ÉDUCATION, SANTÉ : MÊME COMBAT – Le Billet du Docteur Christophe Prudhomme
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Le mouvement lycéen est motivé par un défaut de moyens, tant en enseignants que pour les locaux. Cette situation est clairement organisée depuis des années avec un sous-investissement de l’Etat dans les établissements publics, ce qui permet le développement d’un secteur privé lucratif qui scolarise un nombre croissant d’élèves. Le mouvement actuel est concomitant des annonces budgétaires du gouvernement, caractérisées par des coupes sombres dans les budgets publics, notamment ceux de l’éducation et de la santé.
Ce qu’il faut bien comprendre est qu’il s’agit d’une stratégie très structurée depuis des décennies par les néolibéraux qui n’ont jamais accepté que l’éducation et la santé échappent au marché et mobilisent d’importants budgets publics. Ainsi, ils se sont constamment mobilisés au fil du 20e siècle pour maintenir des écoles privées avec un financement public et un secteur privé d’hospitalisation, largement financé par la Sécurité sociale. Nous sommes confrontés aujourd’hui à une accélération du processus, avec la volonté de faire basculer vers le secteur marchand l’essentiel des activités pour ne conserver qu’un service public dégradé pour les plus pauvres.
Deux caractéristiques majeures de cette stratégie doivent être décryptées. Il s’agit d’une part d’annoncer des mesures d’économie brutales pour provoquer des réactions qu’il s’agit de calmer en faisant mine de reculer. C’est ce qui s’est passé dans le domaine de la santé avec la proposition de doublement des franchises pour finalement faire passer une augmentation de 40 %. Ces derniers jours, le gouvernement annonce l’instauration de droits d’inscription pour les BTS et les classes préparatoires et retire cette la mesure 24h plus tard face à la révolte lycéenne. L’autre constante est celle de la répression en invoquant des débordements pour focaliser le débat sur les questions sécuritaires et évacuer celui sur les revendications. Nous en avons clairement l’illustration lors de l’actuel mouvement lycéen. La même technique est utilisée contre les personnels de santé, comme cela a été le cas lors de la manifestation nationale des soignants du 16 juin 2020. Par ailleurs, les directions hospitalières multiplient les sanctions et entravent très fréquemment le droit de grève.
De fait, à chaque fois qu’un mouvement social devient suffisamment important, l’objectif des néolibéraux est de déplacer rapidement le débat des revendications vers les incidents qui peuvent survenir lors des mobilisations. Cela permet aux médias serviles de consacrer très majoritairement le temps d’antenne sur les violences et les dégradations. Et pendant que l’on parle d’une poubelle brûlée, d’un projectile lancé ou d’une interpellation, on ne parle pas des heures perdues faute d’enseignants, des locaux dégradés ou des fermetures de lits et des services d’urgence saturés.
Il faut comprendre que cette focalisation organisée autour de la question de l’ordre public permet d’empêcher le débat sur les raisons de la dégradation des services publics.
Docteur Christophe Prudhomme
Médecin urgentiste – Syndicaliste
SOURCE : Facebook


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