MOBILISATIONS LYCÉENNES, étudiantes et 17 octobre : ce que les feux de poubelles laissent dans l'ombre
/image%2F1449569%2F20261018%2Fob_49fcb3_ocf-luttes-sociales-allegorie.jpg)
/image%2F1449569%2F20261018%2Fob_4e9126_jeunesse-du-monde.jpg)
Catégories, déplacement de l'attention et ordre de la dette : lecture gramscienne de la mobilisation lycéenne et étudiante de 2026
« Et toi tu es flic
Soi-disant simple exécutant de la volonté de l'autorité publique
Et tu voudrais que je te tienne pour irresponsable ?
Mais tu es le bras de l'idée ! »
Zoufris Maracas, Un gamin
Introduction : ce que l'on voit et ce que l'on nomme
Depuis le 21 septembre 2026, une mobilisation lycéenne, étendue ensuite à certaines universités, traverse la France. Les images qui circulent sont connues : des poubelles incendiées, des vitrines endommagées, des cordons de police, des gaz lacrymogènes. Le vocabulaire qui les accompagne l'est tout autant : « violences urbaines », « débordements », parfois « émeutes ». Le constat est factuel : des dégradations ont eu lieu, des policiers ont été blessés, des personnels éducatifs aussi. Pour autant, l’emploi du registre lexical propre à l’émeute n’est pas neutre. Ce cadre n'est pas un simple constat : il détermine le champ d'interprétation et de compréhension de la situation.
Ce texte prolonge, dans un autre registre, l'analyse proposée dans notre article sur la politique européenne de lutte contre l'« apologie du terrorisme ». Le fil est gramscien : la domination ne tient pas seulement par la force, elle tient par les catégories dans lesquelles une société apprend à percevoir ses conflits. Celui qui fixe le cadre comme les mots du débat fixe, en amont, ce qui sera discuté et ce qui ne le sera pas. L'exergue de Zoufris Maracas le dit à sa manière : l'exécutant n'est pas irresponsable, mais il est aussi « le bras de l'idée », c'est-à-dire d'une catégorie qui le précède et le dépasse.
L'hypothèse défendue ici est volontairement prudente. Elle ne dit pas que la violence est inventée, ni que les médias ou les responsables politiques orchestreraient de façon concertée un rideau de fumée visant à détourner l’attention d’un contexte socio-économique au bord de la rupture. Elle l’énonce autrement : la focalisation sur les violences et les dégradations, catégories dominantes du récit actuel, déplace l'attention, pour le grand public, d'un problème structurel que ce récit relie peu à la rue : l'étroitesse de la marge d'autodétermination budgétaire d'un État placé sous ce que Benjamin Lemoine appelle l'« ordre de la dette ». Il s'agit d'un effet de cadrage, non d'un complot. Cette distinction est la condition de la rigueur du propos. Deux lectures de l'automne 2026, celles du Financial Times et de Frédéric Lordon, ont conduit à préciser l'analyse ici proposée : le lien entre dette et mobilisation n'est pas absent du débat, il est segmenté selon les publics [10][11].
LIRE LA SUITE:


/image%2F1449569%2F20250602%2Fob_00c431_che-guevara-affiche-ia.jpg)
/image%2F1449569%2F20230929%2Fob_a9994b_gramsci-portrait.jpg)
/image%2F1449569%2F20231207%2Fob_63cb78_palestine-barghouti-affiche.jpg)
/image%2F1449569%2F20240217%2Fob_caefb2_paix-ensemble-colombe.jpg)
/https%3A%2F%2Fd1cap36mkvrotg.cloudfront.net%2Fmedia%2Fc8950da6-d029-4e14-811e-0d1dddb97d69%2Fcapture-d-ecran-2026-10-14-231218-1910.png)