DIRE NON AU DÉSERT MÉDICAL ET À L’HÔPITAL-ENTREPRISE !
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Quand il s’agit du mal-vivre, qu’il soit celui des corps ou celui des âmes, on séparera fondamentalement deux types de demandes : l’une naît de la souffrance ; ainsi Lacan situait-il la guérison. L’autre est la demande d’expertise ; elle n’a rien à faire avec la souffrance et tout à faire avec le contrôle. Depuis les familles jusqu’aux appareils d’état, qui a besoin d’experts, sinon ceux qui contrôlent ? Qui se soucie de guérison, sinon ceux qui souffrent ? On sait combien ce partage a traversé l’histoire de la psychiatrie et cela jusqu’à nos jours. On sait aussi que la psychanalyse, dès sa naissance, a choisi le versant de la souffrance contre le versant du contrôle.
Jean-Claude Milner, La Politique des choses, Paris : Navarin, 2005, p. 50-51
Les normes, ce n’est pas politique. C’est normal : pour avoir plus de sécurité, il faut organiser le désert hospitalier.
Sandra Lucbert, Le ministère des contes publics, Lonrai : Verdier, 2021, p. 71.
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L’hôpital veut-il encore soigner les pauvres ?
Lieu d’accueil des étrangers et des malades pauvres depuis l’avènement des grandes religions, ce n’est que depuis le milieu du XXe siècle que l’hôpital s’est ouvert à tous, pauvres et riches. Avec l’impérialisme médico-économique actuel, l’évaluation de l’efficience des technologies de santé, l’hôpital public tend paradoxalement à exclure ceux qui économiquement n’ont pas les moyens de bénéficier de soins de plus en plus coûteux. Les principes de solidarité et d’égalité perdent de leur valeur et un signe parmi d’autres de cette tendance à « privatiser » l’offre de soin, à en faire un bien de consommation réservé à ceux qui en ont les moyens, c’est la disparition presque totale de la différence entre hôpital public et hôpital privé.
Dans les années 1990-2000, l’accent était mis sur les difficultés de plus en plus fréquentes pour se faire soigner à l’hôpital pour les populations les plus pauvres, patients dits-CMU, sans droits, sans papiers. Placés de plus en plus à distance du système de santé, ils ne mériteraient pas en quelque sorte de profiter d’une médecine aussi coûteuse et d’un hôpital fort éloigné du caritatif ancestral, lequel consistait essentiellement en un hébergement. Au plus près de l’étymologie du mot « hôpital », hospitalis, adjectif d’hospes, hôte, est celui qui donne l’hospitalité et l’hôpital général est défini en 1704 comme l’hospice pour tout indigent. Dénommé aujourd’hui « établissement de santé », c’est en son sein qu’ont été créées les Permanences d’Accès aux Soins de Santé (PASS) par la loi du 29 juillet 1998 d’orientation relative à la lutte contre l’exclusion.
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