La retraite à 64 ans ? Dans l'attente du verdict du Conseil Constitutionnel - Par Jean LÉVY
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Semaine après semaine, la population manifeste massivement contre la réforme Macron, qui repousserait de deux années l'âge légal de départ en retraite, pour porter celui-ci à 64 ans.
Faute d'un vote positif sur cette loi à l'Assemblée, l'Elysée et Matignon ont eu recours à l'article 49.3 de la Constitution pour entériner sans vote l'application de cette mesure de régression sociale. Ce qui a enflammé davantage encore l'opinion publique, qui rejette la réforme, selon tous les sondages :
71 % des Français sont opposés au projet d'Elisabeth Borne et 73 % se disent défavorables à sa disposition cardinale, le report de l’âge de départ en retraite de 62 à 64 ans.
Selon la même étude menée par YouGov, 17 % de la population seulement trouve « juste » le texte de l’exécutif.
Presque 8 Français sur 10 affirment l’inverse (79 %).
Il y a donc un rejet massif de la réforme Macron dans l'opinion, et une colère profonde contre ls moyens utilisés pour l'imposer.
C'est, dans ces conditions, que la population est en attente de l'arrêt du Conseil Constitutionnel, juridiquement garant de la conformité de la loi, décision attendue vendredi 14 avril.
Mais à propos, ce Conseil Constitutionnel tient-il sa légitimité de la compétence juridique incontestée de ces membres, hors de prise en compte de leurs choix politiques ?
On serait en droit d'en douter.
Le Conseil est composé de neuf membres, qualifiés communément de « Sages », chargés d'examiner la conformité de la réforme des retraites à la Constitution.
Mais au Conseil, qui siège rue Montpensier, on ne trouve aucun constitutionnaliste, peu de juristes de carrière, mais surtout des hommes et des femmes politiques, anciens ministres ou parlementaires, et des hauts fonctionnaires. En tout, neufs membres.
De ceux-ci, qui composent le Conseil, quatre ont été nommés par le pouvoir en place, deux par Richard Ferrand, l'ancien président de l'Assemblée nationale, un proche de l'hôte de l'Elysée, et deux par Macron lui-même ...
Deux noms n'ont pas besoin de commentaires : Laurent Fabius et Alain Juppé. Qui pourrait affirmer que ces deux ex- premier ministres ont laissé de côté leur engagement politique pour juger sereinement en juristes ?
Pas un seul membre des oppositions, encore moins de syndicalistes...
Vue cette composition du Conseil, qui pourrait jurer de leur impartialité ?
Un exemple éclairant de leurs qualités professionnelles, celui de Véronique Malbec : ancienne directrice du cabinet du ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, elle était la responsable hiérarchique du procureur qui a classé sans suite l'affaire des Mutuelles de Bretagne dans laquelle était impliqué...Richard Ferrand !
Et ce sont ces gens-là qui vont valider ou non la conformité de la loi des 64 ans, arrachée sans vote, grâce au 49.3 !
Alors, le verdict attendu vendredi ne sera pas contraire à la loi Macron ?
C'est vite dit, car depuis le mois de janvier, durant plus de trois mois sans désemparer, le peuple dans les rues de nos villes, ont crié leur hostilité à ce retour en arrière, à ces deux années par les patrons confisquée.
Face à ce déferlement populaire et majoritaire, soutenu par tous les syndicats unis, le Conseil constitutionnel osera-t-il s'opposer ?
Si ce n'est pas le cas, c'est la rupture entre la nation et le pouvoir en place, une crise de régime, l'inconnu pour Macron, isolé dans son bunker rue Saint-Honoré, face aux Français qui ne reconnaîtront plus sa légitimité.
JEAN LÉVY


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