COVID et communication - Le billet d’humeur du Docteur Christophe Prudhomme

Certains avancent l’argument qu’il est difficile de communiquer dans un contexte de situation nouvelle présentant de nombreuses inconnues. Mais n’en déplaise à ces derniers, l’histoire ne se répète jamais et la qualité de la réponse politique, au sens de la vie dans la cité, se juge à la capacité d’adaptation et de réaction des gouvernants au fil de l’évolution d’événements nouveaux et perturbants.
Or que constatons-nous aujourd’hui ? La parole, c’est-à-dire la communication, prime sur le faire. Les ministres sont omniprésents dans les médias avec des discours contradictoires, peu compréhensibles, alors que sur le terrain le constat fait par les gens qui font, nécessite des réponses qui n’arrivent pas ou alors avec un retard qui nuit à leur efficacité. Il en va ainsi sur la question des masques, des tests, du nombre de lits d’hospitalisation, etc. Alors que la priorité devrait être la capacité à tester les bonnes personnes au bon moment, au bon endroit et de manière rapide pour pouvoir isoler et diminuer la propagation du virus, le débat se focalise sur les masques de manière stérile et inadaptée. Le meilleur exemple est que l’observation des nouveaux foyers indique que ceux-ci se retrouvent en grande partie sur les lieux de travail ainsi que dans les établissements de soins et médico-sociaux, mais l’attention de la population est focalisée sur le port du masque dans l’espace public.
Par ailleurs, il semble important d’équilibrer la transmission des informations à la population. Oui, le nombre de tests positifs augmente, mais d’une part cela concerne des gens jeunes qui présentent beaucoup moins de formes graves que les plus âgées, par ailleurs, même si quelques malades sont de nouveau hospitalisés en réanimation, leur nombre reste pour l’instant très limité. Pour être brutal, l’actualité récente montre les contradictions de la communication officielle : foyer de contamination important dans les abattoirs mais aucun mort, petit foyer dans un EHPAD, 9 morts. Il s’agit donc de mettre en œuvre des réponses ciblées et adaptées. Par exemple, ne serait-il pas utile qu’au retour de vacances et avant de reprendre leur travail, des tests soient demandés aux personnes revenant de zones potentiellement à risque ? Voilà le genre de questions qu’il faut se poser pour que des décisions simples et claires soient prises au fil de l’eau.
Car il est illusoire actuellement en termes de moyens d’espérer pouvoir tester toute la population et il faut plutôt cibler les actions que de disperser les moyens sans coordination. Car que constatons-nous aujourd’hui ? Des initiatives désordonnées, à visée médiatique et politicienne de la part de certaines municipalités, ou encore des préfets prenant parfois des mesures très autoritaires, tout en restant très complaisants, comme par exemple au Puy-du-Fou.
Tout cela n’est pas sérieux, les professionnels de santé demandent plus d’action et moins de communication car nous savons que nous allons êtres obligés de vivre avec ce virus pendant un, deux voire trois ans et que nous avons besoin avant tout de mesures concrètes en termes d’organisation et de moyens, et de moins de communication. La communication doit être utilisée pour expliquer ce que l’on fait et non pas pour cacher ce que l’on ne fait pas.
Docteur Christophe Prudhomme
Praticien hospitalier- SAMU 93
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