L’HONNEUR PERDU DE JEAN-LUC MÉLENCHON - Par Jack Dion
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Aucun responsable Insoumis ne peut être invité sur un plateau télé sans être interrogé à propos de l’antisémitisme supposé de Jean-Luc Mélenchon. L’accusation est devenue un passage obligé de toutes les interviews, comme s’il s’agissait d’une vérité révélée, ou scientifiquement démontrée. A ma connaissance, aucun journaliste de la cour télévisée ne l’a jamais contestée à l’exception notable d’Alain Duhamel, vieux routier de la presse qui se sent les épaules assez larges pour dire du chef spirituel de LFI (sur RadioJ, 24 mars 2026) : « J’ai du mal à voir Jean-Luc Mélenchon comme un antisémite. Un anti-israélien, sans doute. Il ne s’en cache pas, il est propalestinien. Mais antisémite, je ne le sens pas ». Le propos est si rare qu’il en paraît presque incongru.
En attendant, la rumeur circule, nourrie du matin au soir par une campagne assourdissante faisant de Mélenchon un clone de Dieudonné ou de Soral. Pour qui connaît un peu le parcours de l’ex-Ministre de feu Lionel Jospin, cela fait drôle tant il n’a jamais prêté le flanc à une telle dérive, l’une des plus odieuses qui soient. Il a certes eu des formules contestables, entrainé par un talent oratoire qui l’emmène parfois dans des recoins hasardeux. Mais de là à lui prêter des fantasmes judéophobes, il y a un pas que n’importe quel esprit sensé ne peut franchir sans tomber dans l’accusation gratuite et la diabolisation dégradante.
Que l’on sache, l’antisémitisme n’est pas une opinion, mais un délit. Or nul n’a jamais intenté un procès pour antisémitisme contre Mélenchon ou l’un de ses adjoints, ce qui serait parfaitement légitime si des faits avérés pouvaient nourrir un tel dossier. Certains responsables politiques ont été jugés à ce titre, souvent situés sur la rive opposée à celle où campent les Insoumis. Mais nul n’en parle jamais tant la caste dominante est séduite aujourd’hui par une famille politique à qui l’on déroule le tapis rouge de la bienveillance et de la normalité républicaine, en opposition à ceux qui sont considérés comme irrécupérables (suivez mon regard). Ainsi Sarah Knafo est devenue la vedette médiatique des dernières municipales à Paris, sans jamais être interrogée sur les condamnations pour « haine raciale » d’Éric Zemmour, son compagnon et chef de son parti.
Ce n’est pas un hasard. Si les Insoumis sont voués aux gémonies en permanence, comme l’étaient naguère les communistes, c’est parce qu’ils constituent le grain de sable qui empêche la roue du système de tourner. Par ses initiatives et ses audaces, LFI constitue l’obstacle numéro 1 à une recomposition politique destinée à faire du Macron sans Macron, perspective qui en séduit plus d’un dans ce centre mou d’où rien de grand n’est jamais sorti. Il faut donc absolument déstabiliser Mélenchon, l’homme qui peut se retrouver au second tour de la présidentielle de 2027 face à un Bardella médiatiquement rhabillé à neuf pour la circonstance.
L’opération a d’ailleurs en partie réussie, avec le secours d’un Mélenchon qui a l’art de se faire détester, y compris par certains de ceux qui apprécient tout ou partie du personnage ou de ses propositions. Dans cette affaire, l’accusation d’antisémitisme, relayée par tous les pro-Netanyahou de la terre politico-médiatique, a évidemment joué un rôle majeur. Sur un continent qui a connu la Shoah, dans un pays où Vichy n’est pas que le nom d’une eau minérale, il est des réquisitoires dont on ne se relève pas, aussi injustifiés soient-ils. La campagne qui cible Mélenchon relève de cette catégorie. Elle est à peu près aussi violente que celle qui avait fait de Georges Marchais un collabo sous prétexte qu’il avait été enrôlé dans les rangs du STO (Service du Travail Obligatoire) pendant l’occupation.
Disant cela, je ne cherche pas à faire de l’ex (et peut-être futur) candidat à la présidentielle un Intouchable de la vie politique. Je comprends (et je partage parfois) nombre des critiques formulées à son égard. Il est légitime de l’interroger sur ses faits et gestes, de les critiquer si nécessaire, parfois même de les contester. On peut faire mille reproches à son programme et à sa stratégie. Mais on devrait pouvoir s’affronter sur les idées sans jamais franchir les bornes du tolérable, comme c’est le cas avec l’antisémitisme, sauf à jouer avec un feu fort dangereux.
Le plus étrange est que cette calomnie est véhiculée délibérément par des gens qui se piquent de donner des leçons de morale à LFI. On ne peut donc que les inciter à retrouver tout ou partie de leur dignité perdue, s’il n’est pas trop tard. Comme disait Victor Hugo : « Il y a des gens qui observent les règles de l’honneur comme on observe les étoiles, de très loin ».
Jack Dion
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