Les remarques de Philippe ARNAUD sur les médias depuis le 7 octobre 2023
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Chers tous,
Cette date est, bien entendu, celle de l'attaque du Hamas contre Israël, et du début de la consécutive guerre de Gaza. Je voudrais revenir sur un point qui a suscité beaucoup de discussions - et aussi beaucoup d'indignation. Il s'agit de la différence établie par certains commentateurs ou journalistes (Raphaël Enthoven et Pascal Praud pour ne pas les nommer) entre les morts civils israéliens et les morts civils palestiniens.
Raphaël Enthoven a dit, par exemple : "Il y a une différence à faire entre des gens qui sont des civils, qui sont assassinés dans la rue par des commandos islamistes et les victimes collatérales des bombardements consécutifs à cette attaque. Il faut marquer cette différence, c'est même très important de le faire."
Remarque 1. Cette subtile distinction (de notre non moins subtil philosophe) est ce qu'on aurait appelé jadis (quand on était frotté de catholicisme), une réponse jésuitique. C'est-à-dire que, pour une action donnée, peu importent les résultats, seule compte l'intention. En l'occurrence, le soldat du Hamas a l'intention (mauvaise) de tuer un enfant israélien, il le tue et commet donc une mauvaise action. En revanche, l'aviateur israélien qui lâche une bombe de 1000 livres sur un immeuble pour tuer un responsable du Hamas et réduit en bouillie, par la même occasion, une cinquantaine de civils, le fait avec l'intention (bonne) d'éliminer quelqu'un de foncièrement pervers (comme le disait le pape Pie XI du communisme) et il fait donc une bonne action. En somme, Raphaël Enthoven est comme le confesseur du XIXe siècle, qui calmait les tourments du bourgeois ayant flanqué sa bonne à la porte après l'avoir engrossée...
Remarque 1 bis. Comme Raphaël Enthoven a certainement des lettres, il aurait pu - fort opportunément - reprendre le célèbre (et peut-être apocryphe) mot d'Amaury, abbé de Cîteaux, et légat du pape, qui, lors du siège de Béziers (pendant la croisade des Albigeois), alors qu'on lui demandait comment distinguer les catholiques des albigeois dans la ville de Béziers, aurait répondu : "Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens !".
Remarque 1 ter. On peut aussi se demander pourquoi, à une époque où la technique guerrière se targue de sa sophistication, pourquoi elle continue à employer des moyens aussi grossiers. Pourquoi, pour éliminer un seul individu, elle pulvérise un immeuble et trucide une cinquantaine de ses compatriotes. Comme si, pour soigner un panaris, le chirurgien ne connaissait rien d'autre que l'amputation du bras...
Remarque 2. Il y a aussi une dimension religieuse dans les bombardements de Gaza. Ces bombardements sont faits, dit-on, pour débarrasser les Gazaouis du Hamas, qui est leur mauvais génie, qui ne leur fait faire que du mal, qui ne leur veut que du mal. Cela rappelle les procès en sorcellerie des XVIe et XVIIe siècle, où l'on soumettait à la question (c'est-à-dire à la torture) et où l'on menait au bûcher, les individus - souvent des femmes, parfois des hommes, comme Urbain Grandier, curé de Loudun - soupçonnés d'être possédés par le démon. Mais qu'était-ce qu'une crémation de quelques heures (et une agonie de quelques minutes), à côté des flammes éternelles de l'Enfer ? Que représentent les monceaux de ruines de Gaza à côté de la joie d'être délivré du Hamas ? Les proches des quelque 12 000 morts civils de Gaza (un rapport de 10 à 1 avec les victimes israéliennes), seront sans doute émus de tant de mansuétude...
Je vous saurais gré de vos remarques, rectifications, compléments et critiques.
Bien à vous
Amis du Monde Diplomatique -Tours


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