QUELLE STRATÉGIE POLITIQUE POUR LE MONDE DU TRAVAIL ?
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Par Jean Paul Legrand
La stratégie électorale sans organisation populaire ne suffit pas : une leçon de l’histoire de la gauche française
Il est possible que dans la perspective des élections présidentielles la France insoumise, rassemble des forces sur une base populiste, souvent démagogique — tout comme le Rassemblement national sait le faire, de l’autre bord. Mais cette dynamique électorale, aussi bruyante soit-elle, ne constitue en rien une alternative de fond au capitalisme. Elle s’inscrit dans un jeu institutionnel taillé sur mesure par la bourgeoisie pour préserver l’essentiel avec la constitution de la Vème république : le mode de production dominant.
Quand Fabien Roussel a estimé que les élections municipales sont d’abord le premier enjeu à venir, il n’a pas tort. La gauche doit gagner en crédibilité et la préparation des municipales est un moyen d’engager des débats de fond et de proximité en évitant le populisme , en parlant des problèmes concrets des travailleurs et des habitants pour élaborer démocratiquement des programmes dans chaque commune. D’ailleurs on remarquera que là où cela a été bien compris, le PCF a commencé à travailler ces programmes avec la population et avec ses partenaires de gauche.
On peut toutefois s’inquiéter car dans de nombreuses localités ce travail n’est pas engagé à quelques mois de l’échéance. L’absence de ce travail sur les questions de fond ne peut que favoriser le populisme et les alliances politiciennes qui pourront faire illusion mais ne mobiliseront pas ou si elles rassemblent ce sera par défaut ou rejet de la droite et de l’extrême-droite mais sans visée concrète de transformation, situation ouverte à toutes les démagogies.
Historiquement, la gauche française a pu peser sur le réel lorsqu’elle s’est appuyée sur une organisation populaire de masse, enracinée dans le monde du travail. C’est ce que fut, dans ses meilleures années, le Parti communiste français. À l’issue de la Libération, il disposait d’une assise solide : des cellules d’entreprise, une présence de terrain dans les quartiers populaires, des milliers de militants formés politiquement, et une stratégie clairement favorable au socialisme au sens marxiste du terme. Même s’il n’a pas conquis le pouvoir d’État, il a obtenu d’importantes avancées sociales — nationalisations, sécurité sociale, statut de la fonction publique — précisément parce qu’il représentait une force structurée, capable d’imposer un rapport de forces.
Ce modèle d’organisation a commencé à se déliter dès les années 1970, au moment où le PCF fit une bifurcation théorique épousant des thèses comme celles de l’eurocommunisme qui ont ouvert la période de son déclin électoral et organisationnel au profit du Parti socialiste qui est devenu hégémonique à gauche développant un anti-communisme consubstantiel à son existence depuis le congrès de Tours en 1921 où il fut battu par la majorité communiste . Le PS a accompagné les reculs du mouvement ouvrier et démocratique avec un discours de transformation sociale, mais en menant, dès les années 1980, des politiques d’inspiration libérale. Il s’est spécialisé dans la gestion loyale du capitalisme, en aménageant ses dégâts sociaux sans jamais remettre en cause sa logique profonde. Il a ainsi contribué au dépérissement de toute alternative au sein même de la gauche.
La France insoumise, plus tard, est apparue à gauche comme une alternative aux déçus du PS. Elle n’a cependant à aucun moment cherché à reconstruire une force organisée dans les entreprises, dans les quartiers populaires ou dans les lieux de production. Sa base militante est volatile, centrée sur les cycles électoraux et les réseaux sociaux. Or, sans implantation sociale et sans éducation politique de masse, on ne change pas les rapports de production. Le projet socialiste au sens marxiste — c’est-à-dire une réorganisation de la propriété des grands moyens de production (énergie, transports, numérique, industrie stratégique) sous contrôle démocratique — nécessite bien davantage qu’un bon score à une présidentielle ou des « percées » aux législatives. Le PCF qui idéologiquement a durant toute cette période abandonné ses fondamentaux marxistes et léninistes notamment celui primordial de la permanence et du développement de #l’organisation politique du monde du travail s’est retrouvé marginalisé. C’est en 2018 qu’un sursaut de ses adhérents refusant que leur parti se transforme en annexe du réformisme social-démocrate ou populiste a mis Fabien Roussel à sa direction pour que le PCF retrouve ses fondamentaux tout en les adaptant de façon créative pour reconquérir le monde du travail.
Ce qui manque aujourd’hui à la gauche, ce n’est pas un leader providentiel ou une formule électorale gagnante, c’est une stratégie d’organisation à long terme, une élévation de la conscience de classe, une capacité à unir les exploités non seulement contre les effets dévastateurs du capitalisme et de l’impérialisme, mais pour une société nouvelle. Cela ne peut se construire que dans les luttes concrètes, dans les lieux de travail, avec tous ceux qui sont exploités et qui vont subir de plus en plus la crise du capitalisme, c’est à dire 95% de la population.. C’est un travail long, parfois ingrat, mais c’est le seul moyen d’éviter que la colère populaire ne soit captée par l’extrême droite ou par une gauche de façade, et qui permette à cette colère de se transformer en actions démocratiques favorisant l’union des exploités.
En ce sens, les élections peuvent être un moment du combat, mais elles ne peuvent jamais être un aboutissement. Tant qu’un mouvement de masse conscientisé, structuré, orienté vers le socialisme réel ne sera pas organisé, aucune victoire électorale, si spectaculaire soit-elle, ne remettra en cause les fondements du système. Au contraire, elle risquera de l’aménager à nouveau — et donc, de le renforcer. C’est ce que nous avons vécu depuis plus d’un demi-siècle.
Les communistes doivent donc être lucides et reconstruire un rapport de force politique qui soit celui de l’ensemble du monde du travail qui sera sorti de la tentation de l’abstention et du populisme, qui deviendra le principal acteur de la révolution nécessaire pour construire la nouvelle société : le socialisme à la française.
SOURCE :Facebook


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