OÙ EN EST LA CGT APRÈS SON 54ème CONGRÈS ? – Par Jean- Pierre Page
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Jean-Pierre Page, ancien responsable international de la CGT a été également secrétaire général de l’UD CGT du Val-de-Marne
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Où en est la CGT après son 54ème congrès, réponse à un camarade qui souhaite maintenir et défendre une CGT de lutte de classes.........
Je participai à une réunion de militants CGT il y a quelques jours, j'y ai fait les remarques suivantes.
Le 54ème congrès a été organisé comme un show permettant d'assurer la promotion de Sophie Binet. Les médias et les politiciens y ont contribués. Le congrès a été cadenassé et derrière les "flons flons" la démocratie, les libres débats ont été ramenés à « cause toujours, tu m'intéresses ". C'est à dire à leur plus simple expression. Nous avons besoin de lucidité et disons-le de courage pour prendre correctement la mesure des choses, faire face à une situation qui est inédite. C'est-à-dire refuser de prendre le risque de voir s'effacer et s'éteindre le syndicalisme de lutte de classes dans notre pays.
Il va donc falloir "construire" et nous sommes dans une situation identique à 1921 quand nos aînés ont pris des décisions par ce qu'il fallait assumer une situation avec la première guerre mondiale ou avait dominé dans la CGT "l'union sacrée" et le choix de la collaboration de classes. Il fallait prendre des responsabilités. Ils les ont prises en mesurant l'enjeu et le défi que cela impliquait.
Si nous voulons maintenir un syndicalisme de lutte de classes influent et organisé il faudra prendre des décisions et ne pas se cacher derrière la seule rhétorique du " ça ne peut plus continuer comme ça, il faut un changement". Cela implique de faire la critique des errements de ces 25 dernières années et de ce concept mortifère de "syndicalisme rassemblé" qui a fait de la CGT en termes d'influence non seulement la seconde organisation syndicale en France, mais qui l'a fait renoncé à son indépendance en faisant le choix d'un suivisme dont on connaît les résultats, une opposition formelle à une régression sociale sans précédent, un recul de civilisation aurait dit H. Krazucki.
L'échec du rassemblement organisé par la confédération devant le Sénat pour défendre le 1er mai est la preuve que la stratégie assumée de Sophie Binet se poursuit. C'est la stratégie de l'échec.
La direction de la CGT n'est pas en train de se rallier au réformisme syndical de dialogue social, elle s'est déjà ralliée et depuis un certain temps. Il faut relire le discours de soumission de S. Binet aux orientations de la CES du dernier congrès de celle-ci pour être fixé ou encore ses propos convergents avec la CFDT au récent congrès du DGB allemand. La direction de la CGT contribue dorénavant à la mise en œuvre de telles orientations aux côtés d'autres confédérations, en Europe. Avec la CFDT et le DGB la CGT prépare d'ailleurs un document d'orientation à ce sujet. Il n'en a pas été question au 54e congrès et pour cause. Avec de tels partenaires, on peut prévoir le contenu. L'intersyndicale encensée au 54e congrès existe aussi pour cela. C'est-à-dire contribuer à un grand pôle syndical réformiste et euro compatible en France incluant la CGT. " La Maison commune" avec la FSU doit y contribuer. Il n'est pas sans raison, que le journal patronal "les Echos" a parlé avec satisfaction " de la fluidité des relations entre les secrétaires généraux de la CGT et de la CFDT".
De manière parfaitement logique la "politisation" de la CGT dont parle S. Binet n'est rien d'autre que la social- démocratisation de la CGT. Non seulement il ne s'agit plus de lutte contre le capitalisme, sujet et objectif de la CGT depuis plus d'un siècle, qui a pratiquement disparu des discours et des écrits, mais de lutte contre l'extrême droite, et même de lutte contre l'international de l'extrême droite, même pas de lutte contre le fascisme. B. Brecht disait " le fascisme est une forme de capitalisme". Pas pour la direction de la CGT !
Ce qui revient à la même logique qui a été celle de faire le choix de voter Macron contre Le Pen. Comme d'ailleurs Binet et Martinez récent candidat socialiste aux élections municipales l'ont revendiqué. En fait, S. Binet n'a jamais coupé les amarres avec le PS. Elle reste engluée dans ce qui reste de ce parti de la trahison, ses idées et ses pratiques. Les orientations qu'elle défend au niveau national aussi bien qu'au niveau européen et international ne sont rien d'autre que ça. C'est donc de cela dont il faut faire la critique et non pas pleurnicher sur notre sort et cette mutation destructrice.
Nous avons des atouts et un début de prise de conscience s'opère, il faut utiliser nos moyens, nous en avons pour gagner cette bataille des idées et permettre cette prise de conscience nécessaire. Il faut, "construire" par en bas depuis les syndicats d'entreprises, les Union locales, pour faire reculer le défaitisme et les renoncements. Cela est possible. Mettons nous tous et toutes au travail pour construire la CGT dont les travailleurs on besoin.
Jean-Pierre PAGE
SOURCE : Facebook


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