Rafael CORREA : « les élites traditionnelles ont repris le pouvoir »
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Huit ans après avoir quitté la présidence de l’Équateur, Rafael Correa (que nous retrouvons à la Fête de l’Humanité) revient sur les bouleversements qu’ont connus son pays et l’Amérique latine. Promoteur d’un « socialisme du XXIè siècle », il fut l’un des artisans de l’intégration régionale aux côtés des présidents Hugo Chavez (Venezuela), Evo Morales (Bolivie), Nestor Kirchner (Argentine) et Luis Inacio « Lula » da Silva (Brésil). Dans cet entretien, il évoque le retour d’une droite pro-américaine radicalisée, dans un sous-continent qu’il décrit comme un espace « en dispute », face à une gauche qui ne désarme pas. Il analyse les violations de l’État de droit qui caractérisent désormais le pays andin, et pointe la collusion entre le pouvoir politique et les élites économiques. Contre des appels à « l’auto-critique » ou au renouvellement de la gauche, il défend son bilan et sa stratégie : celle d’une gauche qui priorise les questions sociales et la lutte pour la souveraineté nationale.
Entretien réalisé par Vincent Arpoulet, Meriem Laribi et Vincent Ortiz.
LVSL : Commençons par évoquer la politique latino-américaine de l’administration Trump. Celle-ci comporte une faction isolationniste, qui souhaite un retrait militaire et le dé-financement de structures de « coopération » comme l’United States Agency for International Development (USAID). D’un autre côté, on trouve une faction plus interventionniste : celle des « néocons » autour du secrétaire d’État Marco Rubio. Récemment, des navires américains ont pénétré les eaux du Venezuela et le Département d’État agite la menace d’une intervention. Pensez-vous que l’administration Trump possède une doctrine cohérente vis-à-vis de l’Amérique latine, au-delà des factions contradictoires au sein du Parti républicain ?
Rafael Correa : Donald Trump reste attaché à la ligne traditionnelle des Républicains : il est hostile à des interventions au niveau mondial. Mais il doit composer avec d’autres courants au sein de son parti.
L’envoi de navires de guerre face aux côtes du Venezuela, par exemple, semble relever d’une concession faite à Marco Rubio. Celui-ci était, paraît-il, opposé à l’octroi d’une licence d’exploitation de Chevron au Venezuela. Pour compenser celle-ci, Donald Trump a pu dépêcher ces navires de guerre [les États-Unis ont autorisé certaines entreprises, dont Chevron, à investir au Venezuela, malgré les sanctions américaines qui frappent ce pays NDLR].
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Rafael Correa : " les élites traditionnelles ont repris le pouvoir "
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