Mai, Juin, Juillet 1940, une étrange défaite et la suite - Par Jean LÉVY
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« Un jour viendra en effet et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l'axe Rome-Berlin... »
Marc Bloch (*), dans son livre « L'étrange défaite », pose ainsi la vraie question. Et il la formule juste après la débâcle, non seulement de l'armée française, mais de la société d'alors, celles des « élites » civiles et militaires qui menaient la danse dans les années 30.
Après l'hiver 39/40, sans combat aux frontières, les Panzer allemands de Guderian, enfoncent le front le 10 mai 1940, en Ardennes, coupe les troupes françaises en deux tronçons. La Wehrmacht prend Paris le 14 juin,
Les Français, du nord comme de l'est et jusqu'à la Loire, par millions fuient l'Allemand sur les routes, sous la mitraille des Stukas
Le 17 juin, Pétain, chef du gouvernement depuis la veille, capitule, et se fait nommer Chef de l'Etat, par les parlementaires, députés et sénateurs réunis à la hâte, le 10 juillet 40, à Vichy acceptent - sauf 80 d'entre eux - e coup de force préparé de longue date.
Notre pays éclaté est passé en un tour de mains du statut de République en ce qu'on appellera « l'État français ». En fait, celui-ci ne règne que sur le centre et le midi de la France, sur la portion de terre qu'a concédée l'Occupant.
Et à Vichy même, une délégation nazie, va surveiller de près, les différents gouvernements qui vont se succéder. Ceux-ci prendront, au fil du temps, avec la bénédiction du nouveau chef de l'Etat, une orientation de « collaboration » de plus en plus étroite avec l'Allemagne, officialisée par la rencontre de Pétain avec Hitler, à Montoire, en octobre 40.
Nous allons assister, de juillet 40 à avril 42, à une évolution du « vichysme » au pouvoir.
C'est d'abord la contre révolution au sommet de l'État.
Dès juillet 40, elle est assumée par l'extrême-droite royaliste et maurassienne, antipopulaire et revancharde contre la République, anticommuniste en diable, représentant la grande bourgeoisie et le patronat, assumant la direction de l'Etat par l'intermédiaire des politiciens issus du monde des affaires.
En clair, c'est la revanche débridée de la bourgeoisie contre le Front populaire.
Début 1942, le gouvernement d'alors, présidé par l'amiral Darlan, ancien chef d'état-major de la marine française en 1939, sollicitera d'Hitler l'entrée en guerre de la France contre l'Union soviétique, envahie par les forces allemandes le 22 juin 1941.
Cette demande est refusée par le führer...
Il faut noter que ce gouvernement comptait plusieurs membres dirigeants issus de la banque Worms, qui gardait cependant aux Etats-Unis, une direction liée aux milieux d'affaire américains...Ce qui fit dire à Marcel Déat, venus de la SFIO, et chef du RNP en 1941 (l’un des partis de la Collaboration), que « les banques ne mettaient pas tous leurs œufs dans le même panier ».
Le pouvoir va passer, avec Pierre Laval, à une collaboration de plus en plus poussée avec l'Occupant. Et se hissent, aux premières places, les chefs de bandes, avec la Milice de l'ex- terroriste Joseph Darnand, activiste du complot de la « Cagoule », armé par l'Italie de Mussolini, à l'initiative d'attentats meurtriers en 1937, arrêté puis libéré en 1939, pendant « la drôle de guerre », alors que l'on embastillait les communistes, qui vont prendre toutes leur part dans la Résistance...
D'autres nervis du fascisme d'avant-guerre, Doriot, du PPF, seront aux premiers rangs de la Collaboration.
Qui apprend toutes ces choses aujourd’hui ?
On veut faire croire que Pétain et la Collaboration de la bourgeoisie avec l'Allemagne, c'est simplement de l'histoire ancienne, un simple accident de notre passé, qu'il faut vite éviter d'en trop parler par ces temps d'Europe nouvelle et de collaboration renforcée avec l'Allemagne, et que le nouvel ennemi c'est la Russie...
C'est étrange, vous ne trouvez pas ?
Mais les événements, ci-dessus évoqués, ne sont pas tombés du ciel comme un orage dans le ciel serein, le 10 mai 40. Ils sont le prolongement de toute une politique menée par une grande partie de la bourgeoisie, aux affaires dans les années 30.
C'est ce que nous verrons demain...
JEAN LÉVY
(*) Marc Bloch, historien et résistant, auteur d’« Une étrange défaite », torturé à Lyon par Klaus Barbie, responsable de la Gestapo, fusillé le 16 juin 1944.
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