CETTE COLLABORATION QUI NE PASSE PAS – Par Jack Dion
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Les débats autour du film « Les rayons et les ombres » de Xavier Giannoli sont significatifs d’un passé qui ne passe toujours pas, et de la persistance d’un négationnisme de salon. Ce n’est pas tant le film lui-même qui est en cause que les commentaires auxquels il a donné lieu dans des milieux où l’on revisite cette période noire pour effacer des responsabilités avérées.
« Les rayons et les ombres » ne brillent pas toujours par un respect scrupuleux de ce que fut l’Occupation. L’histoire est illustrée à travers le personnage de Jean Luchaire (interprété par Jean Dujardin), patron de presse venu de la gauche et passant progressivement du pacifisme à la Collaboration, acoquiné à Otto Abetz, ambassadeur d’Allemagne en France, qui a suivi un parcours analogue. Il s’agit d’un film et non d’un documentaire. On lui pardonnera donc des hypothèses saugrenues et une complaisance certaine pour Jean Luchaire, tuberculeux, tout comme sa fille, ce qui conduit à des quintes de toux aussi longues que l’est le film. Passons.
D’aucuns en ont profité pour expliquer que le film mettait en lumière un aspect assez méconnu de la Collaboration, à savoir la participation de personnages issues de la gauche. Certes, la chose est reconnue, comme en témoignent les itinéraires de Doriot ou de Déat. Mais ces derniers ne sont que l’arbre qui cache la forêt d’une dérive qui emporta tous les perdants du Front Populaire, désireux de prendre la revanche qu’ils attendaient depuis longtemps. De fait, la classe dirigeante de l’époque a sombré dans la Collaboration sans hésiter, fermant les yeux sur ses crimes les plus odieux, à commencer par la traque des juifs lancée par un Pétain désireux de complaire à Hitler.
Les principales figures de la caste dominante sont tombées dans les bras des nazis sans barguigner, ce qui fera dire à François Mauriac : « Seule la classe ouvrière en tant que classe sauva l’honneur de la France ». A contrario les représentants de la bourgeoisie, à quelques exceptions près, collaborèrent sans état d’âme, et souvent avec enthousiasme. Le général de Gaulle ne manqua pas de leur rappeler lorsque certains de ses émissaires vinrent lui faire allégeance à Londres, une fois cuites les carottes de la défaite nazie, grâce à une Résistance qu’ils ont longtemps ignorée, quand ils ne l’ont pas combattu. A la Libération, quand il décida de s’opposer aux communistes auréolés de la gloire forgée dans les maquis, ce même De Gaulle n’hésita pourtant pas à blanchir certains des notables ex-collabos pour reconstituer un appareil d’Etat affaibli faute de combattants antinazis parmi l’élite.
Il est significatif que le film de Giannoli évoque très peu les résistants. Quand il le fait, c’est pour décrire une masse anonyme de soudards avides de règlements de compte, un peu comme on les voyait du côté de Vichy. Sans doute est-ce pour cela que l’œuvre, qui ne mérite ni excès d’honneur ni indignité, est encensée par ceux qui tentent de réécrire l’histoire, comme s’il était si difficile de la regarder en face, avec ses ombres et ses lumières.
Jack DION
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