Il y a 155 ans La Commune de Paris… - Par Natacha Polony
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Il y a 155 ans, le 28 mai 1871, les derniers combattants de la Commune de Paris étaient fusillés par l'armée du gouvernement de Versailles, qui n'avait pas su défendre la France contre l'Allemagne naissante sous la coupe de la Prusse de Bismarck.
Le bilan de la « semaine sanglante » qui précède ce jour est difficile à déterminer, mais s'approche de 10 000 victimes. Plus de 3 000 prisonniers sont déportés en Nouvelle-Calédonie.
La gauche a longtemps fait de la Commune un élément de sa mythologie, dont la « montée au Mur des Fédérés » est la grand-messe. Mais tout Français devrait se sentir concerné : loin d'être la répétition générale de la révolution de 1917 que la vulgate communiste a parfois présentée, la Commune est une insurrection patriotique d'artisans et d'ouvriers mêlés de ce qu'on appellerait aujourd'hui des TPE, sans parti organisé ni « révolutionnaires professionnels ». On est plus proche des Gilets jaunes que des Bolchéviks.
Cette révolte spontanée du peuple de Paris n'est pas comprise par les paysans, qui croient ce que les « sachants » leur disent, c'est à dire que ce sont des « partageux » qui veulent leur voler leurs terres.
Surtout, son caractère démocratique et égalitaire est insupportable pour la société française très hiérarchique de la fin du Second Empire. Pour les élites de l'époque, qui se sont gavées grâce à la « fête impériale » et la spéculation immobilière permise par les « Comptes fantastiques d'Haussmann », il faut réprimer sans la moindre clémence ce peuple qui croit réellement aux principes républicains. Si on les laissait faire, ils réclameraient un référendum d'initiative citoyenne (RIC) !
La République, qui finit par s'imposer progressivement à cause de la nullité des différents courants monarchistes, mettra du temps à renouer avec le peuple. Longtemps, elle fut un « gouvernement minoritaire », reposant sur une base sociale étroite, suscitant la méfiance des ouvriers, des paysans, des catholiques, des traditionnalistes.
Pourtant, une quarantaine d'années plus tard, Péguy écrit « la République, notre royaume de France » et Jaurès a construit solidement ce qui reste encore aujourd'hui le socle du traitement à la française de la question sociale, et qui s'exprime bien plus tard dans le Préambule de 1946.
En 1914, une bonne partie des projets de la Commune sont repris à son compte par la République (laïcité, impôt sur le revenu, éducation des filles...) Le spectre de la guerre civile est terrassé. La preuve que même après une telle blessure, la Nation française peut cicatriser.
Natacha Polony
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