RUSSIE OCCIDENT, L’AUTRE GUERRE DE 100 ANS (TROISIÈME PARTIE)
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Par Daniel ARNAUD
Dans la seconde partie nous décrivions les phases de la guerre de 100 ans russo-occidentale, et montrions comment elles s’enchainent pour mener l’occident à « l’âge de la déraison » dans lequel il se débat aujourd’hui. Nous redéfinissions ensuite le conflit entre les USA et la Russie, comme celui opposant les pays producteurs de biens et ceux qui les consomment, et en tirions les conséquences, en particulier en termes d’affaiblissement de l’occident.
Vu de Russie : achever la victoire de 1945 et gagner la guerre de 100 ans
En ce qui concerne la Russie, le conflit est existentiel au sens classique du terme. Perdre peut signifier la disparition du pays, de la même façon que l’URSS a cessé d’exister. Il est vraisemblable que l’état Russe est entré dans cette guerre sans avoir pleinement conscience de ce fait. Les buts de guerre avoués étaient la dénazification, et la neutralisation de l’Ukraine. Cela parait un peu obscur, qu’il me soit permis de les reformuler sous un éclairage historique : il s’agissait simplement de reprendre un peu du considérable terrain géopolitique perdu sous la pression permanente des USA, depuis les accords de Yalta. Ce conflit était en germe dès la première extension de l’OTAN. Je pense que les Russes étaient convaincus, en février 2022, que l’intervention armée amènerait rapidement toutes les parties à la table des négociations pour des discussions, cette fois, sincères. Ils avaient sous-estimé l’importance, aux yeux de la clique des néoconservateurs, du projet de destruction de l’état Russe, la détermination à y sacrifier tous les alliés européens, et la soumission veule des dits alliés aux pressions états-uniennes. Ainsi, ce sont les européens eux-mêmes, qui sont intervenus pour saboter les deux premières tentatives de négociations. Lors de la seconde, Boris Johnson s’est déplacé lui-même à Kiev pour interdire à Zelensky de négocier. Donc, par le geste et la parole, Boris Johnson a convaincu la Russie que l’occident était son véritable ennemi, et qu’aucune négociation ne serait possible. Et rappelons qu’Angela Merkel, mais aussi François Hollande, ont enfoncé le clou en déclarant publiquement que les accords de Minsk n’étaient qu’une manœuvre dilatoire pour se donner le temps de transformer l’Ukraine en tête de pont de l’OTAN. On révèle ainsi à l’opinion publique Russe que :
1) l’hostilité présente de l’Europe n’est pas née de la décision du recours aux armes du 24 février, mais formait déjà l’axe directeur de toute la politique occidentale,
2) tout accord diplomatique avec nous est absolument impossible. La conséquence logique : toute la stratégie russe doit consister à écœurer l’Occident de son projet hostile, ou plus simplement dit, qu’il lui foute la paix une bonne fois pour toute. Au risque de choquer, je vais exprimer les choses ainsi : la victoire de 1945 est, pour l’URSS/Russie une victoire à la Pyrrhus. Elle l’a laissée exsangue, ce dont l’occident a aussitôt outrageusement profité. Fait unique dans l’histoire, les Etats-Unis ont établi leur empire sur la base d’une victoire qui avait surtout été payée du sang d’un allié, la Russie. Puis, ils ont utilisé la force qui en résultait pour tenter de réduire cet ex-allié. Et, il faut le reconnaître, ils ont été bien proche de réussir dans les années 90.
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