nous la revendiquons - avec une entreprise de discrédit. « Le courage c’est de chercher la vérité et de la dire », lançait Jaurès, le 30 juillet 1903. Cela reste notre boussole.
SOURCE:


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