Le CONGRÈS DU DÉNI : le secret de famille du Parti communiste – Par Gérard Perreau
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Le témoignage de Bernard Deschamps, militant communiste depuis 1951, bouleverse parce qu'il ne relève ni de la polémique ni du règlement de comptes. Après soixante-quinze ans de fidélité, après avoir quitté son métier d'instituteur en 1965 pour consacrer sa vie au Parti, après avoir traversé les guerres coloniales, la déstalinisation, le Programme commun, l'élection de François Mitterrand, la chute de l'Union soviétique et toutes les crises du communisme français, il écrit simplement :
« Pour la première fois de ma vie, je ne ferai pas campagne et je ne voterai pas pour le candidat du parti. Je ne vous ferai pas le cadeau de quitter le parti. Si vous l'osez, excluez-moi. Jusqu'à mon dernier souffle je resterai communiste. »
Cette déclaration ne dit pas seulement la douleur d'un militant. Elle révèle un phénomène plus profond : le 40ᵉ congrès du PCF ressemble à un congrès du déni.
Tous les chiffres sont pourtant connus de chacun.
Depuis l'arrivée de Fabien Roussel à la direction en 2018, près de 40 % des adhérents de l'époque ont quitté le parti. Malgré quelques nouvelles adhésions, les effectifs ont diminué d'environ 25 %. L'âge médian des adhérents atteint désormais 65 ans, au point qu'il y a aujourd'hui autant de militants de plus de 65 ans que de moins de 65 ans.
Sur le plan électoral, la situation n'est guère meilleure. Le PCF est resté sous les 3 % aux élections européennes de 2019, à l'élection présidentielle de 2022 et aux élections européennes de 2024. Sept années après le retour d'une candidature communiste, aucun redressement national n'est observable.
Les élections municipales de 2026 ferment à leur tour la dernière porte qui permettait encore d'entretenir une illusion. Le PCF perd près d'un quart de ses villes de plus de 30 000 habitants. Même son implantation municipale, longtemps considérée comme son ultime bastion, commence à s'effriter.
𝐓𝐨𝐮𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐝𝐢𝐜𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐫𝐚𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐚 𝐦𝐞̂𝐦𝐞 𝐡𝐢𝐬𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞.
Et pourtant le congrès en raconte une autre.
Fabien Roussel est reconduit avec près de 70 % des suffrages des délégués. Plus de 60 % refusent même une simple clause de revoyure qui aurait permis de réexaminer la stratégie présidentielle dans quelques mois. Les opposants représentent environ 25 % des suffrages exprimés, tandis que la ligne de la direction ne rassemble en réalité qu'environ 40 % de l'ensemble des adhérents, si l'on tient compte de ceux qui ne participent plus aux consultations internes.
Le problème n'est pas seulement l'absence de démocratie interne.
Le problème est devenu l'impossibilité collective de tirer les conséquences des faits.
Toute stratégie politique repose sur une hypothèse. Celle qui domine le PCF depuis 2018 est connue : le recul du parti serait principalement dû à l'absence de candidature communiste en 2012 et 2017. Cette hypothèse pouvait être discutée en 2018. Sept ans plus tard, elle devrait être confrontée aux résultats.
Or les résultats la contredisent point par point.
Le retour d'une candidature communiste n'a produit ni redressement militant, ni redressement électoral, ni maintien territorial.
Dans n'importe quelle organisation, une telle accumulation de contre-performances conduirait à réexaminer les hypothèses de départ.
Au PCF, c'est l'inverse qui se produit.
Plus les faits contredisent la stratégie, plus celle-ci devient intangible.
C'est ici que le témoignage de Bernard Deschamps prend toute sa portée.
Il ne parle pas d'abord de Fabien Roussel.
Il parle d'une rupture avec ce qui constituait, à ses yeux, l'identité profonde du Parti : sa capacité historique à construire le rassemblement face au danger de l'extrême droite.
Le parti du Front populaire, du Programme commun, celui qui sut soutenir François Mitterrand en 1965 et 1974, puis Jean-Luc Mélenchon en 2012 et 2017 au nom d'une stratégie unitaire, fait aujourd'hui de l'affirmation identitaire sa principale ligne politique.
Hier, le PCF voulait être indispensable.
Aujourd'hui, il veut avant tout être identifiable.
L'argument de la « visibilité communiste » finit par tourner à vide lorsqu'il se traduit par des scores marginaux et par une incapacité croissante à peser sur les recompositions de la gauche.
Plus inquiétant encore est le glissement culturel qui accompagne cette stratégie. À force de définir son identité contre ses partenaires, le PCF importe progressivement dans la gauche une logique de frontières infranchissables. Les formules visant La France insoumise, jusqu'aux accusations de « flirt avec l'antisémitisme et le racisme », disent moins un désaccord politique qu'une difficulté croissante à penser une conflictualité démocratique qui ne débouche pas sur l'excommunication.
Mais le plus inquiétant est encore ailleurs.
Dans de nombreuses familles, il existe un secret que tout le monde connaît mais que personne ne peut nommer, parce qu'il mettrait en cause l'équilibre même du groupe.
Le 40ᵉ congrès donne parfois cette impression.
Tout le monde connaît les chiffres.
Tout le monde voit le vieillissement, la baisse des effectifs, les résultats électoraux, le recul municipal.
Mais ces faits ne peuvent plus être pensés, parce qu'ils remettent en cause le récit collectif selon lequel la stratégie d'affirmation permettrait le redressement du Parti.
Le déni devient alors une forme de protection identitaire.
Et c'est précisément ce que refuse Bernard Deschamps.
Parce qu'il a consacré sa vie au Parti, il estime que la fidélité consiste désormais à dire ce que beaucoup pensent sans parvenir à le formuler.
Son témoignage rappelle une vérité simple.
Une organisation politique peut survivre à des défaites.
Elle survit beaucoup plus difficilement lorsqu'elle transforme ses échecs en preuves qu'il faut continuer exactement de la même manière.
Ce n'est peut-être pas seulement une crise électorale que révèle le 40ᵉ congrès.
C'est une crise de lucidité.
Et lorsqu'un parti n'arrive plus à regarder sa propre réalité en face, ce ne sont plus seulement ses résultats qui déclinent.
C'est sa capacité à redevenir un acteur de l'Histoire.
Gérard Perreau
sur Facebook
(Groupe Nanterre pour les Nanterriens)


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