Les conséquences d’une escalade dans le DÉTROIT D’ORMUZ seraient catastrophiques : un ENTRETIEN avec Bruno GUIGUE, analyste des relations internationales

Chercheur en philosophie politique et analyste des relations internationales, Bruno Guigue, en observateur avisé, explique les logiques et aboutissants des tensions actuelles au Proche-Orient, notamment autour de l’Iran et les soubassements de la posture belliciste de Donald Trump. Sur le dossier palestinien, l’un des sujets de prédilection de l’auteur de «Aux origines du conflit israélo-arabe : l’invisible remord de l’Occident», il rappelle les soubassements du «deal du siècle» et les raisons de son échec inéluctable. Loin des analyses convenues, il replace le conflit dans sa strate originelle, celle de la décolonisation de la Palestine comme nécessité historique.
Reporters : L’Iran est soumis à une pression occidentale croissante depuis la volte-face américaine sur l’accord du nucléaire. Trump va-t-il entrer en guerre contre l’Iran ?
Bruno Guigue : C’est possible, mais peu probable. Les tensions avec l’Iran, pour Washington, représentent surtout une opération de communication destinée au lobby pro-israélien. La principale préoccupation de Trump, c’est sa réélection. Or, pour être réélu, il lui faut absolument neutraliser le lobby qui fait et qui défait les carrières à Washington. N’oublions pas que le système politique américain est une ploutocratie où le budget de campagne est la principale variable. Plus on dépense d’argent, plus on a de chances de gagner. Séduire les donateurs juifs est donc d’une importance stratégique, et Trump veut rééditer en 2020 ce qu’il a réussi à faire en 2016 : rompre le lien ombilical entre le lobby pro-israélien et les démocrates. C’est la véritable raison de son acharnement pathologique contre l’Iran, bête noire de l’entité sioniste et de ses partisans d’outre-Atlantique.
Quel est le rôle de l’Arabie saoudite et d’Israël dans cette escalade et ces tensions ?
Dans les deux cas, l’hostilité à l’égard de l’Iran est systémique, et il est évident que ces pays jettent de l’huile sur le feu. Pour l’Arabie saoudite, Téhéran est au cœur du «triangle chiite» qui menace ses intérêts dans la région. Cette haine de l’Iran cultivée par le wahhabisme est la principale raison du surarmement du régime monarchique et de son intervention militaire au Yémen. Même si la décomposition de l’ancien régime yéménite est à l’origine du processus révolutionnaire, la propagande saoudienne, pour justifier cette agression, dénonce la main de l’Iran derrière la rébellion houthie. Pour ce qui est d’Israël, il est clair que la montée des tensions avec l’Iran est providentielle.
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